En 1999, Paul McCartney revisite No Other Baby sur Run Devil Run, un album hommage au rock des années 1950. Ce morceau méconnu, initialement interprété par The Vipers, prend une dimension poignante sous la voix de McCartney, marqué par le deuil de Linda. Avec David Gilmour et Mick Green à la guitare, il livre une interprétation bouleversante, transformant cette chanson en un témoignage d’amour et de résilience. Ce titre reste l’un des moments les plus émouvants de sa carrière solo.
En 1999, alors que le monde attendait un nouvel album de compositions originales de Paul McCartney, l’ex-Beatle surprit son public avecRun Devil Run, un disque de reprises marqué par un retour aux sources du rock’n’roll des années 1950. Parmi les morceaux qu’il choisit de revisiter se trouveNo Other Baby, une chanson à l’histoire fascinante, que McCartney porta avec une intensité émotive rare. Ce titre, originellement interprété par The Vipers en 1958, constitue une pièce centrale de cet album hommage aux sonorités qui ont forgé son amour pour la musique.
Sommaire
- Un morceau issu des tréfonds de la mémoire
- Un enregistrement marqué par l’émotion
- No Other Baby, miroir du deuil et de la renaissance
- Une réception critique et publique
- No Other Baby, un témoignage intemporel
Un morceau issu des tréfonds de la mémoire
Paul McCartney a toujours manifesté une mémoire musicale impressionnante, maisNo Other Babyconstitue un cas particulier. Il confesse lui-même ne pas savoir comment la chanson s’est incrustée dans son esprit, n’ayant jamais possédé le disque original des Vipers. Pourtant, ce morceau l’a accompagné tout au long de sa carrière, refaisant surface sporadiquement jusqu’à trouver sa place surRun Devil Run.
L’attrait de McCartney pour cette chanson réside dans sa simplicité brute et son intensité émotionnelle. La version des Vipers, formation skiffle britannique active dans les années 1950, présentait un minimalisme poignant, typique du genre qui préfigurait l’explosion du rock’n’roll au Royaume-Uni. McCartney découvrit bien plus tard que c’est George Martin lui-même, le futur producteur des Beatles, qui avait enregistré la version originale des Vipers, fermant ainsi une boucle musicale inattendue.
Un enregistrement marqué par l’émotion
Le contexte dans lequelRun Devil Runfut enregistré confère àNo Other Babyune poignance toute particulière. En mars 1999, McCartney se rendit aux studios Abbey Road avec un groupe de musiciens d’exception comprenant David Gilmour (Pink Floyd) à la guitare, Mick Green (The Pirates) à la guitare solo, Geraint Watkins au piano et Dave Mattacks (Fairport Convention) à la batterie.
Le choix de ces musiciens n’était pas anodin : chacun possédait une expérience solide dans le rock, le rhythm and blues et le skiffle. L’objectif était de retrouver l’urgence et l’énergie brute des enregistrements des années 1950, sans effets superflus ni surproduction. McCartney assura lui-même la basse, le piano et le chant, livrant une interprétation à fleur de peau.
No Other Baby, miroir du deuil et de la renaissance
Plus qu’une simple reprise nostalgique,No Other Babyrésonne comme une confession intime. En 1998, Paul McCartney venait de perdre son épouse Linda, emportée par un cancer.Run Devil Runfut enregistré dans l’urgence, comme une manière cathartique d’exorciser la douleur et de renouer avec une joie de jouer. MaisNo Other Babydétonne au sein de l’album par son ambiance mélancolique et son intensité dramatique.
La voix de McCartney, habituellement cristalline et puissante, semble ici marquée par une fragilité nouvelle. La section instrumentale, dominée par les guitares pleureuses de Gilmour et Green, donne au morceau une teinte bluesy et hantée. L’interprétation de McCartney transcende le texte, transformant cette chanson d’amour en un hommage poignant à Linda. On y entend l’écho d’un homme marqué par le deuil, cherchant du réconfort dans les souvenirs de la musique qui l’a formé.
Une réception critique et publique
Sorti en single en octobre 1999, avec en face BBrown Eyed Handsome Manet une reprise inédite deFabulousde Charlie Gracie,No Other Babyreçut un accueil enthousiaste de la part des critiques. Beaucoup saluèrent la sincérité de l’interprétation de McCartney et la qualité de l’enregistrement, qui parvenait à capturer l’essence du rock originel tout en y insufflant une profondeur nouvelle.
Bien que le titre n’ait pas atteint les sommets des classements, il est rapidement devenu un favori des fans. McCartney l’interpréta régulièrement en concert, notamment lors des soundchecks de ses tournées, preuve de son attachement personnel à cette chanson.
No Other Baby, un témoignage intemporel
Vingt-cinq ans après sa sortie, la version deNo Other Babyenregistrée par Paul McCartney demeure une perle rare de sa discographie. Elle symbolise à la fois son amour inaltérable pour le rock des origines et son incroyable capacité à se réapproprier des morceaux obscurs pour en faire des œuvres personnelles et bouleversantes.
En redonnant vie à cette chanson oubliée du skiffle britannique, McCartney a non seulement rendu hommage à ses racines musicales, mais il a aussi transformé ce morceau en un poignant chant d’amour et de résilience. Une preuve supplémentaire que, même lorsqu’il revisite le passé, Paul McCartney parvient toujours à toucher au plus profond de l’âme humaine.
