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Paul McCartney et la postérité sonore : cinq trésors tardifs ressuscités en SHM-CD

Publié le 05 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En juin 2025, Paul McCartney célèbre sa discographie post-Wings avec cinq rééditions SHM-CD soignées, entre chefs-d’œuvre introspectifs et live énergiques. Ces objets collectors japonais subliment la richesse sonore et la maturité artistique d’un ex-Beatle toujours créatif.


Quand le passé refuse de s’éteindre, il se sublime. À 82 ans, Paul McCartney continue de réécrire son histoire à travers un prisme d’excellence sonore. Le 4 juin 2025, l’ex-Beatle a dévoilé une nouvelle salve de rééditions en SHM-CD de cinq albums emblématiques de sa discographie post-Wings, preuve que sa créativité tardive mérite une écoute renouvelée et approfondie.

Sommaire

Une campagne japonaise qui flirte avec le culte

Depuis plusieurs années, Paul McCartney gâte ses fidèles auditeurs nippons — et tous les audiophiles du monde — avec la réédition de ses albums en SHM-CD (Super High Material CD), un format japonais prisé pour sa clarté et sa restitution sonore supérieure. Ces disques, loin des pressages standardisés, sont habillés de pochettes miniatures fidèles aux vinyles originaux, d’un obi japonais (ce bandeau vertical si typique des éditions japonaises) et d’un livret contenant les paroles traduites en japonais. Un soin du détail qui transforme chaque album en objet de collection.

La fournée de juin 2025 propose cinq albums tardifs, marquant différents moments de la carrière post-Beatles de McCartney. Trois d’entre eux sont des projets studios : Flaming Pie (1997), Chaos and Creation in the Backyard (2005) et New (2013). Les deux autres, Paul Is Live (1993) et Amoeba Gig (2019), sont des témoignages scéniques, capturant l’essence d’un artiste toujours vivant sur scène.

Paul Is Live : L’ironie d’un mort bien vivant

Sorti en 1993, Paul Is Live est un album à part dans la galaxie McCartney. Capté durant la tournée mondiale qui faisait suite à l’album Off the Ground, il revêt une dimension presque satirique par son titre et sa pochette, pastiche assumé d’Abbey Road. McCartney y tourne en dérision la fameuse théorie du complot « Paul is dead » qui enflammait les esprits à la fin des années 60. Cette fois-ci, il arbore des chaussures (contrairement à la photo originale), et tient sa cigarette de la main gauche – sa vraie main dominante – rétablissant ainsi la vérité, mais avec le sourire en coin.

Musicalement, l’album est un kaléidoscope de toute sa carrière. Des classiques des Beatles aux morceaux de Wings en passant par ses titres solo, Paul Is Live est un concentré d’histoire vivante, agrémenté en fin de parcours de trois improvisations issues de répétitions. La version SHM-CD reprend le remaster de 2019, avec des artefacts collector : une affiche miniature, deux pochettes internes, et le livret blanc si caractéristique des éditions japonaises.

Flaming Pie : Un retour en grâce inspiré par les Fab Four

À l’origine de Flaming Pie se trouve une immersion prolongée dans le travail d’archéologie sonore qu’a représenté The Beatles Anthology. Replongé dans l’exigence créative de sa jeunesse, McCartney en ressort en 1997 avec l’un de ses albums les plus inspirés depuis des décennies. Le disque est enregistré rapidement, avec George Martin, Jeff Lynne, et quelques complices triés sur le volet : Steve Miller, Ringo Starr, et James McCartney, son propre fils.

Cette effervescence familiale et artistique donne naissance à une œuvre lumineuse, subtilement nostalgique mais ancrée dans le présent. Les titres tels que Calico Skies ou Beautiful Night évoquent la quintessence du songwriting maccartnien, dans ce qu’il a de plus direct et de plus sincère.

La réédition SHM-CD reprend le remaster de 2020, accompagné d’un livret de 16 pages illustrant la genèse de l’album, en plus du traditionnel livret japonais. Un must pour tout amateur de McCartney mélodiste.

Chaos and Creation in the Backyard : La confession d’un orfèvre

En 2005, à 63 ans, Paul McCartney opère un virage introspectif avec Chaos and Creation in the Backyard. L’album, produit par Nigel Godrich — célèbre pour son travail avec Radiohead et Beck —, tranche avec l’approche collaborative et souvent euphorique des albums précédents. Ici, McCartney joue presque tous les instruments lui-même, dans une démarche quasi monacale.

