Pour Joey Ramone, le premier album des Beatles, Please Please Me, incarne la puissance brute de l’instant fondateur. Dans une interview de 1981, le chanteur des Ramones le désigne comme l’un des albums les plus importants de l’histoire, célébrant son énergie primitive, son urgence, et sa sincérité. Un hommage punk à la naissance du mythe Beatles.
Pour certains artistes, la révélation musicale jaillit d’un concert, d’une chanson, d’une image télévisuelle figée à jamais dans la mémoire. Pour Joey Ramone, chanteur incandescent des Ramones et icône du punk new-yorkais, cette étincelle est née en 1956, en regardant Elvis Presley sur le plateau de l’Ed Sullivan Show. Mais c’est bien vers les Beatles qu’il portera une admiration singulière – et surtout, vers leur tout premier disque : Please Please Me.
Sommaire
- Le choc initial : entre Presley et Liverpool
- Please Please Me : naissance d’un mythe moderne
- Une énergie inimitable
- L’importance du contexte
- Une leçon pour les générations futures
Le choc initial : entre Presley et Liverpool
Le parcours de Joey Ramone illustre la façon dont la musique populaire évolue par vagues successives d’impact générationnel. Si pour d’innombrables musiciens, l’apparition des Beatles à la télévision américaine en février 1964 constitue un moment fondateur, Joey, de quelques années leur cadet, eut son propre bouleversement en découvrant Elvis, symbole brut de liberté scénique et d’instinct sonore.
Mais c’est dans les sillons de Please Please Me que le chanteur des Ramones perçoit une vérité essentielle : la puissance révolutionnaire d’un premier album. Dans une interview accordée à The Face en 1981, il explique ne pas choisir ses disques favoris, mais plutôt ceux qui ont eu un poids historique déterminant : « J’écoute les albums que je considère comme les plus importants, pas nécessairement mes préférés. »
Please Please Me : naissance d’un mythe moderne
Sorti le 22 mars 1963, Please Please Me est le coup d’envoi officiel de la discographie des Beatles. Enregistré en grande partie en une seule journée marathon aux studios d’Abbey Road, il capture l’énergie brute, spontanée, presque animale du quatuor de Liverpool en pleine ascension. Les voix sont fraîches, les guitares tranchantes, les harmonies instinctives.
Le disque, qui mêle compositions originales et reprises du rock’n’roll américain (Arthur Alexander, The Shirelles, etc.), est conçu dans l’urgence, mais déborde d’authenticité. Pour Joey Ramone, ce type d’album est souvent le sommet d’un groupe : « Les groupes finissent par manquer d’idées », lâche-t-il, pragmatique. Le premier album, selon lui, contient la sincérité pure d’une formation qui n’a encore rien à perdre.
Une énergie inimitable
Ce qui fascine Joey Ramone dans Please Please Me, ce n’est pas la sophistication musicale – bien moindre que sur Revolver ou Abbey Road – mais cette tension particulière, cette vitalité contenue. C’est la bande-son d’un groupe qui ne sait pas encore qu’il va conquérir le monde, mais qui joue chaque note comme si sa vie en dépendait. Cette forme de naïveté électrique, les Ramones la transposeront eux-mêmes dans leur premier opus éponyme en 1976.
Il existe une parenté stylistique, inattendue mais réelle, entre les Beatles de 1963 et les Ramones : un goût pour la concision, l’énergie immédiate, les chansons courtes et efficaces. La répétition des motifs, l’urgence rythmique, la limpidité mélodique. À bien des égards, le punk de Joey est un lointain écho du beat bouillonnant de I Saw Her Standing There ou Twist and Shout.
L’importance du contexte
Ramone n’ignore pas la suite glorieuse de la carrière des Beatles. Mais pour lui, Please Please Me est le disque qui « change quelque chose ». Il incarne un basculement historique : celui où la musique populaire britannique cesse d’être un mimétisme américain pour devenir force créatrice autonome. En ce sens, il s’aligne avec d’autres premiers albums qu’il vénère, non pour leur complexité, mais pour leur rôle catalyseur.
Ce que comprend Joey Ramone, c’est que certains disques dépassent leur contenu : ils deviennent des gestes fondateurs. Please Please Me en est un. Il cristallise un moment où le destin bascule. Là où d’autres voient un embryon, il perçoit une apothéose primitive.
Une leçon pour les générations futures
L’analyse de Joey Ramone peut sembler iconoclaste, voire simpliste face aux chefs-d’œuvre ultérieurs des Beatles. Mais elle repose sur une vision rare : celle d’un musicien pour qui l’élan vital prime sur l’innovation technique. Pour lui, le premier album est souvent le plus pur, le plus dangereux, le plus vrai. Il en va ainsi de Please Please Me, qu’il place au sommet, non malgré son dépouillement, mais à cause de lui.
Et c’est peut-être là, dans ce dépouillement primitif, dans ces onze heures d’enregistrement fulgurantes, que se niche le secret de la grandeur. Joey Ramone ne nous dit pas que Please Please Me est le meilleur disque des Beatles. Il nous dit qu’il est celui qui contient, à l’état brut, toute la promesse de ce qui allait suivre. Et c’est, en soi, une déclaration d’amour à l’instant où tout commence.
