Paul McCartney n’a jamais caché son admiration pour les Beach Boys, et « Back in the U.S.S.R. » en est l’un des hommages les plus marquants. Inspiré par Chuck Berry et les harmonies vocales des Beach Boys, ce titre du « White Album » mélange humour et ironie en transposant le rêve américain en URSS. Son enregistrement en 1968 s’est fait dans un climat tendu, marqué par le départ temporaire de Ringo Starr. Malgré une réception mitigée en pleine guerre froide, la chanson est devenue un classique intemporel des Beatles.
En musique, les influences et les clins d’œil entre artistes sont une tradition séculaire. Paul McCartney, figure emblématique du rock et de la pop, n’a jamais caché son admiration pour ses contemporains, et notamment pour les Beach Boys. Parmi les nombreuses références qui jalonnent son œuvre, l’un des hommages les plus marquants reste sans doute Back in the U.S.S.R., un titre du White Album des Beatles, que McCartney lui-même a décrit comme une « parodie des Beach Boys ».
Sommaire
- Une source d’inspiration réciproque
- Back in the U.S.S.R. : Un clin d’œil aux Beach Boys et à Chuck Berry
- Un enregistrement marqué par des tensions internes
- Une réception mitigée et une portée politique inattendue
- Un morceau toujours aussi marquant
Une source d’inspiration réciproque
Dans les années 1960, la rivalité amicale entre les Beatles et les Beach Boys symbolisait l’émulation créative de l’époque. Chacune des deux formations regardait avec attention le travail de l’autre, s’inspirant mutuellement pour repousser les limites de la musique pop. Brian Wilson, leader des Beach Boys, a ainsi été profondément marqué par Rubber Soul (1965), ce qui l’a poussé à créer l’album révolutionnaire Pet Sounds (1966). À son tour, Paul McCartney a trouvé dans Pet Sounds une source d’inspiration pour Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967). Cette dynamique a abouti à l’une des périodes les plus fécondes de la musique populaire.
Back in the U.S.S.R. : Un clin d’œil aux Beach Boys et à Chuck Berry
L’idée de Back in the U.S.S.R. est née d’une double influence. Paul McCartney s’inspire d’abord de Chuck Berry et de son morceau Back in the U.S.A., un hymne patriotique célébrant les États-Unis. McCartney transpose cette exaltation à l’Union Soviétique, dans un exercice de style mêlant humour et ironie. Mais au-delà de cette référence, la véritable originalité du morceau réside dans son hommage appuyé aux harmonies vocales caractéristiques des Beach Boys.
Dans une interview de 1984, McCartney explique : « Je l’ai écrite comme une sorte de parodie des Beach Boys. Et Back in the U.S.A. était une chanson de Chuck Berry, donc tout est parti de là. J’aimais bien l’idée des filles de Géorgie et de parler d’endroits comme l’Ukraine comme si c’était la Californie. »
L’influence des Beach Boys se ressent particulièrement dans le pont de la chanson, où McCartney et les autres Beatles imitent les harmonies vocales si caractéristiques de Wilson et de son groupe. Le contraste entre la référence à un pays communiste et l’esthétique typiquement américaine du surf rock apporte une dimension satirique et décalée au morceau.
Un enregistrement marqué par des tensions internes
L’enregistrement de Back in the U.S.S.R. a lieu en août 1968, en plein cœur des tensions qui minent les Beatles lors des sessions du White Album. Un événement marquant survient lorsque Ringo Starr, lassé par l’ambiance pesante et les critiques de ses camarades, quitte temporairement le groupe. Pour pallier son absence, c’est McCartney lui-même qui joue la partie de batterie sur le morceau. Lennon et Harrison assurent les lignes de basse et de guitare, inversant ainsi leurs rôles habituels.
Paul McCartney se souvient : « Je suis sûr que ça a énervé Ringo de voir que je pouvais jouer la batterie sur Back in the U.S.S.R. alors qu’il avait du mal avec ce morceau. C’est une sensation étrange de savoir qu’on peut faire quelque chose que quelqu’un d’autre peine à réussir. »
Malgré ces tensions, Starr revient rapidement et le groupe parvient à terminer l’album, qui sera l’un des plus ambitieux et diversifiés de leur carrière.
Une réception mitigée et une portée politique inattendue
À sa sortie, Back in the U.S.S.R. est diversement accueilli. Certains critiques louent son énergie et son humour, tandis que d’autres, notamment aux États-Unis, perçoivent la chanson comme une apologie du régime soviétique. En pleine guerre froide, chanter les louanges des « Georgia girls » et vanter les charmes de l’Ukraine passe mal auprès de certains observateurs.
McCartney nuance cependant cette lecture politique : « C’était aussi une sorte de message de fraternité, un clin d’œil au fait que, même si les dirigeants du Kremlin ne nous appréciaient pas, les jeunes, eux, nous aimaient bien. » Ce positionnement rejoint la philosophie du groupe, qui a toujours prôné un message d’universalité et de paix au-delà des clivages politiques.
Un morceau toujours aussi marquant
Plus de cinquante ans après sa sortie, Back in the U.S.S.R. demeure un titre incontournable des Beatles. Il illustre à merveille la capacité du groupe à mélanger les influences, à s’approprier les styles et à les détourner avec intelligence. L’hommage à Chuck Berry et aux Beach Boys y est indissociable d’une satire sociale fine, preuve du génie créatif de McCartney.
En 2003, lors d’un concert à Moscou, Paul McCartney interprète la chanson devant une foule de plus de 100 000 personnes. Preuve que, bien au-delà des clivages idéologiques, la musique des Beatles reste un vecteur d’unité et d’émotion universelle.
