John Lennon et Paul McCartney ont été profondément influencés par les pionniers du rock’n’roll, notamment Chuck Berry et Little Richard. McCartney a adopté le style vocal explosif de Little Richard, tandis que Lennon a puisé son inspiration chez Berry. Cependant, Lennon voyait en Yoko Ono une force aussi révolutionnaire que Little Richard. Son approche avant-gardiste et ses expérimentations vocales ont inspiré Lennon à explorer une expression plus brute et viscérale, redéfinissant ainsi la place de la voix dans la musique rock.
Dans le paysage musical foisonnant des années 1950 et 1960, peu d’artistes ont eu une influence aussi déterminante que Little Richard. Son style frénétique, sa voix percutante et son charisme incandescent ont marqué toute une génération de musiciens, et les Beatles n’ont pas fait exception. Paul McCartney, en particulier, a toujours exprimé son admiration pour le chanteur de « Tutti Frutti », allant jusqu’à l’imiter sur scène et en studio. Pourtant, selon John Lennon, un autre artiste avait un impact aussi puissant que celui de Little Richard : Yoko Ono.
Sommaire
- Les influences de jeunesse : entre Chuck Berry et Little Richard
- Yoko Ono : une voix radicale, une approche novatrice
- Une influence qui dépasse les conventions
- Une redéfinition du rôle de la voix en musique
Les influences de jeunesse : entre Chuck Berry et Little Richard
Les Beatles ont toujours revendiqué leurs inspirations, et John Lennon ne faisait pas exception à la règle. Fasciné par le rock’n’roll américain, il s’imprègne des sonorités de Chuck Berry, Elvis Presley et Roy Orbison pour façonner ses propres compositions. « Come Together », l’un des morceaux emblématiques de la fin des années 1960, est d’ailleurs un hommage à Berry, au point d’attirer l’attention des ayants droit du chanteur qui y voyaient une ressemblance trop prononcée avec « You Can’t Catch Me ». Lennon, loin de nier ces influences, les assumait pleinement, les intégrant à son propre style et les réinventant dans l’univers Beatles.
Si Lennon était l’héritier naturel de Berry, Paul McCartney était, lui, le disciple assumé de Little Richard. Dès leurs débuts, les Beatles reprennent « Long Tall Sally », un titre qui permet à McCartney de démontrer toute l’ampleur de sa voix, capable de reproduire l’énergie brute de son idole. « I’m Down », écrit dans cette même veine, montre à quel point Little Richard a modelé la manière dont McCartney aborde le chant. Pourtant, malgré cet amour inconditionnel pour l’icône du rock, John Lennon finit par voir en une autre artiste une force vocale aussi révolutionnaire : Yoko Ono.
Yoko Ono : une voix radicale, une approche novatrice
Lorsque Lennon rencontre Yoko Ono en 1966, il est immédiatement captivé par son approche artistique. Issue du monde de l’avant-garde, Yoko ne se soucie pas des conventions pop. Ses expérimentations vocales, bien que déstabilisantes pour de nombreux auditeurs, résonnent profondément en Lennon. Pour lui, Yoko ne se contente pas de chanter : elle utilise sa voix comme un instrument, explorant des sonorités inédites, brisant les carcans mélodiques traditionnels.
L’un des exemples les plus marquants de cette approche se trouve dans « Why? », un morceau où Yoko pousse sa voix dans ses retranchements les plus extrêmes. Lennon ira même jusqu’à déclarer que ce morceau produit sur lui le même effet que « Tutti Frutti » à l’époque où il découvrait Little Richard. Une affirmation qui en dit long sur l’impact émotionnel que la musique d’Ono pouvait avoir sur lui. Là où Little Richard électrisait le public par ses cris et sa théâtralité, Yoko Ono transcendait le chant pour en faire une expérience sensorielle brute et immédiate.
Une influence qui dépasse les conventions
À partir de la fin des années 1960, Lennon commence à intégrer dans sa propre musique des éléments issus des expérimentations vocales de Yoko. « Cold Turkey », « Mother » et « Well Well Well » sont autant d’exemples de morceaux où il abandonne le chant mélodique pour une expression plus viscérale, s’appuyant sur des hurlements, des cris de douleur et des gémissements quasi primaux. Ces choix, en rupture totale avec les harmonies impeccables des Beatles, déconcertent une partie du public, mais traduisent un besoin d’authenticité et de dépouillement artistique.
Si les critiques ont souvent moqué la voix de Yoko Ono, la réduisant à un bruit strident, Lennon y voyait une force comparable aux plus grandes voix du rock’n’roll. Pour lui, elle repoussait les limites de l’expression vocale, tout comme l’avaient fait avant elle les pionniers du genre. Là où McCartney canalisait l’énergie de Little Richard dans une forme rock plus accessible, Yoko explorait une dimension plus abstraite, plus instinctive, qui trouvait un écho chez Lennon.
Une redéfinition du rôle de la voix en musique
L’héritage de Yoko Ono reste encore aujourd’hui un sujet de débat. Pour certains, son travail est un summum d’expérimentation stérile, pour d’autres, il s’agit d’une contribution essentielle à l’évolution de la musique moderne. Ce qui est indéniable, c’est que John Lennon voyait en elle une artiste révolutionnaire, capable de transmettre une énergie aussi puissante que celle de Little Richard. En remplaçant les mots par des cris, en utilisant sa voix comme un saxophone improvisant dans un solo de jazz, Yoko a ouvert une brèche dans laquelle de nombreux artistes avant-gardistes se sont engouffrés par la suite.
Ainsi, au-delà des clichés et des jugements hâtifs, l’association entre Lennon et Ono représente une tentative audacieuse de réinventer la musique, de l’affranchir de ses codes pour la ramener à sa pure essence. À travers cette exploration, Lennon a découvert une nouvelle manière de s’exprimer, prouvant une fois de plus qu’il n’avait jamais cessé d’innover, de chercher au-delà des frontières du rock traditionnel. Et si certains restent dubitatifs quant à la portée de cette révolution sonore, l’impact qu’elle a eu sur l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle en dit long sur sa pertinence et sa puissance expressive.
