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Les fils des Beatles sortent « Rip Off » : l’héritage en fusion

Publié le 21 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Trois enfants des Beatles – Sean Ono Lennon, James McCartney et Zak Starkey – unissent leurs talents dans « Rip Off », un single produit avec le collectif Mantra Of The Cosmos. Entre héritage sacré et volonté d’émancipation artistique, ce projet inédit cristallise attentes et doutes. Sa sortie à l’automne 2025 promet une rencontre audacieuse entre rock sixties, dub psychédélique et expérimentations modernes.


Depuis la dissolution des Beatles en 1970, chaque rencontre entre leurs descendants fait naître des vagues d’enthousiasme et de scepticisme. L’annonce de « Rip Off », morceau coproduit par Zak Starkey, Sean Ono Lennon et James McCartney au sein du super-collectif Mantra Of The Cosmos, relance avec force le débat : peut-on écrire sous l’ombre colossale des Fab Four sans être comparé jusque dans la moindre note ? Si le titre n’est pas encore publié, son simple teasing réunit déjà les projecteurs, les fantasmes et les critiques. Les trois musiciens, tous issus de foyers où le rock faisait office de bande-son familiale, se trouvent au carrefour de l’héritage et de l’émancipation. Entre promesse artistique et vertige historique, la sortie programmée pour l’automne 2025 ressemble à un test de maturité collectif.

Sommaire

  • Une réunion inédite sous haute tension
  • Mantra Of The Cosmos : laboratoire psyché-dub et ADN mancunien
  • « Rip Off » : genèse d’un titre très surveillé
  • Sean Ono Lennon : l’expérimentateur tous azimuts
  • James McCartney : entre introspection et riffs abrasifs
  • Zak Starkey : un parcours sinueux entre légendes et déboires
  • Dhani Harrison, le chaînon manquant qui cultive sa liberté
  • Le spectre Beatles : fardeau ou tremplin ?
  • Antécédents et collaborations croisées : petites pierres d’un grand édifice
  • Post-Beatles toujours vivants : de « Now and Then » aux biopics de Sam Mendes
  • Les turbulences de 2025 : The Who, Oasis et la valse des batteurs
  • Que nous réserve la suite ?
  • Un pari plus grand que la somme de ses parties

Une réunion inédite sous haute tension

L’attrait est évident : jamais auparavant trois enfants directs des Beatles n’avaient gravé ensemble une chanson originale. Certes, Sean et James s’étaient déjà rapprochés sur « Primrose Hill » en 2024, une ballade acoustique baignée de mélancolie londonienne. Mais l’arrivée de Zak Starkey, batteur aguerri et figure centrale de la scène britpop des années 1990, élève l’enjeu. Le musicien reconnaît pourtant que la perspective l’a longtemps angoissé. « La composition à plusieurs est facile », confie-t-il, « mais composer tout en portant un nom chargé d’histoire est un marathon mental ». La crainte de la comparaison, du « c’était mieux avant », hante la session d’enregistrement. Pourtant, d’après les premières écoutes privées, l’alchimie serait palpable : groove rêche, riffs circulaires et refrains vocaux où se croisent les timbres de Liverpool, New York et Londres.

Mantra Of The Cosmos : laboratoire psyché-dub et ADN mancunien

Fondé en 2023, Mantra Of The Cosmos réunit Zak Starkey à la batterie, le bassiste-guitariste Andy Bell (Ride, ex-Oasis), ainsi que les iconoclastes mancuniens Shaun Ryder et Bez, transfuges des Happy Mondays. Le projet a d’abord germé dans les coulisses d’un festival caribéen, où Starkey et Ryder partageaient l’affiche. Leur ambition : marier la pulsation dub-reggae que le fils de Ringo Starr affine depuis son Grammy 2021 avec Toots & The Maytals, à l’énergie Madchester délurée de Ryder. Dans les premiers concerts donnés à Brighton puis à Manchester en 2024, le collectif mélange synthétiseurs analogiques, lignes de basse élastiques, cowbells et chœurs aériens. Les critiques évoquent un « Hawkwind des plages de Goa » ou un « Massive Attack qui aurait découvert le LSD ».

« Rip Off » : genèse d’un titre très surveillé

Selon Starkey, le cadre de « Rip Off » est né d’un beat sale enregistré sur une Ludwig vintage offerte par Keith Moon — le fameux parrain destructeur de batteries. Une ligne de basse d’Andy Bell vient se greffer, puis Sean Lennon envoie depuis son home-studio de Woodstock des arpèges de guitare 12 cordes saturées de phasing. James McCartney, de passage à Los Angeles, ajoute un riff fuzz aux accents californiens. Malgré l’excitation, les trois artistes doutent : la réunion « fils de » ne risque-t-elle pas d’être perçue comme un gadget nostalgique ? C’est là qu’intervient Shaun Ryder. Convoqué en studio à la dernière minute, le chanteur dégaine un texte imagé — on y parle d’influenceurs cupides, de clones et de pirates digitaux — qu’il pose en une prise. « En cinq minutes il a rappelé à tout le monde la différence entre la spontanéité et la mesure », raconte Starkey. L’enregistrement est figé ; le mix final, confié à l’ingénieur Andrew Scheps, promet un mur de son à mi-chemin entre britpop et dub.

