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Le secret du B7 : comment un accord a changé l’histoire des Beatles à Liverpool

Publié le 19 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

L’histoire du B7 chez les Beatles révèle leur soif de progrès musical : autodidactes mais déterminés, ils parcourent Liverpool pour apprendre un accord qui va enrichir leur univers harmonique. Grâce à leur curiosité et à la richesse de la scène du Cavern Club, les Beatles intègrent peu à peu jazz, blues et accords complexes, marquant une évolution décisive dans la pop britannique.


Au cours des premiers mois de leur formation, les quatre membres du Fab Four n’avaient pas la prétention d’être les meilleurs musiciens du monde. John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Pete Best (puis Ringo Starr à partir de 1962) passaient la majorité de leur temps à jouer pour s’amuser dans les salles de danse et les pubs de Liverpool. Loin des conservatoires et des grandes écoles de musique, ils apprenaient souvent leurs morceaux à l’oreille, tâtonnant pour trouver les bonnes harmonies et les bonnes progressions d’accords. Ils n’avaient généralement pas accès à la partition écrite : c’était leur seul entraînement, leurs échanges avec d’autres musiciens locaux et l’écoute assidue de disques de blues, de rock ’n’ roll et de standards jazz qui leur servaient de référence.

Cette méthode empirique explique la découverte de plusieurs chemins harmoniques atypiques dans leurs premiers titres. John et Paul se partageaient le piano pour lancer une ligne mélodique ; George tentait d’enrichir le tout avec de nouveaux arpèges et cordes. Pour eux, la musique se construisait d’abord par l’expérimentation collective, et non par l’étude théorique. Mais afin d’élargir leur répertoire, ils devaient maîtriser certains accords qui, pour beaucoup de jeunes guitaristes débutants de l’époque, représentaient un véritable défi technique.

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La quête du B7, “l’accord perdu”

Parmi ces accords mystérieux, le B7 occupe une place toute particulière dans la légende du groupe. Paul McCartney a raconté à plusieurs reprises qu’il avait, un jour, parcouru la ville de Liverpool dans l’intention de rencontrer un musicien qui savait jouer cet accord :

« Parfois, nous prenions deux bus, traversant tout Liverpool, juste pour trouver un type qui connaissait cet accord que nous ne connaissions pas. Il savait le B7. C’était la pièce manquante, le maillon qui nous manquait. »

Cette anecdote illustre la soif de connaissances des deux fondateurs du groupe et leur humilité face à la technique guitaristique. L’accord B7, employé comme accord de dominante secondaire dans les progressions blues, permet de boucler la structure du twelve-bar blues : on passe du tonique E à la sous-dominante A, et l’on revient avec puissance grâce au B7. Sans cette liaison, de nombreux morceaux à base de blues auraient manqué de relief.

La portée technique de l’accord B7

Techniquement, le B7 est un accord relativement abordable pour un guitariste qui maîtrise déjà les positions ouvertes, mais il reste un obstacle non négligeable pour les débutants. Sur une guitare accordée standard, le B7 se joue en général de la façon suivante :

  • La corde de mi grav (sixième corde) n’est pas jouée.
  • L’index appuie sur la corde de (quatrième corde) au premier frette.
  • Le majeur sur la corde de si (deuxième corde) à la deuxième frette.
  • L’annulaire sur la corde de (troisième corde) à la deuxième frette.
  • L’auriculaire se positionne parfois sur la corde de mi aiguë (première corde) à la deuxième frette.

Au total, trois doigts se croisent sur deux frettes, créant une petite gymnastique des doigts qui demande un peu de coordination au début. Bien que moins redoutable qu’un accord barré, le B7 peut provoquer des crampes et des grattements involontaires si l’on ne dispose pas encore d’une bonne habitude de la tenue du manche.

L’accord B7 dans les premières compositions

L’incursion du B7 dans le répertoire des Beatles ne se limite pas à une simple anecdote : il apparaît véritablement dans certaines de leurs toutes premières compositions. C’est notamment le cas de « In Spite of All the Danger », un titre écrit par Paul McCartney autour de janvier 1958, que l’on retrouve sur l’album Anthology 1. Dans ce morceau clairement inspiré d’Elvis Presley et des standards des Crickets, le B7 intervient comme tournant harmonique, offrant à la mélodie une couleur plus riche et plus « professionnelle ».

On le retrouve également dans d’autres essais des Quarry Men, le groupe pré-Beatles de John et Paul. Ce petit bijou historique témoigne de l’influence du blues et de l’early rock sur leurs premières expériences d’écriture, avant même qu’ils n’atteignent la renommée mondiale. L’utilisation du B7 fut l’un de leurs premiers pas vers la maîtrise d’un vocabulaire harmonique plus élaboré.

L’évolution de leur palette harmonique : vers le jazz et au-delà

Si le B7 fut l’accord manquant, il ouvrit paradoxalement la porte à une exploration bien plus vaste : dès 1961–1962, John Lennon et George Harrison commencèrent à s’intéresser à des musiques plus sophistiquées, échangèrent avec des guitaristes de clubs de jazz de Liverpool et expérimentèrent des accords diminués (par exemple dans “Michelle”) ou augmentés (dans “All You Need Is Love”), mais aussi des enchaînements modaux (comme dans “Norwegian Wood (This Bird Has Flown)”) et des progressions chromatiques (celles présentes dans “Penny Lane” ou “Blue Jay Way”).

Leur intérêt pour le jazz et la musique expérimentale se concrétisa notamment lors des séances d’enregistrement aux studios Abbey Road. George Martin, leur producteur, les encouragea à explorer des structures complexes, à intégrer des cuivres, des cordes et des claviers. Grâce au travail sur l’harmonie, le groupe acquit une signature unique, capable de passer du rock énergique au baroque pop avec une cohérence incroyable.

L’impact de cette recherche sur leur son et leur carrière

Le simple fait de partir à la recherche d’un seul accord illustre l’ardeur au travail du groupe, leur curiosité et leur volonté de repousser les limites de leur instrument. Cet épisode est représentatif de leur démarche : jamais satisfaits du standard, toujours prêts à apprendre d’autres musiciens, même anonymes, pour compléter leur palette.

Cette attitude perméable à toute forme de savoir leur permit, à partir de 1965, de révolutionner la musique populaire : “Rubber Soul” marie folk et sitar, “Revolver” introduit la musique concrète, “Sgt. Pepper’s” invente le concept-album. Chaque accord, chaque nouvelle couleur qu’ils ajoutaient à leur arsenal était un pas de plus vers l’inconnu, vers ces sonorités qui allaient bouleverser des générations entières.

Un cheminement musical fondateur

L’histoire de l’accord B7 nous rappelle que la grandeur d’un groupe ne tient pas qu’à son talent inné, mais aussi à sa détermination à combler ses lacunes. En partant à la recherche d’une simple combinaison de notes sur le manche de leur guitare, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison posèrent les bases d’une démarche expérimentale qui allait façonner l’histoire du rock.

Plus qu’un simple épisode anecdotique, leur quête du “missing chord” montre l’importance de l’apprentissage collectif, de la curiosité et de l’ouverture d’esprit, valeurs fondamentales du Yellow-Sub.net pour comprendre et faire vivre l’héritage du groupe le plus influent du XXᵉ siècle.


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