Lorsqu’on évoque le single « She Loves You », difficile d’ignorer l’impact colossal qu’il a eu sur la musique pop et sur l’ascension fulgurante des Beatles en 1963. Pourtant, nichée sur la face B de ce titre iconique se cache une chanson tout aussi intéressante : « I’ll Get You ». Si elle n’a pas bénéficié du même engouement que son pendant plus flamboyant, elle demeure une pièce significative du répertoire du groupe et illustre parfaitement l’alchimie entre John Lennon et Paul McCartney.
Sommaire
- Une genèse à Liverpool, sous le regard sceptique de tante Mimi
- Un texte qui préfigure l’univers imaginaire de Lennon
- Une harmonie vocale distinctive et un accord emprunté
- Une session d’enregistrement rapide mais efficace
- Une place dans l’histoire des Beatles
Une genèse à Liverpool, sous le regard sceptique de tante Mimi
Lennon et McCartney étaient alors en pleine ébullition créative. Leur objectif était de composer un titre dans la lignée de « From Me To You », qui avait rencontré un grand succès. Ils se retrouvent ainsi chez la tante de John, Mimi Smith, dans sa maison de Menlove Avenue à Liverpool. Cet endroit, qui avait vu grandir Lennon, était cependant loin d’être un havre d’encouragements musicaux.
Mimi n’avait jamais cru en l’avenir de son neveu dans la musique, affirmant régulièrement : « La guitare, c’est bien pour un passe-temps, John, mais tu ne gagneras jamais ta vie avec. » Un jugement qui, avec le recul, paraît aujourd’hui d’une ironie savoureuse.
Un texte qui préfigure l’univers imaginaire de Lennon
« I’ll Get You » s’inscrit dans la tradition des textes optimistes et conquérants des premières compositions du duo. La chanson débute par une invitation à imaginer un scénario idéalisé : « Imagine I’m in love with you, it’s easy ’cause I know ». Cette introduction présage de l’utilisation récurrente du mot « imagine » par Lennon, qui l’immortalisera plus tard avec son titre éponyme en 1971.
Cette approche évocatrice, que Paul McCartney qualifie de « filmique », trouve également un écho dans l’univers de Lewis Carroll. Le romancier britannique, auteur d’« Alice au pays des merveilles », a toujours exercé une influence sur Lennon et McCartney, notamment dans leurs expérimentations lyriques et leur goût pour les images surréalistes.
Une harmonie vocale distinctive et un accord emprunté
Si l’on reconnaît instantanément la patte Beatles dans « I’ll Get You », c’est notamment grâce à l’utilisation récurrente du « yeah », marque de fabrique du groupe à cette époque. Cette manie leur valut d’ailleurs le surnom de « Yeah-Yeahs » en Europe.
Paul McCartney a souvent exprimé son affection pour ce titre, notamment en raison de l’accord particulier qu’il y introduisit : « It’s not easy to pretend… » Cet enchaînement harmonique, qu’il décrit comme inhabituel, lui venait d’une chanson traditionnelle interprétée par Joan Baez, « All My Trials ». L’accord de ré (D) passant à un la mineur (Am), plutôt qu’à un la majeur (A), confère à la chanson une couleur particulière, subtilement mélancolique.
Une session d’enregistrement rapide mais efficace
« I’ll Get You » a été enregistrée le 1er juillet 1963, juste après « She Loves You », aux studios EMI d’Abbey Road. L’histoire ne dit pas combien de prises furent nécessaires, les archives de l’époque étant imprécises. Toutefois, une écoute attentive révèle une erreur dans le pont, où Lennon chante « I’m gonna make you mine » au lieu de « gonna change your mind », laissant supposer que l’enregistrement fut bouclé rapidement.
John Lennon ajouta ensuite une partie d’harmonica en overdub, et le reste du groupe ponctua la chanson de claps rythmés, une technique qu’ils affectionnaient particulièrement à cette période.
Une place dans l’histoire des Beatles
Bien qu’éclipsée par « She Loves You », « I’ll Get You » a trouvé sa place dans le répertoire live du groupe. Elle fut notamment interprétée lors de leur passage au London Palladium le 13 octobre 1963, une performance immortalisée sur l’album Anthology 1.
Au fil des années, la chanson a continué à résonner dans l’œuvre des Beatles, préfigurant certaines explorations musicales et thématiques que le groupe développera plus tard. Même si elle ne figure pas parmi les classiques absolus du groupe, elle reste une pièce essentielle pour comprendre l’essor créatif de Lennon et McCartney, ainsi que la dynamique musicale qui allait bientôt révolutionner la musique pop.