Sean Ono Lennon : l’expérimentateur tous azimuts

Né le 9 octobre 1975, même date anniversaire que son père John Lennon, Sean Ono Lennon a bâti une trajectoire foisonnante loin des autoroutes mainstream. Dès 1996, il plonge dans le trip-hop avec Cibo Matto, avant d’ouvrir son label Chimera Music, refuge d’artistes avant-gardistes. On lui doit des collaborations avec les Flaming Lips, Charlotte Kemp Muhl, Marianne Faithfull et Mark Ronson. Multi-instrumentiste, il alterne guitares fuzz, claviers modulaires et basse fretless, façonnant des paysages sonores aussi cinématographiques qu’intimes. En 2024, son album « Asterisms » mêlait jazz astral, spoken word et field recordings captés dans les rues d’Osaka. Pour « Rip Off », il s’aventure davantage vers une écriture couplet-refrain héritée du rock sixties, tout en glissant des harmoniques inversées et des delays granulaires qui brouillent les repères.

James McCartney : entre introspection et riffs abrasifs

Guitariste gaucher comme son père Paul McCartney, James a longtemps évolué dans l’ombre, préférant la scène des petits clubs de Camden aux plateaux télévisés. Son premier solo figure en 1997 sur « Heaven On A Sunday » de l’album « Flaming Pie ». Les critiques relevaient déjà une attaque de médiator plus aggressive que celle de Paul, et un timbre de voix empreint d’une légère fêlure. Ses disques, d’« Available Light » (2010) à « The Black and Yellow Coast » (2022), oscillent entre folk psychédélique et power pop. James milite pour la cause animale, pratique la méditation transcendantale et se montre peu disert en interview. Pour beaucoup, sa participation à « Rip Off » marque une affirmation : « Je ne suis pas là pour remplir un quota Lennon-McCartney, mais pour défendre ma musique », a-t-il répété à ses proches. Les premiers témoins décrivent une voix rauque, presque blues, qui contraste avec la clarté du chant de Sean et le phrasé spoken-word de Ryder.

Zak Starkey : un parcours sinueux entre légendes et déboires

À 59 ans, Zak Starkey possède un curriculum vitae que beaucoup envieraient. Remplaçant de son idole Keith Moon au sein de The Who dès 1996, il électrise des stades entiers avec un jeu mêlant vélocité punk et précision métronomique. Parallèlement, il rejoint Oasis sur l’album « Don’t Believe the Truth » (2005) et devient le quatrième batteur officiel du groupe, assurant les tournées mondiales jusqu’à la séparation houleuse de 2009. Plus tard, il produit des albums reggae en Jamaïque, décrochant un Grammy pour sa collaboration avec Toots Hibbert. En 2025, son année s’avère mouvementée : licencié puis brièvement réembauché par Roger Daltrey et Pete Townshend, il claque la porte une seconde fois après un différend logistique avant la tournée d’adieu de The Who. Au même moment, l’Oasis réunifié des frères Gallagher ne retient pas ses services, préférant la batterie métronomique de Chris Sharrock. Cette agitation alimente son envie de se recentrer sur des projets personnellement choisis, loin des structures mastodontes.

Dhani Harrison, le chaînon manquant qui cultive sa liberté

Nombreux étaient ceux qui espéraient voir Dhani Harrison, fils de George Harrison, compléter la quadrature filiale. Mais Dhani poursuit actuellement la promotion de son album solo « Inner Light », un disque qui mélange ragas, drones électroniques et guitare slide. Il s’est déclaré « honoré, mais occupé ». Officiellement, aucune divergence n’oppose les cousins rockers ; simplement, la fenêtre de studio ne s’alignait pas avec son calendrier. Musicien respecté, Dhani a déjà démontré son aisance à faire vivre l’héritage paternel, notamment lors du mémorial « Concert for George 20 » en 2022, où il dirigeait un orchestre hybride rock-classique sur la scène du Royal Albert Hall. Son absence ajoute paradoxalement de la sobriété au projet, en rappelant que les destins ne se décrètent pas autour d’une table de marketing.

Le spectre Beatles : fardeau ou tremplin ?

Dès l’instant où trois noms iconiques se rassemblent, la tentation est forte de chercher des réminiscences – un accord de septième typiquement Lennon-McCartney, un tom roulé façon Ringo Starr. Zak Starkey reconnaît la pression : « Nous serons auscultés au microscope. » Sean Lennon relativise : « Tout le monde subit une comparaison ; nous, on la voit juste venir de plus loin. » Le marché, lui, reste avide de passerelles entre hier et demain. L’essor du vinyle, les relectures Dolby Atmos des albums du quartet, ou encore le façonnement numérique de la voix de John sur « Now and Then » ont prouvé que la nostalgie peut coexister avec la technologie la plus pointue. « Rip Off » s’inscrit dans cette logique : honorer sans imiter, s’affranchir en reconnaissant la filiation. Reste à savoir si le public acceptera la démarche comme un geste sincère ou comme un simple produit dérivé.

