« Baby’s Request » est une chanson singulière de Paul McCartney, oscillant entre jazz et pop. Initialement écrite pour les Mills Brothers, elle figure sur l’album Back To The Egg (1979) avant d’être revisitée en 2012 sur Kisses On The Bottom. Cette chanson incarne le génie mélodique de McCartney, avec son élégant mélange de genres et son influence de jazz swing. Elle reste une perle moins connue de son répertoire, célébrée par des artistes comme George Harrison et revisitée avec brio des années plus tard.
Parmi les nombreuses pépites du répertoire de Paul McCartney,Baby’s Requestoccupe une place singulière. À la croisée du jazz et de la pop, cette chanson, initialement écrite pour le groupe vocal The Mills Brothers, a connu une trajectoire fascinante avant de figurer sur l’ultime album de Wings,Back To The Egg(1979), puis d’être réenregistrée plus de trente ans plus tard pourKisses On The Bottom(2012). Une histoire riche en rebondissements qui illustre le génie mélodique et l’ouverture stylistique de son auteur.
Sommaire
- Une commande inaboutie
- Une touche jazzy surBack To The Egg
- Une seconde vie surKisses On The Bottom
- Une chanson intemporelle
Une commande inaboutie
L’histoire deBaby’s Requestdébute dans le sud de la France, lors de vacances de McCartney. C’est là qu’il assiste à un concert des Mills Brothers, célèbre quatuor vocal américain qui a marqué les années 1930 et au-delà par son style raffiné et harmonieux. McCartney, impressionné par leur prestation et leur longévité, échange quelques mots avec eux en coulisses. L’un des membres du groupe, Herbie Mills, lui souffle alors une idée : « Paul, et si tu nous écrivais une chanson ? » Enthousiaste, l’ex-Beatle accepte aussitôt le défi.
Dès le lendemain, il s’attelle à la composition et, une fois de retour à Londres, enregistre une maquette avec Wings pour leur envoyer. Pourtant, une confusion d’ordre contractuel va empêcher le projet d’aboutir. Le management des Mills Brothers, croyant à tort que McCartney comptait les rémunérer pour l’interprétation du morceau, refuse l’offre. La chanson ne sera donc jamais enregistrée par le groupe américain. Déçu mais loin d’être découragé, McCartney décide d’inclureBaby’s Requestsur le nouvel album de Wings.
Une touche jazzy surBack To The Egg
Enregistrée en octobre 1978 aux studios Abbey Road, la version deBaby’s Requestqui figure surBack To The Eggcontraste avec l’énergie rock dominante du disque. Cet ultime album de Wings marque un retour aux sonorités électriques après les expérimentations orchestrales deLondon Town(1978). Toutefois, McCartney y insère quelques respirations stylistiques, dontBaby’s Requestqui apporte une touche de raffinement jazzy au sein du répertoire du groupe.
Le guitariste Laurence Juber, qui avait fait ses classes au sein du National Youth Jazz Orchestra en Angleterre, joue ici un rôle clé en apportant des inflexions jazz à l’arrangement. Enregistrée en quelques prises directes, la chanson conserve une fraîcheur et une spontanéité qui lui confèrent une élégance intemporelle. Le morceau remplace d’ailleurs une autre composition,Cage, enregistrée lors des sessions à Lympne Castle mais finalement écartée de la tracklist finale.
L’accueil deBack To The Eggest mitigé à sa sortie, la critique étant partagée sur ce mélange de styles. Pourtant, certains morceaux se distinguent, etBaby’s Requestretient notamment l’attention de George Harrison. L’ancien camarade de McCartney, pourtant peu enclin à complimenter son ex-partenaire, confie que la chanson est l’une de ses préférées de l’album, soulignant son penchant pour les mélodies douces et sophistiquées.
Une seconde vie surKisses On The Bottom
Si McCartney a rarement revisité son propre répertoire, quelques exceptions existent, comme la réinterprétation de plusieurs chansons pourGive My Regards To Broad Street(1984). Pourtant, en 2012, il décide de donner une nouvelle jeunesse àBaby’s Requesten l’intégrant en tant que bonus track sur son album de standards jazz,Kisses On The Bottom.
Cette fois, l’enregistrement a lieu en mars 2010 aux mythiques studios Capitol de Los Angeles, sous la houlette du producteur Tommy LiPuma. Entouré de musiciens d’exception, dont la pianiste Diana Krall, le guitariste Bucky Pizzarelli et le tromboniste Ira Nepus, McCartney revisite son morceau dans une version encore plus proche des sonorités swing et jazz qu’il avait imaginées à l’origine pour les Mills Brothers.
L’albumKisses On The Bottom, principalement constitué de reprises de standards américains, s’inscrit dans une démarche nostalgique et élégante. Il témoigne de l’amour de McCartney pour le Great American Songbook, ces chansons intemporelles popularisées par Frank Sinatra, Nat King Cole ou encore Ella Fitzgerald. En y intégrantBaby’s Request, il prouve que ses propres compositions peuvent rivaliser avec ces classiques du répertoire jazz.
Une chanson intemporelle
À traversBaby’s Request, Paul McCartney démontre une fois de plus son éclectisme et son talent pour s’adapter à divers styles musicaux. De son écriture inspirée par les Mills Brothers à sa réinterprétation raffinée en 2012, la chanson traverse les décennies avec une grâce indéniable. Moins célèbre que d’autres titres de son catalogue, elle illustre pourtant parfaitement son génie mélodique et sa capacité à jongler avec les genres.
Que ce soit dans sa version originale avec Wings ou dans sa relecture jazzy surKisses On The Bottom,Baby’s Requestreste une invitation au voyage, à la douceur et à l’élégance. Une preuve supplémentaire que Paul McCartney, bien au-delà du rock et de la pop, sait insuffler une âme intemporelle à chacune de ses créations.
