George Harrison considérait Gary Moore comme le meilleur guitariste du monde. Leur complicité musicale, nourrie d’admiration mutuelle, a donné lieu à des collaborations marquantes, révélant une facette méconnue de l’ex-Beatle et soulignant le talent unique de Moore.
Lorsqu’on évoque le jeu de guitare chez les Beatles, l’attention se porte souvent sur les riffs emblématiques ou les solos de légende, mais la virtuosité de George Harrison a longtemps été éclipsée par l’immense notoriété du groupe et le génie mélodique de Lennon-McCartney. Harrison, surnommé « le Beatle tranquille », fut pourtant un musicien raffiné et curieux, passionné par les possibilités infinies de son instrument, du rock au blues en passant par la musique indienne.
Comme tous les guitaristes de sa génération, Harrison a grandi en admirant les pionniers du blues et du rock : Chuck Berry, Chet Atkins, B.B. King, Buddy Guy, Muddy Waters, et bien sûr ses pairs britanniques comme Eric Clapton, Jimi Hendrix ou Jimmy Page. Pourtant, son propre favori, celui qu’il considérait comme « le meilleur guitariste du monde », ne se situe ni parmi ces mythes fondateurs ni parmi les membres de son cercle immédiat. Son choix s’est porté sur un autre virtuose, encore sous-estimé du grand public : Gary Moore.
Sommaire
- Gary Moore : l’Irlandais prodige qui a conquis Harrison
- Une rencontre décisive et des collaborations historiques
- Un témoignage d’amitié et d’admiration réciproque
- L’ultime concert, l’hommage sur scène
- Un jeu sans fioritures, tout en émotion
- L’héritage de Gary Moore dans l’univers Beatles
Gary Moore : l’Irlandais prodige qui a conquis Harrison
Né à Belfast en 1952, Gary Moore a marqué l’histoire de la guitare grâce à un style intense, alliant la puissance du rock à la sensibilité du blues. Dès son adolescence, il se fait remarquer dans le groupe Skid Row, avant de rejoindre, à plusieurs reprises, la formation culte Thin Lizzy aux côtés de Phil Lynott. Mais c’est surtout comme soliste, et au fil d’albums tels que « Still Got The Blues », que Moore s’impose comme l’un des plus grands guitaristes de sa génération.
L’influence de Moore, saluée par Bob Geldof comme celle de l’un des « plus grands bluesmen irlandais », puise autant chez Peter Green (Fleetwood Mac) que chez Eric Clapton. Pourtant, c’est Harrison lui-même qui, par admiration et amitié, va lui offrir l’occasion de briller au plus haut niveau.
Une rencontre décisive et des collaborations historiques
Si Harrison admirait tant Moore, c’est aussi parce que ce dernier savait conjuguer technique et émotion. Leur première rencontre remonte à une soirée chez Alvin Lee : Moore improvise un blues, et Harrison l’interpelle, conquis, en lui lançant : « C’est comme ça qu’il faut jouer pour m’impressionner ! » De cette rencontre naît une complicité artistique durable.
Lorsque Harrison rejoint le supergroupe des Traveling Wilburys (avec Bob Dylan, Tom Petty, Roy Orbison et Jeff Lynne), il pense à Moore pour assurer le solo de guitare sur « She’s My Baby ». Moore, rebaptisé pour l’occasion « Ken Wilbury », offre un solo remarquable, salué par Harrison lors d’une interview : « C’est Ken Wilbury. J’espère qu’il écoute. Ken, tu n’as pas joué dans le clip, mais on t’aime quand même – tu es un guitariste excellent. »
Un témoignage d’amitié et d’admiration réciproque
Gary Moore n’a jamais caché à quel point travailler avec Harrison fut une expérience marquante. Il se souvient des heures passées dans le studio de l’ex-Beatle, entouré de guitares mythiques : la Stratocaster peinte de « Magical Mystery Tour », la Gibson acoustique ou la Rickenbacker de « A Hard Day’s Night ». Moore raconte : « On aurait dit une réunion avec tous les vieux amis qu’on avait vus au cinéma enfant. »
Les deux musiciens collaborent également sur le morceau « That Kind of Woman », composé par Harrison pour Moore, qui figure sur la réédition de l’album « Still Got The Blues ».
L’ultime concert, l’hommage sur scène
La relation entre Harrison et Moore culmine lors du dernier grand concert public de George Harrison en 1992. Ensemble, ils interprètent une version mémorable de « While My Guitar Gently Weeps ». Moore apporte sa touche personnelle au solo originellement joué par Eric Clapton sur le « White Album », tandis qu’Harrison rayonne de bonheur d’être accompagné par celui qu’il considère comme « le meilleur du monde ».
Un jeu sans fioritures, tout en émotion
Ce qui touchait le plus Harrison dans le style de Moore, c’était la capacité à privilégier la mélodie et la justesse de chaque note plutôt que la démonstration de vitesse. « Il ne papillonne pas autour de la note comme beaucoup de guitaristes », observait Harrison, admirant le sens aigu de l’improvisation de Moore et sa façon d’incarner le blues avec pudeur et intensité.
L’héritage de Gary Moore dans l’univers Beatles
Si Gary Moore reste pour le grand public un héros discret de la guitare, son influence auprès de musiciens de légende comme Harrison confirme l’immense portée de son talent. Le fait qu’un Beatle, lui-même admiré par des générations de guitaristes, désigne Moore comme son préféré, atteste d’une reconnaissance rare et précieuse.
Moore, qui a grandi en admirant les Beatles comme tant d’adolescents britanniques, a su conquérir le respect de George Harrison par son jeu authentique, son humilité et son amour du blues. Ensemble, ils ont écrit une page méconnue mais essentielle de l’histoire du rock, mêlant admiration, transmission et passion partagée pour la guitare.
En désignant Gary Moore comme « le meilleur guitariste du monde », George Harrison a offert un hommage sincère à un musicien d’exception, et rappelé, à travers cette amitié musicale, que la légende des Beatles continue de s’enrichir grâce à ceux qui, dans l’ombre ou la lumière, perpétuent l’art de la six-cordes.
