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Paul McCartney et Bruce Springsteen : une amitié rock scellée à Liverpool

Publié le 06 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 5 juin 2025, Bruce Springsteen a enflammé Anfield à Liverpool, rendant hommage aux Beatles qui ont inspiré sa carrière. Paul McCartney, présent, a taquiné amicalement le Boss lors des Ivor Novello Awards, soulignant leur complicité musicale. Ce concert historique a été marqué par des moments émouvants, notamment un duo improvisé à l’harmonica entre Springsteen et une jeune fan écossaise.


Le 5 juin 2025 restera dans les annales pour les fans de rock : Bruce Springsteen foulait pour la première fois la scène d’Anfield, à Liverpool, devant une foule conquise. Un événement tardif, mais attendu depuis des décennies par les admirateurs britanniques du Boss. Ce concert dantesque, salué d’un retentissant cinq étoiles par la presse locale, ne fut pas seulement une performance musicale. Il fut, aussi, un acte de retour symbolique à la source, sur les terres des Beatles, groupe fondateur dans l’imaginaire du jeune Bruce.

Car Bruce Springsteen n’a jamais fait mystère de l’influence décisive des Fab Four sur son destin. “I Want To Hold Your Hand” changea sa vie. Il n’avait que 14 ans lorsque la chanson éclata dans les haut-parleurs de la voiture familiale, en ce jour de 1964. Il raconte avoir littéralement bondi du véhicule, couru jusqu’au bowling le plus proche pour téléphoner à sa petite amie et s’exclamer : « As-tu entendu ce groupe ? ». Ce fut, pour lui comme pour des millions d’adolescents, le Big Bang d’une vocation.

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Sur scène et dans les coulisses, une fraternité musicale sincère

Ce lien invisible entre les Beatles et Springsteen s’est au fil du temps transformé en véritable camaraderie entre deux titans : Bruce et Paul. Depuis plusieurs années, les deux hommes se retrouvent régulièrement sur scène. L’un des moments les plus marquants de cette alliance transatlantique eut lieu à Glastonbury en 2022, lorsque Paul McCartney, en clôture d’un set historique de près de trois heures, invita tour à tour Dave Grohl et Bruce Springsteen à le rejoindre.

Bruce interpréta Glory Days, son propre hymne à la nostalgie ouvrière, puis I Wanna Be Your Man, titre que Lennon et McCartney avaient offert aux Rolling Stones en 1963. Le morceau, longtemps associé à Ringo Starr, retrouve ici une nouvelle énergie, traversée par les guitares incendiaires du Boss et de Grohl. Ce moment de communion générationnelle, entre les héritiers du rock britannique et les enfants de l’Amérique post-Elvis, s’inscrit déjà dans la légende des scènes partagées.

Et ce n’est pas seulement sur scène que l’estime circule. En mai 2025, à l’occasion des Ivor Novello Awards à Londres, Paul McCartney a remis à Bruce Springsteen la plus haute distinction de l’institution : le titre de fellow de l’Académie des auteurs-compositeurs, une première pour un artiste non britannique. Le discours de Paul ? Une succession de blagues affectueuses, à la manière d’un vieil ami taquin.

L’humour de Paul, la classe de Bruce

Sur scène, McCartney s’amuse :
« Contrairement aux concerts de Bruce, je vais faire court. »
Rires dans la salle. Puis :
« Je le blâme ! Avant, on jouait une heure, une heure et demie. Les Beatles, une demi-heure à tout casser. Et maintenant, voilà qu’il fait des shows de trois heures ! »
Un clin d’œil amusé au format marathon des prestations de Springsteen, réputées pour leur endurance quasi surhumaine.

McCartney poursuit, dans un exercice d’auto-dérision typiquement britannique :
« Je ne vois pas meilleur lauréat pour ce prix, à part peut-être… Bob Dylan. Ou Paul Simon. Ou Billy Joel. Ou Beyoncé. Ou Taylor Swift. La liste est longue. Je plaisante, Bruce. »

Mais la pique la plus savoureuse arrive à la fin :
« Il est connu comme l’homme du peuple américain, mais il admet n’avoir jamais travaillé un seul jour de sa vie. »
L’assistance explose de rire, et Bruce, bon joueur, grimpe sur scène pour serrer Paul dans ses bras. L’émotion est palpable, au-delà des boutades. Ce sont deux géants qui se reconnaissent, se saluent, se célèbrent.

Une amitié enracinée dans la mémoire collective

L’interaction entre Paul McCartney et Bruce Springsteen dépasse le simple cadre de la camaraderie entre musiciens. Elle évoque une transmission d’esprit, de valeurs et de langage musical. McCartney, le mélodiste suprême, l’orfèvre pop devenu icône planétaire dès ses vingt ans ; Springsteen, le poète du bitume, l’enfant de la classe ouvrière devenu prophète rock à la voix de granit.

Tous deux partagent une vision profondément humaniste de la musique. Ils chantent le quotidien, les souvenirs, l’amour, la perte, les lendemains incertains. Tous deux ont bâti leur œuvre sur une foi inébranlable dans le pouvoir de la chanson pour dire le vrai, pour rassembler, pour consoler.

Springsteen a vu dans I Want to Hold Your Hand une épiphanie. McCartney voit dans Bruce un frère d’armes. Ce respect mutuel se transforme, à chaque apparition commune, en un spectacle unique : celui de la reconnaissance entre pionniers, loin des enjeux de génération ou de nationalité.

Et si les Beatles avaient eu un cinquième membre ?

À la fin de son discours, McCartney s’amuse encore :
« Je me suis demandé : où Bruce trouverait-il sa place chez les Beatles ? Côté talent, il serait sûrement dans le Top 5. »

Derrière la blague, une belle vérité : Springsteen, sans être un Beatle, incarne une certaine continuité du rêve, celui qui naquit en 1964 dans les cris des adolescentes américaines à l’aéroport JFK. Si les Beatles ont ouvert la porte de l’Amérique, Bruce en a ensuite habité les couloirs, en révélant ses grandeurs et ses failles.

Un avenir commun sur scène ?

Alors que l’on évoque régulièrement une dernière tournée mondiale de Paul McCartney — l’homme aura 83 ans en 2026 —, on peut légitimement rêver à de nouveaux duos Paul & Bruce sur scène. Le succès retentissant de leur collaboration à Glastonbury l’a prouvé : le public en redemande. Une relecture commune de The End, ou de Let It Be, serait bien plus qu’un simple happening : ce serait la rencontre de deux humanités musicales majeures, dans ce qu’elles ont de plus généreux et fraternel.

“The Boss” et le “Macca” : deux voies, une même foi dans le rock

Au fond, McCartney et Springsteen incarnent deux expressions d’un même feu sacré. L’un a traversé la Beatlemania, l’autre a sillonné les routes américaines guitare à la main. Tous deux ont résisté au temps par leur constance, leur sincérité, leur enracinement dans les émotions communes.

Que Paul McCartney plaisante aujourd’hui sur la durée des concerts de Bruce Springsteen n’est pas une raillerie. C’est l’hommage affectueux d’un aîné à un pair, qui, à sa manière, continue de porter haut les couleurs de cette musique née dans les caves de Liverpool, et qui, soixante ans plus tard, continue de résonner dans les stades du monde entier.

L’humour de Paul et la loyauté de Bruce nous rappellent que le rock, au fond, n’est jamais une affaire de compétition.

C’est une affaire de transmission, de gratitude, et d’amitié.


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