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Tight A$: L’Un des Moments les Plus Légers et Inattendus de John Lennon

Publié le 15 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

L’album Mind Games de John Lennon, sorti en novembre 1973, est un témoignage de la carrière en constante évolution de l’ancien Beatle. Un album qui, après l’explosion de Some Time in New York City en 1972, marque un retour à des compositions plus légères et moins chargées politiquement. Parmi les morceaux les plus intrigants de ce disque se trouve “Tight A$”, une chanson qui pourrait facilement être perçue comme une simple fantaisie du génie créatif de Lennon, mais qui, à bien y réfléchir, recèle une richesse insoupçonnée dans son approche musicale et ses références.

Sommaire

Un Retour au Rock’n’Roll Débridé

« Tight A$ » s’inscrit dans cette veine décomplexée du rock, un genre que Lennon a toujours chéri, même après les années tumultueuses qu’il a vécues. Le morceau est une incursion dans un rock brut, épuré, qui fait la part belle aux guitares électriques, à la batterie, et aux basses puissantes, tout en se parant de touches de sensualité et de légèreté. « C’est une chanson de type Tex-Mex », expliqua Lennon en 1980 dans une interview avec David Sheff. « En fait, on pourrait la jouer aujourd’hui et elle serait toujours d’actualité, mais je ne crois pas que beaucoup de gens le faisaient à l’époque ». Un jugement qui souligne à la fois la modernité intemporelle de la chanson et sa capacité à se connecter aux pulsations de son époque.

Tandis que la scène musicale des années 70 commençait à se diversifier, le rock ‘n’ roll brut de Tight A$ se démarquait, non pas par sa complexité musicale ou son expérimentation sonore, mais par sa simplicité et son côté « brut de décoffrage ». Lennon y explore une musique délibérément simple, un retour à ses racines qui fait écho à ses premiers pas dans le rock avec les Beatles, tout en ajoutant une touche de légèreté propre à sa période post-Beatles.

Une Chanson de Contexte, Un Contexte de Chanson

Enregistrer « Tight A$ » n’a pas été un processus compliqué, et c’est là que réside une part du charme de ce titre. Bien qu’il fasse partie de l’album Mind Games, qui enchaîne des morceaux de grande intensité émotionnelle et intellectuelle, « Tight A$ » se veut un lâcher-prise total. Pour Lennon, cette chanson n’était rien de plus qu’une « petite chanson jetable », une manière pour lui de se délester des tensions créées par ses projets antérieurs. En effet, l’année précédente, il avait pris un virage politique marqué avec Some Time in New York City, un album souvent décrit comme abrasif et revendicateur. Mais « Tight A$ » allait dans une direction totalement opposée : celle d’un retour à la fête, à l’humour et à une approche plus décontractée de la création.

Les paroles, volontairement légères, flirtent avec l’humour et les jeux de mots, tout en abordant des thèmes comme la sexualité et les drogues, typiques de l’esprit rebelle et insouciant des années 70. Lennon ne cherche pas ici à choquer, mais plutôt à jouer avec les codes culturels et musicaux de l’époque, tout en apportant une réflexion ludique sur l’industrie musicale et la célébrité.

Enregistrement à New York : Une Collaboration de Musiciens Exceptionnels

L’enregistrement de “Tight A$” a eu lieu au Record Plant de New York, sur une période qui s’étend sur plusieurs jours d’août 1973. Ce choix de studio n’était pas anodin, et il reflète l’esprit très « new-yorkais » de l’album, une atmosphère de créativité et d’ouverture qui collait parfaitement à l’état d’esprit de Lennon à ce moment-là. En tant que producteur, Lennon avait décidé de faire cavalier seul, après sa rupture avec Phil Spector, un partenariat qui avait été aussi tumultueux qu’artistiquement fructueux pour lui sur ses précédents albums.

La production de « Tight A$ » a été relativement simple mais marquée par la présence de musiciens de session talentueux, qui ont donné à la chanson son caractère unique. On y trouve David Spinozza à la guitare électrique, Ken Ascher aux claviers, Gordon Edwards à la basse, et Jim Keltner à la batterie, tous apportant leur touche distinctive à un morceau qui se veut simple, mais musicalement efficace. La présence de Pete Kleinow, guitariste à la pédale steel, vient ajouter une texture subtile et originale, qui fait de « Tight A$ » un morceau unique en son genre.

La manière dont la chanson a été enregistrée est particulièrement intéressante. En seulement dix prises, la plupart incomplètes, Lennon et ses musiciens ont réussi à capturer l’esprit du morceau, allant jusqu’à ajouter plusieurs couches de son après les enregistrements initiaux. Le morceau a ainsi évolué au fil des sessions : des overdubs de tambourin, de guitare électrique, et de pedal steel ont été intégrés, pour donner à la chanson une dimension sonore plus riche et complexe, tout en conservant une certaine légèreté.

Le Paradoxe de la Perte

Le processus de mixage de « Tight A$ » est également marquée par une perte notable. Lors de la phase de finalisation, une partie de la chanson, notamment un troisième couplet et quelques solos de guitare de Spinozza, a disparu dans le mixage final. Ce genre de décision artistique, tout comme le fait de réduire la durée de la chanson d’environ une minute, témoigne de l’approche sélective de Lennon vis-à-vis de son propre travail. Pour lui, chaque morceau devait non seulement être efficace mais aussi parfaitement ajusté à l’ensemble de l’album.

Ironiquement, ce qui pouvait sembler être une perte pour l’auditeur curieux d’en entendre plus a fini par offrir une version finale du morceau qui conserve une forme de pureté, une sorte de pragmatisme musical propre à Lennon dans ses moments les plus spontanés.

Une Chanson qui Dépasse les Frontières du Temps

Bien que « Tight A$ » ait été conçue comme une chanson légère, elle n’en reste pas moins un exemple parfait du retour aux racines du rock’n’roll chez John Lennon. Au-delà de la référence à une époque, ce morceau semble capturer un état d’esprit à la fois en résonance avec les années 70, tout en anticipant une certaine vision de la musique rock qui persistera bien après lui. C’est un morceau qui pourrait être joué à n’importe quelle époque, et, comme l’a dit Lennon lui-même, aurait été « au courant » s’il avait été créé plus tard.

« Tight A$ » est peut-être une chanson qui, en apparence, pourrait passer pour un simple « divertissement » musical. Mais pour l’artiste qui l’a écrite, elle était bien plus que cela : elle incarne un moment de libération créative, une respiration après les lourdes tensions qui avaient marqué son travail avec les Beatles et dans les années qui ont suivi leur séparation. Une chanson qui, tout en étant légère et insouciante, renferme également une réflexion subtile sur la célébrité, la musique et les attentes sociales.

Lennon, en décidant de produire lui-même Mind Games, a voulu s’éloigner du pathos de son passé récent. Avec Tight A$, il nous offre une version brute de lui-même, en dehors des contraintes imposées par ses propres mythes et par l’histoire du rock. Un retour à l’essentiel, porté par des guitares électriques et une voix qui, même dans ses moments les plus enjoués, porte l’empreinte du génie créatif qui a marqué l’histoire de la musique.


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