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P2 Vatican Blues (Last Saturday Night) : La dérision spirituelle de George Harrison

Publié le 10 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

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Le 18 novembre 2002, un an après la disparition de George Harrison, sortait Brainwashed, un album posthume où se retrouvaient condensées toutes les obsessions musicales et spirituelles de l’ex-Beatle. Parmi les titres qui le composent, P2 Vatican Blues (Last Saturday Night) se distingue par son ton caustique et son regard acéré sur l’institution religieuse. Digne héritier des satires qu’Harrison avait déjà osées, notamment avec Awaiting On You All en 1970, ce morceau conjugue ironie, dénonciation et groove bluesy.

Sommaire

Une critique féroce de l’hypocrisie religieuse

George Harrison, dont l’éducation s’est faite dans le giron du christianisme avant de s’ouvrir à la spiritualité hindoue, n’a jamais caché son regard sceptique sur certaines pratiques institutionnelles de l’Église catholique. P2 Vatican Blues (Last Saturday Night) reprend cette veine critique en associant des paroles acerbes à une instrumentation enjouée, créant un contraste saisissant.

Les premières lignes du morceau donnent le ton :

« Now how come nobody really noticed? / Puff of white smoke knocked me out »

Harrison fait ici référence à l’iconographie du Vatican, où une fumée blanche annonce l’élection d’un pape. Mais plutôt que de l’accueillir comme un symbole d’espoir, il l’associe à une forme d’anesthésie collective. Ce n’est pas la première fois que le musicien dénonce l’aveuglement des fidèles face à des institutions qu’il juge corrompues. Son regard s’aventure au-delà de la simple critique du Vatican et touche aux arrangements troubles du pouvoir religieux avec d’autres sphères d’influence.

« P2 » : Une référence à une loge maçonnique controversée

Le titre du morceau inclut une référence directe à la loge maçonnique Propaganda Due (P2), un groupe clandestin italien qui fut impliqué dans des affaires de corruption, de blanchiment d’argent et d’influence politique au sein du Vatican et au-delà.

Ce scandale, qui a secoué l’Italie et le Saint-Siège dans les années 1980, incluait des liens avec la banque du Vatican et des figures du crime organisé. Il n’est donc pas anodin qu’Harrison ait choisi ce titre, qui s’inscrit dans son habitude de dénoncer les abus de pouvoir et l’hypocrisie morale sous couvert de spiritualité.

Une instrumentation bluesy et ludique

Si le texte est mordant, la musique de P2 Vatican Blues (Last Saturday Night) contrebalance cette noirceur par une approche légère et dynamique. La chanson est ancrée dans un blues-rock efficace, porté par la guitare caractéristique d’Harrison et la production impeccable de Jeff Lynne.

Les instruments créent une atmosphère à la fois entrainante et ironique :

  • Guitares électriques et acoustiques : Harrison et Lynne s’y partagent des riffs incisifs qui rappellent le rock des années 50 et 60.
  • Ukulélé : une touche inattendue qui ajoute une certaine dérision au morceau.
  • Orgue Wurlitzer : ses nappes donnent une dimension mystique à l’ensemble.
  • Rythme soutenu : mené par Jim Keltner à la batterie, le tempo reste enjoué et dynamique.

Le résultat est un contraste subtil entre des paroles critiques et une exécution musicale qui invite à la légèreté. Cette dualité entre le fond et la forme est une marque de fabrique chez Harrison, qui avait déjà adopté cette approche avec Taxman ou Devil’s Radio.

Brainwashed : un testament musical et spirituel

Sorti à titre posthume, Brainwashed est l’aboutissement de plusieurs années de travail de George Harrison. L’album a été finalisé par son fils Dhani et Jeff Lynne, respectant fidèlement les maquettes et les instructions laissées par le musicien.

Dans ce contexte, P2 Vatican Blues (Last Saturday Night) prend une résonance particulière : c’est un des derniers pamphlets d’un homme qui n’a jamais cessé de questionner le monde qui l’entourait, avec un mélange d’humour et de sagesse.

L’album alterne entre introspection et dénonciation, et ce morceau en particulier montre que, malgré la maladie, Harrison conservait une vivacité d’esprit et une détermination intacte à pointer les dérives spirituelles de son époque.

L’héritage de P2 Vatican Blues (Last Saturday Night)

Loin d’être une simple satire, ce morceau résume une des facettes majeures de George Harrison : celle d’un artiste capable de transformer la critique sociale en hymne entrainant.

Avec P2 Vatican Blues (Last Saturday Night), il nous rappelle que la spiritualité doit être un chemin personnel, libre des influences corruptrices des institutions. Un message qui, à l’aune des scandales récurrents touchant les hautes sphères religieuses, n’a rien perdu de sa pertinence aujourd’hui.


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