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Traveling Wilburys : l’unique supergroupe adoubé par George Harrison

Publié le 15 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

George Harrison, réticent aux supergroupes, fit pourtant une exception pour les Traveling Wilburys. Formé avec Dylan, Petty, Orbison et Lynne, ce groupe né par hasard incarne une alchimie rare, sincère et artistique. Un projet hors du temps, adoubé par l’ex-Beatle comme une œuvre vraie.


Parmi les phénomènes fascinants de l’histoire de la musique rock figure incontestablement celui des « supergroupes », ces formations composées d’artistes déjà reconnus individuellement et réunis pour produire une œuvre commune. Pourtant, rares sont ceux qui ont réussi à transcender leur statut de simple réunion d’égos. Parmi eux, les Traveling Wilburys occupent une place singulière, non seulement par la qualité de leur musique, mais également par le soutien enthousiaste d’un musicien particulièrement critique envers ce type d’association : George Harrison.

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Une alchimie musicale rare

Pour Harrison, qui connaissait mieux que personne la dynamique complexe d’un groupe, la véritable alchimie musicale ne pouvait provenir que d’artistes habitués à travailler ensemble depuis longtemps. Son expérience au sein des Beatles lui avait appris cette vérité essentielle. John Lennon et Paul McCartney, avant d’atteindre la gloire, avaient passé des années à affiner leur complémentarité artistique. Même Ringo Starr, intégré peu avant la consécration, avait eu le temps de comprendre le fonctionnement de l’ensemble en remplaçant occasionnellement Pete Best.

C’est pourquoi, aux yeux d’Harrison, l’idée même du supergroupe semblait souvent artificielle. La musique rock regorgeait pourtant d’exemples de ces associations célèbres mais souvent éphémères : Eric Clapton avait quitté les Yardbirds pour rejoindre Cream, puis avait expérimenté avec Steve Marriott dans Blind Faith ou encore avec Duane Allman dans Derek and the Dominos. Mais à mesure que ces formations devenaient populaires, la dimension commerciale l’emportait souvent sur l’aspect artistique.

Le piège de l’association forcée

Les supergroupes devinrent peu à peu une idée séduisante pour les maisons de disques, convaincues que l’association de grands noms équivaudrait à un succès commercial assuré. Mais la réalité artistique était souvent décevante. Un exemple frappant fut l’enregistrement avorté réunissant John Lennon, Paul McCartney et Stevie Wonder, où les trois légendes, embourbées dans les excès de substances, ne produisirent rien de plus qu’une jam-session sans âme. Une démonstration claire que la simple renommée des membres ne suffisait pas à garantir une collaboration fructueuse.

Cette prise de conscience aiguë chez Harrison l’a longtemps tenu éloigné de ce type de projet, jusqu’à la rencontre fortuite qui donna naissance aux Traveling Wilburys.

La naissance providentielle des Wilburys

L’origine des Traveling Wilburys relève presque de l’accident heureux. Lors de l’enregistrement du titre « Handle With Care », destiné initialement à être la face B d’un single de Harrison, ce dernier se retrouva entouré d’artistes dont la collaboration immédiate allait dépasser toutes les attentes : Jeff Lynne, Tom Petty, Roy Orbison et Bob Dylan. L’alchimie entre ces musiciens fut immédiate et si puissante que l’idée d’une simple face B fut rapidement abandonnée pour un projet bien plus ambitieux.

Chaque membre apportait son talent particulier : la voix inimitable et puissante d’Orbison, la poésie intemporelle de Dylan, l’écriture accrocheuse de Petty, l’ingénieux sens mélodique de Lynne et bien sûr, la finesse musicale caractéristique d’Harrison. Le résultat dépassa toutes les attentes, avec une spontanéité qui contrastait fortement avec les artifices habituellement associés aux supergroupes.

La volonté d’une authenticité retrouvée

Conscient du risque de commercialisation excessive, Harrison insistait sur l’authenticité du projet. Dans une interview, il exprima clairement son désamour pour les supergroupes construits de façon artificielle : « Il y a toujours eu ces groupes de superstars que nous détestions. Cette idée que des gens célèbres essayent de faire un disque ensemble… La plupart de ces disques n’étaient pas bons. Ce n’est pas parce qu’on rassemble ces gens que ce sera forcément réussi, et je ne voulais surtout pas tomber là-dedans. »

Cette philosophie explique pourquoi les membres choisirent de s’attribuer des pseudonymes humoristiques dans les crédits de l’album : Nelson Wilbury pour Harrison, Lucky Wilbury pour Dylan, entre autres. Un choix qui renforçait encore l’idée de l’effacement de l’ego individuel au profit de la cohésion collective.

Une réussite artistique à contre-courant des années 1980

Bien que les Traveling Wilburys ne soient probablement pas le supergroupe le plus emblématique de l’histoire, ils représentent indéniablement la quintessence d’une réussite artistique authentique, particulièrement remarquable dans le contexte musical des années 1980. Alors que d’autres formations, telles que Damn Yankees ou Mike and the Mechanics, misaient sur une approche commerciale assumée, les Wilburys préféraient miser sur une spontanéité et une simplicité qui firent immédiatement écho auprès du public et de la critique.

La sortie de leur album « Traveling Wilburys Vol. 1 » en 1988 fut une bouffée d’air frais dans une décennie souvent dominée par l’artificialité de la production musicale. Ce succès populaire et critique confirma qu’il était possible pour des artistes de renommée mondiale de collaborer sans perdre leur intégrité artistique ni sombrer dans les excès.

Un projet qui resta unique

Malheureusement, la mort prématurée de Roy Orbison en décembre 1988 empêcha les Traveling Wilburys de continuer sous leur forme originale. Le deuxième album, intitulé ironiquement « Traveling Wilburys Vol. 3 », sorti en 1990, poursuivit cette démarche collective, mais ne put retrouver totalement l’alchimie exceptionnelle du premier opus.

George Harrison, jusqu’à sa mort en 2001, conserva un attachement particulier aux Wilburys, projet qui incarnait à ses yeux l’idéal d’une musique sincère, née non pas de l’association commerciale mais de l’amitié et du plaisir pur de jouer ensemble. Cette aventure musicale demeure, aujourd’hui encore, une référence incontournable, et peut-être l’unique exemple d’un supergroupe ayant pleinement réussi à dépasser les contraintes du genre pour offrir une œuvre intemporelle.


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