L’éviction de Zak Starkey, fils de Ringo Starr, du poste de batteur de The Who, a déclenché une crise publique et révélé les tensions internes du groupe. Entre déclarations cinglantes de Ringo contre Roger Daltrey et incompréhensions autour du départ de Zak, cette affaire met en lumière la difficulté de transmettre l’héritage du rock britannique et la fin d’une ère pour The Who.
Le monde du rock, à l’image de la vie elle-même, n’est jamais à l’abri d’un coup de théâtre — ni d’un accès de franchise brutale. Ces dernières semaines, l’onde de choc provoquée par l’éviction de Zak Starkey, fils de Ringo Starr, du poste de batteur de The Who, puis son retour avorté au sein du groupe, a mis en lumière les tensions internes d’une formation légendaire. La récente déclaration de Ringo Starr, qui n’a pas hésité à qualifier Roger Daltrey de « petit homme », est venue jeter une lumière crue sur les rivalités, les loyautés et les zones d’ombre qui traversent la scène rock britannique depuis des décennies.
L’affaire va bien au-delà d’un simple conflit d’ego ou d’une brouille passagère. Elle révèle, en creux, la persistance des vieilles querelles, la difficulté à gérer la transition des générations, et la place singulière qu’occupe la famille Starkey dans la mythologie de la musique populaire.
Sommaire
- Zak Starkey, héritier d’une double légende
- Une éviction sous haute tension : incompréhensions et règlements de comptes
- Les non-dits d’un groupe légendaire : addiction à la friction et spirale de l’absurde
- Une crise générationnelle : la question de la transmission
- The Who sans Starkey : fin d’une ère, début d’une autre ?
Zak Starkey, héritier d’une double légende
Né en 1965, Zak Starkey n’a jamais eu la vie facile. Être le fils du plus célèbre batteur de la planète, Ringo Starr, n’est déjà pas chose aisée. Mais hériter, en plus, du fauteuil de Keith Moon, batteur flamboyant et destructeur des Who, relevait de l’impossible. Pourtant, depuis près de trente ans, Zak s’est imposé comme bien plus qu’un simple « fils de » : technicien hors pair, styliste subtil, il a su apporter à The Who une énergie, une créativité et une stabilité rares, faisant l’unanimité auprès de Pete Townshend comme de Roger Daltrey.
Son parcours est emblématique de ces trajectoires croisées, où l’histoire du rock britannique semble ne jamais cesser de se réécrire. À la fois dépositaire d’un héritage Beatles et artisan du renouveau des Who, Zak a su dépasser la malédiction du « second rôle », s’imposant comme une figure respectée de la scène internationale, collaborant aussi bien avec Oasis qu’avec Johnny Marr, ou encore avec son propre groupe, Mantra of the Cosmos.
Une éviction sous haute tension : incompréhensions et règlements de comptes
La rupture, intervenue au printemps 2025, a tout du psychodrame. Après un concert jugé décevant par certains observateurs à la Royal Albert Hall, The Who annoncent, dans la foulée, l’éviction de Zak Starkey. La surprise est totale, d’autant que Pete Townshend publie quelques semaines plus tard un message d’apaisement, assurant que Zak n’a « jamais été prié de quitter The Who », évoquant de simples « problèmes de communication ». Mais la confusion est à son comble lorsque, dès le mois de mai, Townshend confirme finalement que Scott Devours assurera la tournée d’adieux nord-américaine, reléguant Starkey sur la touche.
Pour Zak, l’incompréhension le dispute à la déception. Dans une interview à Rolling Stone, il revient sur l’attitude de son père : « Je suis très fier qu’il ait pris ma défense. » Ringo Starr, de son côté, ne mâche pas ses mots. Qualifiant Roger Daltrey de « petit homme », il confie son agacement face à la manière dont le groupe a géré la situation : « Je n’ai jamais aimé la façon dont ce petit homme dirige ce groupe. »
La sortie de Starr, rarement aussi directe dans ses propos publics, sonne comme un rappel de la force des liens familiaux, mais aussi du ressentiment accumulé envers certaines figures historiques du rock britannique. L’ancien Beatle, connu pour son flegme et son humour, s’affiche ici en patriarche indigné, prêt à défendre son fils contre ce qu’il considère comme une injustice flagrante.
Les non-dits d’un groupe légendaire : addiction à la friction et spirale de l’absurde
Cette affaire soulève, au-delà du cas Starkey, la question de la gouvernance interne de The Who. Le groupe, considéré à juste titre comme l’un des plus influents et les plus explosifs de l’histoire du rock, s’est toujours nourri de tensions, de confrontations, et d’une forme de « chaos créatif » assumé. Zak Starkey le reconnaît lui-même avec lucidité : « C’est The Who. Des choses plus étranges que cela s’y sont déjà produites. Ils ont une véritable addiction à la friction. »
La suite du feuilleton frôle l’absurde : après sa première éviction, Starkey se voit proposer de publier un communiqué affirmant qu’il quitte le groupe pour se consacrer à d’autres projets. Il refuse, dénonçant publiquement la pression subie et affirmant son attachement à The Who : « J’aime The Who et je ne serais jamais parti de moi-même. »
Ce mélange d’affects, de manipulations et d’arrangements de coulisses rappelle à quel point le rock, même à l’âge de la maturité, demeure un territoire indiscipliné, traversé par les égos, les fidélités et les coups de théâtre.
Une crise générationnelle : la question de la transmission
La mise à l’écart de Zak Starkey, alors qu’il semblait avoir trouvé sa place au sein d’un groupe vieillissant mais toujours culte, pose plus largement la question de la transmission entre générations dans le rock britannique. The Who, à l’image des Rolling Stones ou de Paul McCartney lui-même, cherchent à conjuguer la pérennité de leur mythe avec l’injection de sang neuf. Or, la fidélité, l’appartenance, la transmission du flambeau ne sont jamais garanties : elles sont le fruit d’un équilibre précaire entre respect des anciens et nécessité de se réinventer.
La réaction de Ringo Starr, aussi tranchante que rare, s’inscrit dans cette problématique. Derrière le coup de gueule paternel, il y a la revendication d’un héritage, d’un savoir-faire, et d’une forme de solidarité générationnelle. Mais il y a aussi, peut-être, la nostalgie d’une époque révolue, où la musique populaire s’inventait dans l’urgence, l’audace et la fraternité.
The Who sans Starkey : fin d’une ère, début d’une autre ?
La tournée d’adieux nord-américaine de The Who, programmée pour l’automne 2025, se fera donc sans Zak Starkey. Ce choix, loin d’être anodin, marque sans doute la fin d’une séquence qui aura vu, durant près de trente ans, le fils de Ringo tenir la batterie d’un groupe mythique, y imprimant sa marque tout en respectant la mémoire de Keith Moon.
Pour Zak, l’avenir reste ouvert. Sa sérénité affichée dans la presse — « Je ne garde aucune rancune » — témoigne de la maturité acquise au fil d’une carrière singulière. Mais l’épisode, par sa brutalité et ses non-dits, restera comme l’un des derniers grands drames familiaux du rock britannique, à l’heure où les géants d’hier s’apprêtent, les uns après les autres, à quitter la scène.
