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Tony Booth : l’homme qui a dessiné les Beatles avant la gloire

Publié le 22 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Tony Booth, créateur des affiches emblématiques du Cavern Club, a accompagné visuellement les débuts des Beatles. Ce graphiste de Liverpool, décédé en 2017, a marqué la scène Merseybeat par ses œuvres colorées et percutantes, aujourd’hui redécouvertes et célébrées.


Parmi les nombreux artisans de l’ascension des Beatles, certains noms brillent dans la mémoire collective : Brian Epstein, George Martin, ou encore Stu Sutcliffe. Mais dans l’ombre de cette mythologie pop, un artiste visuel a joué un rôle déterminant, bien que méconnu : Tony Booth. Ce graphiste liverpoolien, né le 22 juin 1933, est l’auteur des affiches peintes à la main annonçant certains des premiers concerts du groupe. Ses créations vibrantes, typiques de l’esthétique de l’époque, ont contribué à façonner l’image visuelle de la scène Merseybeat.

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Du service militaire à la création graphique

Tony Booth montre très tôt un talent marqué pour le dessin et le design. Après avoir accompli son service national dans les années 1950, il commence à travailler comme illustrateur à Liverpool. Dans les années 60, la ville bouillonne d’énergie musicale, et Booth se retrouve au cœur de cette effervescence. Il exerce alors dans le centre-ville, à quelques rues du Cavern Club et du bureau de Brian Epstein, futur manager des Beatles. C’est Epstein qui le repère et lui confie ses premières commandes pour ses magasins de disques, avant de le charger de créer des visuels pour ses jeunes poulains.

L’artisan des nuits du Cavern

La carrière de Tony Booth prend un tournant lorsque ses affiches colorées deviennent la signature visuelle des soirées du Cavern Club. Dans cette cave devenue mythique, les Beatles se produisent régulièrement à leurs débuts. L’un des rares documents encore existants est une affiche datant de 1961, où les Beatles apparaissent en bas de l’affiche, à égalité avec les Remo Four, pour un concert qui durera toute la nuit. Ces affiches sont peintes à la main, sur du carton ou du papier, dans un style très reconnaissable à base de lettres capitales, de couleurs franches et de composition dynamique.

Un patrimoine trop souvent perdu

La plupart des œuvres originales de Tony Booth n’ont malheureusement pas survécu au temps. Nombre d’entre elles ont été jetées après les concerts ou détruites lors du processus de sérigraphie. Ce n’est que bien plus tard, avec l’engouement mondial pour les objets collectors des Beatles, que la valeur de son travail a été reconnue. Un exemplaire original d’une affiche du Cavern a ainsi été acheté par un collectionneur américain pour la somme de 27 500 livres sterling.

Un retour tardif mais mérité dans la lumière

Dans les dernières années de sa vie, Tony Booth a réalisé des reproductions de ses affiches, parfois signées ou peintes à la main, destinées à un public de collectionneurs et de fans des Fab Four. Cette seconde vie de ses œuvres lui a permis de renouer avec une reconnaissance longtemps attendue. Sa signature visuelle a d’ailleurs été remise en avant dans les expositions consacrées à la culture Merseybeat, tant à Liverpool qu’à l’étranger.

Un dernier hommage à la Cavern

Tony Booth est décédé le 11 janvier 2017, à l’âge de 83 ans, des suites d’un cancer. Ironie poignante du destin, son dernier travail fut la réalisation des affiches officielles du 60ème anniversaire du Cavern Club, célébré le week-end suivant sa disparition. Cette ultime contribution symbolise son lien indéfectible avec la génèse des Beatles et le rock britannique en général.

Un style unique au service d’une révolution culturelle

L’esthétique de Tony Booth s’inscrit dans la tradition de l’école graphique populaire britannique des années 50 et 60, bien avant l’arrivée du psychédélisme. Ce n’était pas une démarche artistique d’avant-garde, mais une volonté de clarté, d’impact visuel et d’efficacité. Il savait comment attirer le regard d’un passant, comment faire ressortir le nom d’un groupe ou l’horaire d’un concert. Cette science du message visuel éphémère s’est révélée essentielle pour une génération d’artistes qui, comme les Beatles, se jouaient d’abord sur scène.

Un témoin du Liverpool des années 60

L’héritage de Tony Booth est aussi un témoignage rare du paysage culturel de Liverpool dans les années 60. Avant que la ville ne devienne le synonyme même de la pop britannique, elle était un carrefour d’influences musicales et sociales, entre ouvriers des docks, étudiants en art et exubérance juvénile. Les affiches de Booth en sont le miroir : elles révèlent une époque où tout était encore à inventer, où l’identité graphique des groupes naissait dans les mains d’un seul homme, armé de pinceaux et d’intuition.

Un hommage nécessaire à un artiste de l’ombre

Aujourd’hui encore, les créations de Tony Booth sont exposées dans des musées et collections privées. Elles rappellent que l’image des Beatles ne s’est pas construite seulement avec des chansons, mais aussi grâce à des talents comme le sien, restés trop longtemps dans l’ombre. Son nom mérite d’être inscrit au panthéon des pionniers de la pop, au même titre que les musiciens, producteurs ou journalistes qui ont raconté cette épopée.

En ce 22 juin 2025, jour qui aurait marqué son 92ème anniversaire, l’œuvre de Tony Booth mérite plus que jamais d’être redécouverte, admirée et célébrée. Car sans ses affiches, l’histoire visuelle des Beatles serait sans doute bien moins vibrante.


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