Magazine Culture

Paul McCartney et ses collaborations géniales : secrets d’un artiste sans frontières

Publié le 18 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Paul McCartney, pionnier des collaborations musicales, a bâti une œuvre riche grâce à des rencontres marquantes avec Stevie Wonder, Michael Jackson, Elvis Costello ou Youth. De la pop à l’électro, en passant par le rock, il n’a cessé de se réinventer au contact d’artistes de tous horizons, témoignant d’une ouverture et d’une audace créative exceptionnelles.


Depuis plus de soixante ans, Paul McCartney incarne, aux yeux du monde, le modèle même du songwriter universel, capable de transcender les genres, les époques et les générations. Si sa légende s’est d’abord construite au sein du duo Lennon/McCartney, pivot inégalé de la pop moderne, l’après-Beatles révélera une dimension tout aussi fascinante de son art : celle d’un musicien insatiablement curieux, désireux de multiplier les rencontres, d’explorer de nouveaux territoires, et d’enrichir son langage à travers le dialogue avec les plus grands talents de son temps.

Les collaborations de Paul McCartney, loin d’être de simples parenthèses ou des exercices de style, constituent un fil rouge essentiel de sa carrière solo. Elles témoignent d’une volonté constante de se remettre en question, de se confronter à d’autres sensibilités, et d’élargir l’horizon d’une œuvre déjà magistrale. Chaque association, qu’elle soit furtive ou au long cours, dévoile une facette inédite du génie maccartnien, et permet de saisir, en creux, l’infatigable quête d’excellence qui anime l’ex-Beatle.

Sommaire

Stevie Wonder et l’utopie du dialogue racial : « Ebony and Ivory »

Au début des années 1980, alors que le monde anglo-saxon est secoué par les tensions raciales, McCartney conçoit « Ebony and Ivory » comme un hymne à la coexistence et à l’harmonie. Il sollicite Stevie Wonder, l’un des plus grands ambassadeurs de la musique noire américaine, pour donner corps à cette vision. La rencontre entre les deux artistes, orchestrée par George Martin, débouche sur un morceau d’une efficacité redoutable, qui s’impose en tête des classements internationaux, tant au Royaume-Uni qu’aux États-Unis.

Loin de se limiter à une collaboration ponctuelle, ce duo inscrit McCartney dans la tradition du dialogue culturel, et marque le début d’une série de rencontres avec les géants de la soul et du rhythm & blues. Leur autre titre commun, « What’s That You’re Doing? », témoigne de la capacité de Paul à s’approprier les codes du funk, tout en demeurant fidèle à son propre univers.

Carl Perkins, la fidélité aux racines du rock

Pour McCartney, la collaboration ne se limite pas à la quête de nouveauté ; elle s’inscrit aussi dans une démarche de transmission, d’hommage aux figures tutélaires de la musique populaire. En invitant Carl Perkins, légende du rockabilly et idole de jeunesse des Beatles, à enregistrer « Get It » sur Tug of War, McCartney rend un vibrant hommage à l’un de ses premiers modèles.

La sincérité de cette démarche se lit dans l’anecdote bouleversante qui entoure la composition de « My Old Friend », écrite par Perkins en remerciement à Paul et Linda. Lorsqu’il découvre que la chanson reprend, mot pour mot, les dernières paroles échangées avec John Lennon — « Think of me every now and then, my old friend » — McCartney est submergé par l’émotion, rappelant la profondeur affective qui irrigue ses collaborations les plus authentiques.

Michael Jackson, le choc des générations pop

Le tandem formé par Paul McCartney et Michael Jackson symbolise la fusion entre deux époques, deux visions de la pop mondiale. Si leur premier contact artistique remonte à la reprise de « Girlfriend » par Jackson sur Off the Wall, c’est avec « Say Say Say », « The Man » et « The Girl Is Mine » que la collaboration prend toute son ampleur. Ce partenariat, porté par l’énergie et la virtuosité de Jackson, offre à McCartney l’opportunité de renouer avec l’esprit du hit immédiat, tout en explorant les nouvelles formes de la production des années 1980.

Mais cette association est aussi, en creux, le reflet des tensions inhérentes à l’industrie musicale : quelques années plus tard, Jackson rachètera le catalogue Northern Songs, privant McCartney de la gestion de ses propres œuvres Beatles. Un paradoxe qui n’entame pas la valeur artistique des titres composés ensemble, devenus des classiques du répertoire pop.

Eric Stewart et l’exigence d’un nouveau partenaire

Orphelin de la collaboration quotidienne avec Lennon, McCartney cherche, dans les années 1980, à retrouver l’émulation créative du tandem originel. Sa rencontre avec Eric Stewart, membre de 10cc, se transforme en un compagnonnage de longue durée, qui irrigue les albums Tug of War, Pipes of Peace et surtout Press to Play. Stewart devient à la fois confident, conseiller, arrangeur et coauteur. Leur association débouche sur une série de morceaux d’une grande diversité, où l’on perçoit, sous la patine des années 1980, l’exigence de renouvellement et le souci du détail cher à McCartney.

