Le titre éponyme du quatrième album solo de Ringo Starr, Goodnight Vienna, est une chanson écrite par John Lennon en 1974, au cœur d’une période particulièrement tumultueuse de sa carrière. Pourtant, derrière la simplicité apparente de la mélodie, se cache une histoire fascinante d’amitié, de collaboration et de résurrection musicale. Cette chanson représente bien plus qu’un simple morceau dans le répertoire des ex-Beatles. Elle symbolise la rencontre de deux géants de la musique, chacun à un moment charnière de sa vie.
Le titre Goodnight Vienna est l’un des morceaux les plus significatifs de l’album de Starr, mais aussi un jalon marquant dans la carrière de John Lennon, alors en pleine période de sa « Lost Weekend » à Los Angeles. Pour comprendre pleinement la genèse de cette chanson, il convient de se plonger dans les détails de sa création, du contexte de son enregistrement et de l’impact qu’elle eut à sa sortie. Ce n’est pas seulement une chanson qui marque une étape dans la carrière de l’un des Beatles, mais aussi un témoignage de leur résilience artistique face à des épreuves personnelles.
Sommaire
- L’Enregistrement et la Naissance de « Goodnight Vienna »
- Un Parfum de Collaboration et d’Amitié
- La Version de Ringo Starr : Un Succès Populaire
- Les Réflexions Musicales de Lennon et l’Esprit des Années 70
- Une Postérité marquée par l’Anthology
- Une Chanson qui Traverse les Âges
L’Enregistrement et la Naissance de « Goodnight Vienna »
L’histoire de Goodnight Vienna commence au printemps 1974, alors que John Lennon se trouvait en Californie pour produire l’album Pussy Cats de son ami Harry Nilsson. Ce fut une période étrange et incertaine pour Lennon. Après sa séparation d’avec Yoko Ono en 1973 et son « Lost Weekend » en Californie, Lennon était dans une phase de remise en question, à la fois personnelle et professionnelle. Il était à l’écart des projecteurs, mais restait productif en studio.
En mai 1974, au sein du Record Plant West à Los Angeles, Lennon se lança dans l’enregistrement d’une démo de Goodnight Vienna avec des musiciens de studio. Cette chanson, bien que portée par l’esprit de Lennon, était toujours envisagée comme un morceau destiné à son ami Ringo Starr. Celui-ci, de son côté, avait pris une direction musicale plus indépendante depuis la fin des Beatles, mais il n’hésitait pas à demander des conseils et à collaborer avec ses anciens camarades pour ses albums solo.
La démo de Goodnight Vienna inclut des voix de Lennon, mais également des percussions distinctes de Ringo Starr, qui enregistra séparément ses parties de batterie et de tambourin. En plus de cette version vocale de Lennon, une brève version solo de la chanson par l’artiste fut incluse dans la compilation John Lennon Anthology, sortie en 1998, qui offrit aux fans un aperçu des coulisses de la création de l’artiste à cette époque particulière.
Un Parfum de Collaboration et d’Amitié
La chanson Goodnight Vienna reflète l’intensité de la relation qui unissait Lennon et Starr à ce moment-là. Au-delà de la musique, cette époque marquait une réconciliation symbolique pour les deux hommes. Après les tensions de la période des Beatles, le fait que Lennon prenne le temps de produire une chanson pour son ancien compagnon de groupe montre l’intensité de leur lien d’amitié. D’autant plus que, malgré les tumultes de la « Lost Weekend », Lennon se révélait toujours en quête de nouvelles formes d’expression artistique, entrecoupées de moments d’introspection et de retrouvaille avec ses anciens camarades.
En août 1974, après avoir quitté la scène de son « Lost Weekend », Lennon rejoignit Ringo à Sunset Sound Recorders à Los Angeles. Cette collaboration aboutit à l’enregistrement final de la version complète de Goodnight Vienna pour l’album de Starr, un morceau qui serait finalement intitulé « (It’s All Down To) Goodnight Vienna ». Non seulement Lennon y participa en tant que pianiste, mais il assura aussi une partie essentielle de l’atmosphère de la chanson, donnant le ton avec son piano, tandis que Billy Preston, un autre ami et ancien collaborateur des Beatles, ajoutait des touches de claviers avec son clavinet.
