Je ne suis pas un inconditionnel des romans de Delphine de Vigan, mais comme celui-ci est visiblement son plus populaire, probablement le plus intime qu’elle a écrit et que la couverture m’attirait beaucoup, j’ai donc lu un quatrième ouvrage de cette autrice après avoir beaucoup apprécié « Les gratitudes », bien aimé « Les Loyautés » et pas trop « Les enfants sont rois ».
Avec « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan s’attaque donc à un sujet particulièrement intime puisqu’elle y dresse le portrait de sa mère, Lucile, marquée par la maladie mentale et une histoire familiale particulièrement complexe et douloureuse. Une plongée dans les ténèbres de la mémoire, dans ces pages sombres de l’histoire familiale de l’autrice, celles qui la tiennent éveillé la nuit et qu’elle a eu tant de mal à coucher sur papier.
Le récit retrace donc la vie de Lucile, mère de l’autrice, depuis son enfance dans une famille nombreuse jusqu’à son suicide en 2008. À travers des témoignages, des archives familiales et ses propres souvenirs, Delphine de Vigan tente de comprendre les origines de la souffrance de sa mère, diagnostiquée bipolaire. Le roman alterne entre narration biographique et réflexions sur l’écriture, dans une quête de sens et de vérité.
Du coup, la structure du livre est assez hybride, mélangeant roman, enquête, témoignage et introspection. L’autrice mêle les voix, les documents, les souvenirs, et insère régulièrement des apartés sur ses doutes et ses hésitations. Cette construction qui a le mérite de jouer la carte de la sincérité m’a cependant paru un peu trop brouillonne et ne m’a donc pas vraiment enthousiasmé. J’ai trouvé que cette approche nuisait trop à la fluidité du récit et que le style était légèrement trop sobre, voire distant et froid, par rapport à l’émotion que devrait susciter un tel sujet chez l’autrice.
C’est un peu dommage car les thèmes développés par Delphine de Vigan sont bel et bien puissants et particulièrement courageux puisqu’elle y aborde la folie, le suicide, l’inceste, les secrets de famille, la résilience, la mémoire et la transmission. Le récit invite ainsi à réfléchir sur la responsabilité parentale, les blessures invisibles, ainsi que la difficulté de se construire dans un environnement toxique.
« Rien ne s’oppose à la nuit » est certes un ouvrage sincère qui ne laisse pas indifférent et qui interroge le lecteur à travers les thèmes explorés, mais dont la construction un peu trop fragmenté et la froideur du style m’ont empêché d’entrer pleinement dedans.
Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan, JC Lattès. 439p., 19€
