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Quand Lennon accusait Rod Stewart d’avoir copié « Don’t Let Me Down »

Publié le 24 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dans les années 70, John Lennon remarque une étrange similitude entre « The Killing of Georgie » de Rod Stewart et son propre morceau « Don’t Let Me Down ». Il en plaisante, dénonçant un emprunt mélodique flagrant, sans chercher le conflit. Stewart reconnaîtra l’influence des Beatles des décennies plus tard avec humour. Ce désaccord léger illustre la circulation naturelle des influences musicales, entre hommage implicite et plagiat bienveillant. Une querelle plus symbolique qu’agressive, révélatrice de la manière dont les artistes défendent leurs œuvres tout en s’inspirant les uns des autres.


Dans l’industrie musicale, les querelles d’ego sont presque aussi fréquentes que les tubes eux-mêmes. Mais certaines rivalités sont moins des conflits que de petites piques, à mi-chemin entre l’agacement bon enfant et la satire artistique. C’est le cas du différend — aussi léger qu’amusant — qui opposa John Lennon à Rod Stewart, autour d’une chanson qui, selon Lennon, « aurait pu s’appeler autrement ».

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Une influence évidente… et revendiquée

Au mitan des années 1970, Rod Stewart est à son apogée artistique. Révélé dans les années 60 au sein de groupes comme The Jeff Beck Group ou Faces, il incarne alors un style à la fois mod, rock et soul, ancré dans la tradition britannique tout en se nourrissant des tendances américaines. Mais impossible d’échapper à l’ombre gigantesque des Beatles, qui ont redéfini le songwriting dans toute la musique populaire.

C’est ainsi qu’en 1976, Stewart publie une chanson ambitieuse : « The Killing of Georgie (Part I and II) », fresque tragique racontant le destin d’un jeune homme homosexuel à New York, assassiné après avoir été rejeté par sa famille. Engagée, émotionnelle, innovante dans sa forme narrative, la chanson connaît un grand succès au Royaume-Uni, atteignant la 2ᵉ place des charts.

Mais un détail ne passe pas inaperçu à John Lennon.

« Georgie, don’t go-o-o » : Lennon reconnaît sa mélodie

Dans l’une de ses dernières interviews, accordée à David Sheff en 1980, Lennon évoque le morceau de Stewart avec son ironie caractéristique :

« Au fait, Rod Stewart a transformé [Don’t Let Me Down] en “Georgie don’t go-o-o” […] Et ça, les éditeurs ne l’ont jamais remarqué. Pourquoi n’a-t-il pas simplement chanté “Don’t Let Me Down” ? La même raison pour laquelle je ne chante pas les chansons des autres : parce qu’on n’est pas payé. »

Cette remarque révèle une forme d’irritation mêlée à de l’humour, comme si Lennon constatait une forme de pillage musical sans pour autant y accorder une importance dramatique.

En effet, l’accusation porte sur la similitude mélodique frappante entre « The Killing of Georgie » et « Don’t Let Me Down », chanson enregistrée par les Beatles en janvier 1969 et sortie en face B du single « Get Back ».

Stewart reconnaît la ressemblance… avec flegme

Des décennies plus tard, en 2016, Rod Stewart finit par admettre publiquement la ressemblance entre les deux chansons, dans une interview donnée au Guardian :

« Oui, ça y ressemble. Mais il n’y a rien de mal à faire une bonne reprise ! Si tu retournes dans les années 60, tu trouveras plein d’autres chansons avec les mêmes trois accords et la même ligne mélodique. »

Une réponse typiquement britannique, mêlant autodérision et absence totale de culpabilité. Pour Stewart, le “bon emprunt” est une tradition. Et d’ailleurs, les Beatles eux-mêmes n’ont-ils pas repris les formules de Chuck Berry, Buddy Holly ou Little Richard dans leurs débuts ?

Une querelle plus symbolique que réelle

Comparée à d’autres conflits plus amers que John Lennon a entretenus (notamment avec Paul McCartney post-séparation ou certains journalistes), celle-ci tient davantage de la pique moqueuse. À aucun moment Lennon ne s’en prend frontalement à Stewart. Et ce dernier, de son côté, n’a jamais critiqué Lennon, bien au contraire : il a toujours reconnu sa dette artistique envers les Beatles.

« Don’t Let Me Down » reste une déclaration d’amour musicale poignante à Yoko Ono, tandis que « The Killing of Georgie » aborde une cause sociétale majeure pour l’époque. La similitude musicale devient alors un point de friction intellectuel, mais pas une attaque personnelle.

Analyse : l’éternelle boucle de l’influence

L’affaire « Georgie/Don’t Let Me Down » illustre à merveille la logique d’influence circulaire dans la musique populaire. Les artistes empruntent, transforment, digèrent ce qu’ils ont aimé. Lennon, tout comme McCartney, a lui-même reconnu avoir repris des idées de Chuck Berry, Elvis ou Smokey Robinson. Que Rod Stewart s’inspire des Beatles en 1976 n’a rien de surprenant — c’est même inévitable.

La vraie subtilité ici réside dans la conscience de cette reprise. Stewart savait très probablement ce qu’il faisait. Mais à une époque où les droits d’auteur étaient moins scrutés qu’aujourd’hui, une phrase proche, une ligne mélodique similaire, passaient souvent inaperçues des éditeurs — sauf des artistes eux-mêmes.

Un clin d’œil plus qu’un conflit

Si certains conflits musicaux sont légendaires, celui entre John Lennon et Rod Stewart relève presque de l’anecdote de fin de soirée. Mais elle en dit long sur la fierté d’un auteur, la façon dont il perçoit ses œuvres comme une extension personnelle, et comment il peut être agacé de les voir recyclées sans remerciements.

Cependant, Lennon ne s’est pas lancé dans une guerre médiatique. Il s’est contenté de souligner l’ironie d’un plagiat à peine voilé — et de l’enregistrer dans l’histoire avec une pique bien sentie.

Quant à Rod Stewart, il est resté fidèle à son image : décontracté, flegmatique, assumant avec panache un emprunt qui s’est transformé en tube intemporel.


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