Antécédents et collaborations croisées : petites pierres d’un grand édifice

La rencontre entre les générations Beatles n’est pas un inédit complet. On se souvient du projet The New No One en 2006, jam session informelle entre Dhani Harrison, Sean Lennon, Zak Starkey et les Fountains of Wayne, longtemps circulée sous forme bootleg. Plus récemment, la ballade « Primrose Hill », mise en ligne sans promotion, avait suscité un buzz viral, atteignant le sommet des tendances X (ex-Twitter) en moins de six heures. On y découvrait un Sean au falsetto fragile appuyé par des harmonies de James rappelant le timbre adolescent de son père en 1962. « Rip Off » se présente comme un chapitre plus ambitieux : production haut de gamme, distribution via un major, et clip prévu en réalité augmentée. L’enjeu est donc double : séduire les fans de toujours et convaincre les auditeurs nés après 2000, qui n’ont parfois découvert les Beatles qu’à travers TikTok et les séries Netflix.

Post-Beatles toujours vivants : de « Now and Then » aux biopics de Sam Mendes

En novembre 2023, le monde découvrait « Now and Then », ultime chanson estampillée Beatles produite par Paul McCartney et Giles Martin grâce à une intelligence artificielle d’extraction de pistes vocales. Le succès planétaire du single – premier numéro 1 simultané au Royaume-Uni, aux États-Unis et en France depuis « The Ballad of John and Yoko » – a rappelé la vitalité commerciale du catalogue. Dans ce sillage, le réalisateur Sam Mendes a officialisé en avril 2025 un projet de quatre biopics distincts, chacun centré sur un Beatle, avec un duo de scénaristes et une sortie échelonnée en 2028. Le tournage, prévu à Liverpool, Hambourg et New York, devrait mobiliser des archives inédites. Cette effervescence médiatique crée un contexte où chaque produit dérivé Beatles se retrouve propulsé en une des magazines culturels. « Rip Off » profite ainsi d’une rampe de lancement inespérée, mais aussi d’un niveau d’exigence accru.

Les turbulences de 2025 : The Who, Oasis et la valse des batteurs

Le printemps 2025 restera dans les annales rock comme la saison où les institutions ont vacillé. The Who a d’abord licencié Zak Starkey pour un « désaccord opérationnel » avant de tenter une réconciliation éclaire, puis de le remercier à nouveau, le management évoquant des « objectifs divergents ». Presque simultanément, l’annonce d’une tournée Oasis réunifiée a retourné l’industrie : Liam et Noel, d’ordinaire irréconciliables, signaient la paix des braves. Mais pas de rappel pour Zak : la fratrie Gallagher a préféré un line-up minimaliste. Cette double mise à l’écart a été vécue par le batteur comme une piqûre de rappel : « Rien n’est acquis. » D’où son désir de miser sur des projets où il détient la gouvernance artistique, à commencer par Mantra Of The Cosmos.

Que nous réserve la suite ?

Aux dernières nouvelles, l’album complet de Mantra Of The Cosmos serait déjà mixé, masterisé et pressé sur vinyle marbré — 5 000 exemplaires collector illustrés par un montage pop-art inspiré de Richard Hamilton. Une avant-première pourrait avoir lieu dans un club londonien de 300 places, billetterie à prix libre, avant une série de festivals européens à l’été 2026. Des rumeurs font état d’une apparition surprise sur la petite scène « Strummerville » de Glastonbury, temple des coups d’éclat improvisés. En parallèle, Sean Lennon planche sur une version dub du single, tandis que James McCartney envisage un EP acoustique enregistré dans la chapelle de l’abbaye de Reculver, capté en binaural. Zak Starkey, lui, s’est procuré une console analogique Neve pour immortaliser les futures sessions, convaincu que la chaleur de la bande magnétique « donne à chaque coup de caisse claire l’odeur du bois chauffé ».

Un pari plus grand que la somme de ses parties

La sortie de « Rip Off » représente davantage qu’une simple curiosité généalogique ; elle teste la capacité de la nouvelle génération à dialoguer avec un patrimoine canonique sans y rester enchâssée. Si l’enregistrement tient ses promesses, il offrira un instantané fascinant : trois artistes liés à la légende la plus documentée de la pop, mais désireux de tracer une route personnelle à l’ère des playlists algorithmiques et des réalités augmentées. Le résultat, in fine, se jugera à l’écoute : riffs, mélodies, groove et, surtout, l’émotion ressentie. Car, qu’importe le patronyme, une chanson ne vit que si elle touche le public. « Rip Off » sera-t-elle l’étincelle d’un nouveau feu sacré ou un clin d’œil ponctuel ? Réponse cet automne, quand les premières notes résonneront enfin hors du studio, livrées aux oreilles — et aux cœurs — du monde entier.


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