Godrich l’a poussé à se remettre en question, à creuser plus profondément, à délaisser les automatismes. Le résultat : une collection de morceaux délicats, presque murmurés, où la lumière affleure dans les failles. Jenny Wren, At The Mercy ou Friends to Go (écrite en hommage à George Harrison) témoignent de cette maturité pudique.

L’édition SHM-CD utilise le master original de 2005, et se distingue par une riche iconographie : une pochette intérieure, quatre tirages artistiques, et bien sûr, le livret japonais. Plus qu’un album, Chaos and Creation est un journal intime en musique.

New : Quatre producteurs pour un McCartney multiforme

En 2013, à 71 ans, McCartney démontre une fois de plus qu’il refuse l’ornière nostalgique. New est un disque audacieux, éclaté, fragmenté même, fruit de collaborations avec quatre producteurs contemporains : Giles Martin (fils du légendaire George), Mark Ronson, Ethan Johns et Paul Epworth. Chacun d’eux a produit un segment du disque, offrant une mosaïque sonore où l’on passe de la pop orchestrale à des touches électroniques modernes.

L’album est aussi significatif par sa genèse : il s’agit du premier projet entièrement composé de nouvelles chansons depuis Memory Almost Full (2007). McCartney y aborde des thèmes de transmission, de mémoire et de renaissance. Le titre Early Days, notamment, évoque ses débuts avec John Lennon avec une tendresse rare.

Le SHM-CD comprend un livret de 20 pages, avec une riche iconographie et un regard affûté sur cette œuvre charnière du XXIe siècle maccartnien.

Amoeba Gig : Un Beatle dans les bacs

Il est rare de croiser une légende dans un disquaire. Et pourtant, c’est ce que Paul McCartney a offert au public d’Amoeba Music, célèbre boutique de Los Angeles, le 27 juin 2007. Ce concert impromptu et gratuit, dans une ambiance électrique mais intimiste, a longtemps été diffusé par bribes. Un EP quatre titres (Amoeba’s Secret), puis un CD promotionnel élargi (Live in Los Angeles) avaient mis l’eau à la bouche des fans.

Ce n’est qu’en 2019 que le concert complet voit enfin le jour sous le titre Amoeba Gig. Et quel concert ! McCartney, en état de grâce, alterne classiques des Beatles, pépites solo et surprises. Il semble à la fois enjoué, détendu, presque juvénile. L’enregistrement, remixé en 2019, restitue cette alchimie rare entre artiste mythique et public conquis.

L’édition SHM-CD en conserve l’essence : simplicité et précision. Une pochette intérieure, le livret japonais, et surtout un son d’une chaleur analogique, rare en format digital.

La réédition comme acte artistique

Dans une ère où le streaming a banalisé l’écoute musicale, où les pochettes ont disparu au profit d’icônes numériques fades, la démarche de Paul McCartney relève presque de la résistance. En confiant ces rééditions à la minutie japonaise, il ne se contente pas de rentabiliser son catalogue : il le ressuscite, le réenchante, le remet en circulation dans des conditions optimales.

Ces SHM-CD ne sont pas destinés aux seuls collectionneurs. Ils s’adressent à ceux qui, au-delà de l’œuvre, respectent le geste artistique, l’objet musical, et l’exigence sonore. Ils rappellent que Paul McCartney, loin d’être une relique des sixties, est un musicien en perpétuel devenir, dont chaque décennie contient des pépites qu’il nous faut réécouter à la bonne hauteur.

Une mémoire vivante, gravée en haute fidélité

Ces cinq albums forment une cartographie subtile du McCartney mature : joueur, mélancolique, expérimental, intimiste, mais toujours vibrant. Ils incarnent la possibilité d’une seconde lecture, d’un regard neuf sur une œuvre immense et souvent mésestimée hors de ses sommets Beatlesiens.

La réédition en SHM-CD agit comme une loupe sensible, une restitution fidèle des intentions originales, magnifiées par les progrès technologiques et l’art du packaging japonais. À l’heure où tant d’albums disparaissent dans le flux numérique, McCartney affirme, avec élégance et malice, que la musique physique peut encore raconter des histoires, toucher le cœur et survivre au temps.

Car au fond, ce que nous dit cette nouvelle salve, c’est que Paul McCartney, loin d’être un monument figé, continue d’habiter la musique, comme elle l’habite. Et que chaque réédition est une manière de le rencontrer à nouveau.


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