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« Yesterday » : Stevie Nicks révèle pourquoi elle la juge « parfaite »

Publié le 23 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Stevie Nicks, future voix de Fleetwood Mac, découvre « Yesterday » à quinze ans et comprend qu’une simple mélodie peut renfermer toute la douleur du monde. Pour elle, la ballade de Paul McCartney est parfaite : dépouillée, universelle, intemporelle. Nicks y perçoit même un pressentiment du deuil que Paul vivra en perdant Linda. Cette révélation fonde son propre art, fait d’images intimes transformées en confessions musicales. Enregistrée seul avec un quatuor à cordes, « Yesterday » est la chanson la plus jouée des Beatles et, ironie du succès, si familière qu’on oublie son génie. Mais en tendant l’oreille, on retrouve un chef-d’œuvre d’économie et de tristesse lumineuse, un talisman rappelant qu’aimer, perdre puis avancer est l’expérience la plus partagée qui soit.


Si Stevie Nicks est aujourd’hui reconnue comme l’une des grandes prêtresses du rock américain, c’est aussi parce qu’elle a, dès l’adolescence, su puiser son inspiration dans les mélodies venues d’outre-Atlantique. Et au sommet de cette influence, une chanson trône depuis toujours dans son panthéon personnel : « Yesterday ». Pour la chanteuse de Fleetwood Mac, ce morceau composé par Paul McCartney est tout simplement « parfait ».

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Une rencontre adolescente avec l’émotion brute

En 1965, Stevie Nicks n’a que quinze ans. Fille d’un cadre dirigeant de Greyhound, elle a grandi en bougeant sans cesse à travers les États-Unis. Lorsqu’elle s’installe enfin en Californie pour ses dernières années de lycée, les Beatles sont déjà un phénomène planétaire. C’est dans ce contexte qu’elle reçoit sa première guitare à seize ans, et compose sa toute première chanson, « I’ve Loved and I’ve Lost, and I’m Sad but not Blue ».

Inspirée par une rupture avec un garçon qui ignorait tout de ses sentiments, elle donne naissance à un texte marqué par une maturité émotionnelle étonnante pour son âge. Mais cette sensibilité n’est pas sortie de nulle part : c’est à l’écoute de « Yesterday », sortie l’année précédente, qu’elle comprend pour la première fois comment une mélodie peut exprimer une douleur universelle, avec simplicité, élégance et sincérité.

« Une prémonition » de Paul selon Nicks

Pour Stevie Nicks, « Yesterday » ne se résume pas à une ballade sur un amour perdu : c’est une œuvre prémonitoire, qui évoque selon elle ce que Paul McCartney allait vivre plus tard avec la perte de sa femme Linda. « Je pense que ‘Yesterday’ était une forme de prémonition de ce que Paul allait vivre avec Linda – trouver le grand amour, puis le perdre. C’est la chanson parfaite », affirme-t-elle.

Ce regard spirituel sur la création musicale, Nicks le cultive depuis toujours. À ses yeux, l’art véritable puise dans l’intuition, dans une forme de canalisation d’émotions futures ou passées, comme si les compositeurs étaient des messagers de l’invisible.

Une vision commune de la chanson comme confession poétique

Cette sensibilité, elle la partage avec McCartney, dont le processus d’écriture repose souvent sur la capacité à « peindre une image », à capter l’instant fragile d’une émotion, d’un souvenir, d’un regret. Dans son ouvrage « The Lyrics: 1956 To The Present », McCartney affirme que la clé de son art réside dans l’observation des détails de la vie quotidienne, puis leur traduction en musique.

Stevie Nicks, dans ses propres chansons comme « Landslide », « Dreams » ou « Gypsy », suit cette même logique : « Je vais passer ma vie à écrire des poèmes, à les transformer en musique pour toucher les gens », confiait-elle à la presse américaine.

« Yesterday » : la chanson la plus entendue des Beatles

Si Stevie Nicks considère « Yesterday » comme le sommet artistique de McCartney, elle n’est pas seule. En s’appuyant sur les statistiques de BMI (Broadcast Music, Inc.), la chanson est officiellement la plus diffusée des Beatles à la radio américaine au XXᵉ siècle, et la troisième tous artistes confondus.

Composée en rêve, enregistrée avec un quatuor à cordes et sans les autres membres du groupe, « Yesterday » reste un cas unique dans la discographie des Beatles : épurée, mélancolique, intemporelle. Sa ligne mélodique est d’une telle évidence que certains auditeurs croient encore aujourd’hui qu’il s’agit d’un standard traditionnel, alors qu’elle n’a vu le jour qu’en 1965.

Une chanson devenue invisible tant elle est omniprésente

C’est peut-être là le paradoxe le plus fascinant évoqué par Nicks : « Yesterday » est devenue tellement universelle qu’on oublie à quel point elle est extraordinaire. Elle fait partie du paysage sonore mondial, entendue dans les cafés, les films, les supermarchés, les mariages et les enterrements. Et pourtant, si l’on s’arrête, si l’on écoute vraiment, on redécouvre un chef-d’œuvre d’économie, de justesse et de tristesse lumineuse.

« C’est une chanson qui explique la vie humaine à travers une forme de comédie douce-amère », résume un critique américain. Nicks, elle, y voit un miroir émotionnel fidèle, un guide discret pour toutes celles et ceux qui ont aimé, perdu, puis continué à avancer.

L’ombre douce de « Yesterday » dans l’œuvre de Stevie Nicks

Dans l’univers de Stevie Nicks, peuplé de sortilèges, de voiles et de cendres, « Yesterday » tient une place à part. C’est une chanson talisman, un modèle d’écriture intime qui touche à l’universel. En la qualifiant de « parfaite », Nicks ne dresse pas seulement un hommage à McCartney : elle rappelle qu’une chanson, lorsqu’elle touche à l’essence même de l’expérience humaine, peut devenir un repère existentiel, une forme de prière laïque.

Et peut-être est-ce cela, justement, qui rend « Yesterday » si durable : elle appartient à tout le monde, tout en restant profondément personnelle. Pour Stevie Nicks, c’est le genre de chanson qu’on écrit une fois dans sa vie… et qui continue de résonner dans le cœur des autres, indéfiniment.


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