La Version de Ringo Starr : Un Succès Populaire
La version de Goodnight Vienna sur l’album de Ringo Starr fut un succès modéré à sa sortie. Bien que l’album dans son ensemble ne connaisse pas un immense succès commercial, la chanson titre se distingua, et l’on se souvient de l’introduction enthousiaste, d’un compte à rebours dynamique, ainsi que de l’empreinte inimitable du piano de Lennon. Le morceau fut même publié en tant que single aux États-Unis, où il parvint à se hisser à la 29e place du classement Billboard Hot 100.
Cette réussite témoigne de la capacité de Ringo à produire des morceaux accessibles, tout en s’entourant de collaborateurs de haut niveau, comme John Lennon, dont l’influence sur le titre se fait largement ressentir. La chanson capte l’essence de ce moment particulier dans l’histoire de la musique, avec une sorte de nostalgie douce-amère, soulignée par la voix de Starr et la production de Lennon.
Les Réflexions Musicales de Lennon et l’Esprit des Années 70
Au-delà de l’aspect personnel, la chanson Goodnight Vienna est également un reflet de l’évolution musicale des années 70. Si elle prend racine dans le rock classique des années 60, elle témoigne également de la transition vers un son plus débridé et expérimental. La production sonore, la fusion des genres et la liberté d’expression musicale étaient des aspects fondamentaux de cette époque, et l’impact de cette collaboration s’inscrit dans ce mouvement.
Pour Lennon, Goodnight Vienna fut aussi un moyen de sortir du marasme de sa « Lost Weekend », où il avait traversé une période de séparation, de confusion, mais aussi de recherche de nouvelles sources d’inspiration. En enregistrant pour Ringo Starr et en faisant cette pause créative avec ses anciens camarades, il retrouvait un terrain d’expression plus stable, et un chemin qui le mènerait, quelques mois plus tard, à l’enregistrement de Walls and Bridges, son album de retour à New York.
Une Postérité marquée par l’Anthology
La version de Goodnight Vienna que l’on retrouve sur le John Lennon Anthology permet aux fans de découvrir une facette de l’artiste qu’ils n’avaient pas l’habitude d’entendre : une version brute, plus intime de la chanson. Ce coffret, sorti en 1998, est un véritable trésor pour les admirateurs de Lennon, et offre des aperçus inédits de son processus créatif. À travers ces enregistrements, c’est un Lennon encore plus vulnérable et ouvert que l’on découvre, à la fois producteur, compositeur et ami fidèle de ses anciens camarades. La démo dévoilée dans l’Anthology, à la fois ébauche et témoignage d’une époque, capture un instant précis dans la vie de Lennon, mais aussi dans celle des Beatles, dont l’héritage et l’influence étaient encore palpables, malgré la séparation du groupe.
Une Chanson qui Traverse les Âges
Si Goodnight Vienna ne se classe pas parmi les plus célèbres chansons des Beatles ou de leurs carrières solo respectives, elle détient une place particulière dans l’histoire de la musique des années 70. Elle montre à quel point Lennon et Starr restaient connectés, non seulement par leur passé commun, mais aussi par une amitié indéfectible, malgré les aléas personnels et professionnels qui les traversaient.
Le simple fait que la chanson ait été incluse dans une compilation comme John Lennon Anthology témoigne de son importance dans l’ensemble de l’œuvre de Lennon. Bien que cette chanson ne soit pas l’un des titres majeurs du répertoire solo des anciens membres des Beatles, elle offre un aperçu essentiel de la dynamique créative entre deux des plus grands noms de la musique populaire. L’histoire de Goodnight Vienna est celle d’un instant partagé, d’un moment d’humanité et de musique pure qui a traversé les épreuves pour aboutir à un son désormais inoubliable.
L’album Goodnight Vienna de Ringo Starr, et la chanson éponyme en particulier, demeure un exemple poignant de ce que l’amitié et la collaboration musicale pouvaient accomplir, même après la fin des Beatles. Un véritable hommage à une époque, une atmosphère et une carrière qui continuent de nourrir l’imaginaire des fans du monde entier.
