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Des Poèmes de Jacques Izoard

Par Etcetera
Poèmes Jacques IzoardCouverture chez La Différence

Le poète Patrice Blanc, très gentiment, m’a offert ce livre « Le bleu et la poussière » pour Noël dernier, ce dont je lui suis très reconnaissante. J’avais déjà entendu parler du poète belge Jacques Izoard (1936-2008), sans avoir lu aucun de ses recueils – peut-être, seulement, deux ou trois poèmes dans des anthologies, ce qui n’est pas suffisant.

Mes impressions de lecture

Ce livre m’a éblouie, étonnée, charmée, captivée… Chaque poème semble avoir été ciselé jusqu’à la perfection et cela se savoure lentement, en soupesant chaque mot, en cherchant les rapports entre les vers, en laissant surgir les images, les sensations. Parfois, au sein d’une même strophe, des coq-à-l’âne peuvent surprendre le lecteur, des mots qui paraissent surgir de très loin, et le cadre du poème gagne des perspectives insoupçonnées, la profondeur se crée. On sent également toute une recherche sur la musicalité des vers, les sonorités qui se font écho : par exemple, des mots aux premières syllabes identiques. Du grand art !
Parmi le choix de poèmes ci-dessous, j’ai recopié plutôt des textes en rapport avec l’écriture, les mots, la parole, car ce thème apparaît fréquemment dans le recueil. Mais les poèmes sur l’enfance, sur le sommeil, sur des états intérieurs, m’ont également beaucoup plu.

Note pratique sur le livre

Editeur : La Différence
Année de publication : 1998
Nombre de pages : 180

Présentation du livre par l’éditeur

Il y a chez ce poète né à Liège, écrit Robert Sabatier dans son Anthologie de la poésie française, une féerie du mystère, un enchantement de l’irrationnel. Malgré sa forme assez mesurée, la poésie de Jacques Izoard nous entraîne dans un univers sensuel et baroque, onirique et quotidien. Il est sûrement un des poètes les plus originaux de sa génération.

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Choix de poèmes

(Page 14)

N’écris que pour écrire
ou pour trouver la faille
d’un gouffre, en toi,
tapissé de bleu,
qui chuinte et qui englobe
ta lasse mélancolie.

*
(Page 22)

Après tes dits et tes proverbes
tes lunes, tes lubies, tes rêves,
ta voix nue surgira
comme une mer qui gronde
au plus profond des fonds.

*

(Page 27)

Assertions s’effondrent.
Dictons volent en éclats.
Et proverbes tressaillent.
Fables ne sont que sable.
D’inaudibles au-secours
s’enfoncent dans les marais.
Puis fleurit l’aphasie.

*
(Page 29)

Entends le vent
qui se coupe en mille veines.
N’entends que le vent
à travers les murailles.
La ville se serre en boule.
Boule de cœur.
Ou boule de mort.

*
(Page 30)

Ne rien dire
Ne veut rien dire.
Demeurer muet
parmi magmas et tourbillons,
voilà l’inerte vie.
Mais sous cendre et sous eau
nous respirons encore.

*

(Page 39)

Papier de sable et de terre.
S’y enlisent les mots, les regards,
les litanies de borborygmes.
Mais les bègues y sont rois.

*

(Page 43)

Spirale n’enroule
qu’autre spirale.
Coquille fait cercle.
Pour arriver au cœur
la marche est incertaine
et très long le chemin.

*
(Page 60)

Campagne à la ronde des mots.
Des faisceaux illuminent
l’aire et l’espace.
Nous retrouvons l’été.
Nous nous affublons
de nuages en loques.

*
(Page 69)

Le sommeil est ce sable
qui te recouvre
et qui te paralyse
avec chaleur, avec douceur.
Et tu sombres
dans ton propre corps.

*

(Page 74)

Nous ne connaissions personne
si ce n’est l’étranger,
l’inconnu bleu
qui ne sait où il va,
ignorant que la ville
engloutit les rêveurs.

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