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Zak Starkey et les enfants des Beatles : l’héritage impossible ?

Publié le 19 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Les enfants des Beatles, tels que Zak Starkey, vivent l’héritage de leurs pères entre mythe, pression et quête d’identité. Loin des clichés dorés, ils affrontent rivalités, incertitudes financières et difficulté à exister hors de la légende. L’affaire Zak Starkey et les tensions autour de Mantra of the Cosmos révèlent l’envers complexe de la Beatlemania générationnelle.


L’histoire des Beatles ne cesse d’alimenter fantasmes et récits générationnels. Alors que leurs albums battent toujours des records de vente, que la critique réévalue sans cesse l’importance de leur œuvre, une nouvelle « dynastie » a pris la relève, souvent sous les projecteurs mais rarement à l’abri de la comparaison. Pour Zak Starkey, fils de Ringo Starr, la filiation beatlesienne est autant une source d’opportunités qu’un poids, et il ne manque pas de souligner la réalité parfois désenchantée de cette condition d’héritier.

Alors que Zak Starkey s’est récemment retrouvé au cœur de l’actualité, du fait de son éviction aussi soudaine que confuse du groupe The Who, ses propos dans la presse britannique viennent rappeler que le nom de famille, aussi prestigieux soit-il, n’est en rien la garantie d’un conte de fées financier ou artistique. Ses mots, prononcés avec la franchise parfois crue qui le caractérise, viennent bousculer les clichés dorés que l’on peut entretenir sur la descendance du « Fab Four ».

Sommaire

  • Une collaboration symbolique et une ironie amère
  • L’argent, la gloire et la solitude du survivant
  • Tensions et rivalités : les dessous d’un départ houleux
  • La tentation du supergroupe et l’impossibilité de rejouer les Beatles
  • L’héritage, un poids plus qu’un passeport ?
  • Les Beatles, une affaire de famille éternellement ouverte

Une collaboration symbolique et une ironie amère

La nouvelle avait tout pour réjouir les fans : Zak Starkey, James McCartney (fils de Paul) et Sean Ono Lennon (fils de John), réunis pour enregistrer une chanson du projet Mantra of the Cosmos. L’événement aurait pu symboliser une fraternité retrouvée, une sorte de transmission du flambeau entre les « fils de » d’une légende du rock. Pourtant, Zak n’a pas hésité à briser l’image d’un héritage confortable partagé à parts égales.

Dans une déclaration au Telegraph, il souligne sans détour : « Les autres ont plein d’argent parce que leurs pères sont morts… ». L’amertume n’est pas feinte. Le contraste entre la perception publique d’une dynastie de « fils de » millionnaires, et la réalité parfois beaucoup plus nuancée, éclate au grand jour. Zak va même jusqu’à évoquer la disparition de sa mère, Maureen Cox, dans des conditions matérielles précaires : « Ma mère est morte sans un sou, avec un bureau plein d’enveloppes marron qu’elle n’a jamais ouvertes parce qu’elle dépensait tout pour ses amis. »

L’argent, la gloire et la solitude du survivant

La question de l’héritage, matériel autant que symbolique, n’est jamais anodine lorsqu’il s’agit des Beatles. Paul McCartney et Ringo Starr, seuls membres survivants du groupe, incarnent aujourd’hui la mémoire vivante de cette saga, mais leurs enfants vivent une autre réalité. Si James McCartney ou Sean Ono Lennon peuvent, selon les mots de Zak, s’appuyer sur une sécurité financière que leur procure le patrimoine de leurs pères disparus, Zak se retrouve, à cinquante-neuf ans, dans une situation autrement plus fragile.

Ce sentiment de décalage s’est accentué à la suite de sa récente mise à l’écart de The Who, groupe au sein duquel il officiait depuis près de trente ans. Alors que ses talents de batteur sont universellement salués (il fut même adoubé par Keith Moon lui-même, emblématique batteur originel du groupe), Zak doit désormais faire face à l’incertitude professionnelle, une précarité insoupçonnée derrière le patronyme illustre.

