La carrière solo de George Harrison a toujours eu un parfum particulier, comme une quête spirituelle où la musique devenait un moyen d’expression de ses idées philosophiques, de ses joies et de ses peines. Cloud Nine, son onzième album solo, sorti en novembre 1987, représente une étape importante dans cette quête musicale et spirituelle. Parmi ses nombreux trésors, l’un des morceaux les plus mémorables est sans aucun doute « Breath Away From Heaven », un titre émouvant et délicat, souvent éclipsé par ses morceaux plus populaires, mais qui mérite toute notre attention.
Sommaire
- Le contexte de « Breath Away From Heaven » : L’ombre de Shanghai Surprise
- Le son de « Breath Away From Heaven » : Un équilibre entre introspection et légèreté
- Les thèmes de « Breath Away From Heaven » : Une quête spirituelle
- Une place particulière dans Cloud Nine et au-delà
- Une chanson intemporelle
Le contexte de « Breath Away From Heaven » : L’ombre de Shanghai Surprise
La chanson « Breath Away From Heaven » a vu le jour dans un contexte particulier : elle fait partie des deux titres que George Harrison a écrits pour la bande-son du film Shanghai Surprise, une production cinématographique qu’il co-produisit en 1986. Le film, porté par les stars de l’époque, Sean Penn et Madonna, fut un échec cuisant, tant sur le plan critique que commercial. Harrison, visiblement désenchanté par cette expérience, décida de ne pas publier de bande-son officielle. Il tenait cependant à garder ces morceaux, et notamment « Breath Away From Heaven », qui, selon lui, portait des paroles profondément touchantes.
Dans une interview, Harrison expliqua que, malgré la réception désastreuse du film, il était attaché à la qualité musicale de ces chansons : « Je n’ai jamais fait d’album de bande-son, parce que le film a été descendu en flamme et nous avons eu une expérience exécrable avec eux lors du tournage. Je ne voulais pas perdre les chansons, surtout ‘Breath Away From Heaven’, qui a de jolis mots. » Il ajouta aussi que les paroles de ce titre, bien qu’absentes de l’album Cloud Nine, étaient un élément important de la chanson.
C’est ainsi qu’ « Breath Away From Heaven » s’est retrouvée sur l’album Cloud Nine, devenant une sorte de métaphore de l’échec et de la rédemption, deux thématiques qui traversent l’ensemble du disque.
Le son de « Breath Away From Heaven » : Un équilibre entre introspection et légèreté
« Breath Away From Heaven » incarne à la perfection l’atmosphère de Cloud Nine, un album qui marque un retour aux sources pour Harrison, tout en explorant les sonorités modernes de l’époque. Le titre débute par une ambiance aérienne, où l’instrumentation, discrète mais soignée, sert de toile de fond à la voix unique de George Harrison. La production, signée par Harrison et Jeff Lynne, est impeccable : elle allie la douceur de la musique acoustique et les effets électroniques typiques des années 1980.
Le morceau, tout en délicatesse, repose sur des arrangements subtils qui mettent en valeur les éléments instrumentaux sans jamais les écraser. Le chant de Harrison, comme souvent sur cet album, est à la fois intime et sincère, oscillant entre mélancolie et douceur. La performance de Jeff Lynne aux claviers, ainsi que celle de Ray Cooper à la percussion, ajoute un côté organique et chaleureux à la production, contrastant avec la froideur des synthétiseurs de l’époque.
La présence du violoncelle de Bobby Kok, en particulier, sur « Breath Away From Heaven », renforce cette atmosphère éthérée, presque mystique, tout en soulignant la dimension spirituelle du morceau. La chanson semble suspendue entre le monde terrestre et l’au-delà, entre la réalité et l’idéal, un thème cher à Harrison tout au long de sa carrière.
