de Damien PeynaudRoman - 270 pages
Editions Notabilia - août 2025
Un homme se retrouve avec son frère qu’il ne voit guère chez les parents à regarder des photos de familles des dernières décennies. C’est un soir de Noël ? Un rêve ? Analysant avec minutie les clichés sur papier Kodak, attentif au moindre détail et au moindre souvenir, il revit des instants de son enfance, et se remémore le frère aîné préféré, le père et son endettement, la mère et sa lâcheté, et toutes ses années où il fut bercé par les idéaux du consumérisme et les films de Louis de Funès, Sergio Leone, Gérard Jugnot…..
Les crédits est un ouvrage atypique, qui démarre avec des allures de récit autobiographique mais qui se poursuit rapidement en introspection libre à travers des souvenirs qui se superposent à des rêves, où la vision d’une scène immortalisée réveille autant la mise en scène passée que la charge émotionnelle qui n’a pas été évacuée.
Le style littéraire de l’auteur est impressionnant de précision, de générosité et d’aisance linguistique, il faut bien le dire. Très soigné, s’autorisant quelques passages poétiques, il est souvent utilisé pour décortiquer les moindres détail d’une photo ou encore relater l’histoire du Crédit bancaire en France.
Extrait :
"Je tiens un bâton dans la main gauche. C'est étonnant parce que je suis droitier. Peut-être ne le savais-je pas encore. Il semble doux, robuste, et d'une section idéale pour être fermement empoigné par ma petite main. J'ai dû patiemment chercher au sol pour en trouver un si parfait entre les feuilles mortes craquantes sous mes baskets. Il est court. La manière dont je le saisis pourrait laisser croire que je viens de m'en servir pour frapper la grosse branche. Est-ce un instrument de jeu, ou plutôt de défense, de pouvoir ? Je n'arrive pas à discerner si ma main droite est nue ou si elle tient aussi un bâton fait du même bois."
En filigrane, avant que cela n’explose à la toute fin du roman, on lit le ressentiment vis-à-vis d’un système qui a répandu ses promesses dans de nombreux foyers vulnérables avant de distiller le sentiment de honte qui musèle. Mais surtout, on prend conscience du poids des remords et d’une haine larvée qui étouffe le narrateur, de l’immense regret de ne pas avoir pu vivre hier comme aujourd’hui, des relations humaines véritables avec son frère, et d’avoir manqué de l’affection et de la confiance de ses parents.
Ce n’est peut-être pas de l’autofiction mais c’est dit. Ce n’est peut-être pas un récit intime mais alors, quel en est vraiment le sens ? J'y ai malheureusement trouvé des longueurs, ou à l'inverse, je n'y ai pas trouvé suffisamment d'émotions à mon goût.