Elvis Costello, le retour aux sources de l’écriture à deux

À la fin des années 1980, McCartney ressent le besoin de renouer avec la dynamique du duo. Il choisit Elvis Costello, héritier assumé de la tradition Lennon/McCartney, pour entamer une série de sessions d’écriture en face-à-face. De cette rencontre naîtront plusieurs chansons majeures, dont « My Brave Face », portée par une tension créative et une ironie mordante qui rappellent la complémentarité originelle des Beatles.

Costello, fasciné par le pragmatisme et la rigueur de McCartney, confiera avoir été frappé par la facilité et la spontanéité de leur processus commun. « Je chantais une ligne, il trouvait la réplique… C’était exactement la mécanique que John et Paul avaient instaurée. »

Youth, la liberté des marges et l’aventure The Fireman

Paul McCartney ne se limite pas aux sphères institutionnelles du rock ou de la pop : il aime s’aventurer sur des territoires inattendus, à la recherche de nouveaux sons, de nouveaux publics. Sa collaboration avec Youth, fondateur de Killing Joke et figure de l’électro britannique, en est l’illustration la plus radicale. Sous le pseudonyme The Fireman, ils signent trois albums expérimentaux, aux frontières de l’ambient, de la techno et de l’avant-garde, où la voix et la basse de Paul se dissolvent dans la texture sonore.

Ce projet, loin du grand public, révèle une face méconnue de McCartney, en quête de dépassement, de liberté et d’innovation, jusque dans l’intimité la plus absolue (l’album Rushes sera composé alors que Linda traverse les derniers mois de sa vie).

Nigel Godrich et Greg Kurstin : la confrontation avec la modernité

Toujours attentif aux nouveaux courants, McCartney sollicite, pour ses œuvres du XXIe siècle, les producteurs les plus en vue du moment : Nigel Godrich (Radiohead, Beck), puis Greg Kurstin (Adele, Foo Fighters). Avec le premier, il enregistre Chaos and Creation in the Backyard, salué par la critique comme son disque le plus accompli depuis des décennies. Godrich, loin d’être un admirateur passif, ose contester, provoquer, bousculer Paul, l’obligeant à sortir de ses habitudes et à se dépasser.

Greg Kurstin, quant à lui, offre à McCartney un écrin à la fois pop et contemporain, lui permettant de rester en prise avec les évolutions du son tout en préservant la singularité de sa voix et de son écriture. La session avec Ryan Tedder sur « Fuh You » témoigne du même désir d’ouverture et de jeu, même au risque de la provocation.

Linda McCartney : la complicité au long cours

Aucune collaboration ne fut plus longue, plus profonde, ni plus essentielle à Paul que celle qu’il vécut avec Linda McCartney. Présente à ses côtés dès l’après-Beatles, Linda n’est pas seulement l’épouse, la muse ou la complice ; elle est partenaire de création, coautrice, musicienne, et voix réconfortante sur tous les grands projets du musicien, de Ram à Wings, jusqu’aux derniers albums live des années 1990.

L’apport de Linda — en particulier ses harmonies, qui fascinaient même Michael Jackson — imprègne durablement la production de Paul, qui confessera, après sa disparition, le vide immense laissé par cette collaboratrice de l’ombre, aussi déterminée qu’inspirante.

Les collaborations inattendues : du rock à l’électro

Parmi la galaxie de collaborations maccartniennes, certaines relèvent de l’inattendu, voire de la curiosité. L’enregistrement de « New Moon Over Jamaica » avec Johnny Cash, la rencontre avec Nitin Sawhney sur « My Soul », le duo avec Tony Bennett (« The Very Thought of You »), ou la performance électro sur « Out of Sight » avec The Bloody Beetroots, illustrent la plasticité d’un artiste prêt à se confronter à toutes les traditions et à tous les univers.

Ces aventures, parfois ponctuelles, parfois intimes, constituent le laboratoire secret d’une œuvre toujours en mouvement, jamais figée.

L’esprit de collaboration : une philosophie musicale

Ce que révèle la longue histoire des collaborations de Paul McCartney, c’est la conviction que la musique n’est jamais un exercice solitaire. Que ce soit dans la confrontation avec l’autre, la recherche du dialogue ou l’exploration des marges, Paul n’a cessé de prouver que l’ouverture, la curiosité et le respect de la différence sont les conditions mêmes du génie. Ce choix du partage, loin de diluer son identité, l’a au contraire renforcée, lui permettant de traverser les décennies sans jamais se répéter, ni renoncer à l’essentiel : la joie de créer, d’écouter, et de réinventer.


Retour à La Une de Logo Paperblog