Les thèmes de « Breath Away From Heaven » : Une quête spirituelle
À l’instar de nombreux titres de George Harrison, « Breath Away From Heaven » explore des thématiques spirituelles et introspectives. Harrison, dans ses paroles, semble chercher à atteindre une forme d’élévation, une paix intérieure. Le titre, qui évoque l’idée d’être à « un souffle du paradis », suggère une quête de lumière, une recherche incessante d’une vérité plus grande. Ce n’est pas une vision manichéenne ou simpliste, mais plutôt une exploration personnelle et profonde.
Dans le contexte de l’album Cloud Nine, cette quête spirituelle résonne comme un écho des préoccupations religieuses et philosophiques de Harrison. Après des années de recherches dans le monde de l’hindouisme et de la méditation, après avoir traversé des périodes difficiles sur le plan personnel et professionnel, il semble vouloir réconcilier la quête du spirituel avec les réalités de la vie quotidienne. L’image du « souffle du paradis » traduit parfaitement cette idée : il s’agit d’une vision du monde, fragile, éphémère, mais pleine d’espoir.
La chanson peut également être perçue comme une réflexion sur l’amour, un thème central dans l’œuvre de George Harrison. Le « paradis » auquel il fait référence pourrait être une métaphore de l’union amoureuse ou de l’aspiration à un monde meilleur, tant sur le plan personnel que collectif. Comme souvent dans sa carrière, Harrison semble ici chercher une forme d’équilibre entre son désir spirituel et ses expériences humaines.
Une place particulière dans Cloud Nine et au-delà
« Breath Away From Heaven » occupe une place singulière sur Cloud Nine, un album qui représente un renouveau pour Harrison après une longue période d’isolement musical. Après les échecs commerciaux de ses albums précédents et une absence prolongée de la scène musicale, l’album Cloud Nine marque un retour triomphal, porté par des succès comme « Got My Mind Set on You » et « This Is Love ». Mais « Breath Away From Heaven », en dépit de sa beauté et de sa profondeur, est l’un des titres les moins connus de l’album, souvent éclipsé par les morceaux plus accessibles.
Néanmoins, sa sortie en face B du single « This Is Love », le 13 juin 1988, a permis à la chanson de trouver son public, bien qu’elle n’ait pas eu le même impact que d’autres titres de l’album. Il est intéressant de noter que ce morceau a également été distribué sous forme de 12″ single, qui incluait en supplément d’autres chansons notables, comme « All Those Years Ago » et « Hong Kong Blues ». Malgré cette visibilité limitée, « Breath Away From Heaven » est aujourd’hui perçue comme une pépite cachée du répertoire de Harrison, un morceau intime et apaisant qui résume l’essence même de sa carrière solo : une recherche incessante de lumière à travers la musique.
Une chanson intemporelle
Loin d’être un simple produit de son époque, « Breath Away From Heaven » continue d’émerveiller les auditeurs par sa beauté intemporelle. Les années 1980 ont peut-être vu l’émergence de sonorités électroniques et d’une production parfois froide, mais Harrison parvient ici à transformer ces influences en une œuvre poétique et profondément humaine. Ce morceau est un parfait exemple de la manière dont George Harrison a su allier son amour pour la musique populaire et ses convictions spirituelles, en créant une œuvre qui, tout en étant ancrée dans son époque, reste universelle et émouvante.
« Breath Away From Heaven » n’est pas seulement une chanson sur l’amour ou la quête spirituelle. C’est aussi une réflexion sur la fragilité de la vie, sur la recherche d’une vérité plus grande, à la fois personnelle et universelle. C’est ce qui fait sa force et son universalité : en dépit de son contexte de production et des événements qui l’entourent, ce morceau dépasse les frontières du temps et des modes. Il reste, encore aujourd’hui, l’une des œuvres les plus émouvantes de George Harrison, un témoignage de sa quête constante de lumière et de paix.
Il est peut-être temps de redécouvrir cette chanson, d’y prêter l’oreille avec la même attention que l’on accorde à ses plus grands succès. Car « Breath Away From Heaven » est bien plus qu’un simple morceau oublié de Cloud Nine : c’est une œuvre de cœur et d’esprit, une chanson qui, à chaque écoute, nous rappelle la beauté et la fragilité de l’existence humaine.