Tensions et rivalités : les dessous d’un départ houleux

La rupture avec The Who, survenue à la suite d’un concert jugé « difficile » au Royal Albert Hall de Londres, n’a rien arrangé à cette situation. Zak raconte sans détour les tensions internes qui minaient le groupe depuis longtemps, n’hésitant pas à pointer du doigt les relations complexes entre Roger Daltrey et Pete Townshend. Selon lui, son départ n’aurait rien à voir avec une quelconque faute professionnelle mais serait davantage le fruit d’un équilibre interne précaire, où les egos et les fidélités se recomposent au gré des circonstances.

L’histoire prend des allures de tragicomédie lorsque Zak confie avoir, dans un élan d’autodérision, écrit à Bob Dylan pour lui proposer ses services de batteur – sans avoir, à ce jour, reçu la moindre réponse. Malgré la déception, il garde un humour à toute épreuve, expliquant que ses tambours n’ont pas encore quitté l’entrepôt du Who : « Roger m’a dit la semaine dernière : ‘Ne sors pas tes batteries de l’entrepôt au cas où on aurait encore besoin de toi.’ »

La tentation du supergroupe et l’impossibilité de rejouer les Beatles

Le projet Mantra of the Cosmos, qui réunit, outre les « fils de », des membres de Happy Mondays et d’Oasis, se veut un laboratoire créatif, bien loin de l’esprit Beatles. Zak prend soin de dissiper toute comparaison : « Ce n’est pas le groupe des enfants des Beatles, c’est Mantra of the Cosmos avec eux dedans. C’est Sean of the Cosmos et James of the Cosmos, mais c’est toujours mon groupe. » Il se montre lucide sur l’alchimie introuvable qui fait la légende des débuts de son père et des trois autres à Hambourg, rappelant avec une ironie grinçante qu’aucun des « fils de » n’a connu la galère fondatrice des Beatles, ni « dormi trois ans sur des matelas infestés de puces dans une arrière-salle de club à Hambourg ».

C’est là tout le paradoxe de la filiation : bénéficier d’un nom, d’un carnet d’adresses, parfois d’un accès privilégié aux studios et à la presse, mais être condamné à une comparaison impossible avec l’aura unique de la génération fondatrice. Aucun supergroupe, aucune réunion symbolique ne saurait recréer l’étincelle originelle, celle qui naît du manque, de la précarité, de l’invention collective dans l’adversité.

L’héritage, un poids plus qu’un passeport ?

Les propos de Zak Starkey font écho à une réalité plus large : celle de la difficulté d’exister dans l’ombre d’un géant, surtout quand la légende elle-même continue de prospérer. Les descendants de John, Paul, George ou Ringo ont parfois tenté de marcher dans les pas de leurs pères, mais tous n’y sont pas parvenus avec la même aisance ou la même reconnaissance.

Si Sean Ono Lennon, par exemple, a développé une carrière à la croisée des genres, James McCartney peine encore à trouver sa voix propre, souvent rattrapé par le spectre de la comparaison. Zak Starkey, lui, a préféré s’affranchir du modèle, s’illustrant auprès de The Who ou Oasis sans jamais céder à la facilité du « tribute » ou de la nostalgie factice.

Les Beatles, une affaire de famille éternellement ouverte

Ce que révèle, en filigrane, cette actualité, c’est que l’histoire des Beatles continue de se rejouer à travers leurs enfants – mais aussi à travers les attentes, les projections et parfois les malentendus du public. L’héritage n’est jamais un acquis, mais un terrain mouvant, entre privilège et fardeau, où chacun doit sans cesse inventer sa propre trajectoire.

Au-delà des déclarations parfois rugueuses de Zak Starkey, il y a le témoignage sincère d’un homme cherchant sa place dans l’après-Beatles, dans une ère où la célébrité ne protège ni de la solitude, ni de l’incertitude matérielle. Le mythe demeure, mais la vie, elle, continue, avec ses revers, ses surprises et ses occasions manquées. Les enfants des Beatles, loin d’être les figurants d’un rêve doré, sont les héros discrets d’un second acte, aussi humain que le premier.


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