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George Harrison et Shanghai Surprise : un film qu’il a détesté

Publié le 26 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1986, George Harrison produit à contrecœur le film Shanghai Surprise, une expérience qu’il décrira comme « une période vraiment pourrie ». Fiasco critique et personnel, le projet le dégoûte du cinéma. Pourtant, il sauve de cette mésaventure une chanson : Breath Away from Heaven, intégrée plus tard à son album Cloud Nine. Ce titre doux et méditatif contraste avec l’échec du film, illustrant la capacité de Harrison à transformer une déconvenue artistique en moment de grâce musicale.


George Harrison, homme de musique, homme de foi, homme de jardin… mais certainement pas homme de cinéma. Si l’ancien Beatle a brillé dans la création musicale et s’est offert quelques incursions discrètes dans la production, il existe un épisode dans sa carrière qu’il n’a jamais vraiment digéré : celui du film Shanghai Surprise, dont il fut le producteur à reculons, et qui restera dans sa mémoire comme l’un des pires moments de sa vie professionnelle.

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De la lumière à l’ombre : de Life of Brian à Shanghai Surprise

L’histoire commence pourtant bien. Dans les années 1970, George Harrison fonde HandMade Films dans un élan de solidarité envers ses amis des Monty Python. La troupe, lâchée par ses financiers, ne peut plus tourner La Vie de Brian. Harrison, fan de leur humour corrosif, décide de produire le film en hypothéquant sa maison. Résultat : un succès critique et public, et la création d’un studio de production à contre-courant de l’industrie classique.

Mais les années 1980 sont moins tendres. Harrison, de plus en plus désabusé par l’univers du spectacle, aspire à la simplicité : jouer de la guitare, jardiner, méditer. Il compose encore, notamment les albums Gone Troppo et Somewhere in England, mais sans l’enthousiasme de ses débuts. Il faudra attendre Cloud Nine (1987) et la formation des Traveling Wilburys pour qu’il retrouve le goût de créer en groupe.

Entre-temps, HandMade Films le ramène dans une spirale qu’il aurait préféré éviter.

Shanghai Surprise : une production cauchemardesque

En 1986, George Harrison produit Shanghai Surprise, film avec Madonna et Sean Penn, censé redorer le blason de HandMade Films. Ce sera un fiasco critique et commercial retentissant. Harrison, impliqué malgré lui dans la musique et la supervision du long-métrage, garde un souvenir amer de l’expérience.

Il confiera plus tard : « Je n’ai jamais fait de bande originale pour ce film, parce qu’il a été démoli et que nous avons passé une période vraiment pourrie avec eux pendant le tournage. » Une déclaration sans ambiguïté, qui traduit le dégoût d’un homme pourtant peu enclin aux conflits publics.

Une chanson sauvée du désastre

Dans ce marasme, Harrison sauve pourtant un fragment lumineux : le morceau “Breath Away from Heaven”, initialement composé pour le film. Dans un style orientalisant, en écho à ses longues recherches musicales autour de la spiritualité indienne, le titre trouve finalement sa place sur l’album Cloud Nine, bien qu’il détonne par son tempo lent et sa texture sonore douce et aérienne.

Harrison explique : « Je ne voulais pas perdre cette chanson. Elle a de jolies paroles – même si je n’ai inclus les paroles d’aucune chanson sur cet album. » Son inclusion, vers la fin du disque, fonctionne presque comme une pause méditative, juste avant le final euphorique “Got My Mind Set On You”.

Le cinéma, un art incompatible avec sa philosophie

Ce rejet de Shanghai Surprise n’est pas qu’une question de mauvais souvenirs ou de mauvais résultats. Il reflète plus largement l’état d’esprit de George Harrison face à l’industrie. Attaché à la détente, à la simplicité de la vie, au détachement prôné par la philosophie hindoue, Harrison supporte de moins en moins les contraintes imposées par les tournages, les exigences budgétaires, et les caprices hollywoodiens.

Lui qui considérait la célébrité comme « un voile de Maya », une illusion sans importance, voit dans l’échec de Shanghai Surprise une leçon spirituelle : parfois, même les échecs les plus cuisants contiennent un germe de beauté. En l’occurrence, celui de créer une chanson douce, introspective, qui ne devait son existence qu’à ce tournage malheureux.

Trouver la lumière dans l’obscurité

Dans toute l’œuvre de George Harrison, Breath Away from Heaven reste un morceau marginal. Mais son histoire révèle l’homme derrière l’artiste : lucide, sensible, ironique, capable de transformer une déconvenue en offrande musicale. Comme une preuve supplémentaire que, même dans les projets qu’il haïssait, George Harrison était capable de trouver la lumière au milieu du chaos.


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