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Ozzy Osbourne : le Prince des Ténèbres au cœur de Beatlemaniaque

Publié le 23 juillet 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Ozzy Osbourne, né John Michael Osbourne à Birmingham en 1948, passe des ruelles d’Aston au panthéon du rock. Frontman fondateur de Black Sabbath, il façonne le heavy metal avant de conquérir la planète en solo avec « Crazy Train ». Figure d’excès mythiques – morsure de chauve-souris, addictions – il survit grâce à Sharon, épouse et manager, et à son amour viscéral pour les Beatles. Ces derniers lui révèlent sa vocation lorsqu’il entend « She Loves You » à 14 ans. Toute sa vie, il rend hommage à Lennon et McCartney, reprenant « In My Life » et déposant des fleurs à Strawberry Fields. Deux fois intronisé au Rock and Roll Hall of Fame, il signe un ultime concert avec Black Sabbath en 2025 avant de s’éteindre à 76 ans, Prince des Ténèbres au cœur de Beatlemaniac.


John Michael Osbourne, dit Ozzy Osbourne, voit le jour le 3 décembre 1948 dans une famille ouvrière nombreuse d’Aston, un quartier modeste de Birmingham en Angleterre. Cadet de six enfants, il grandit dans des conditions humbles, partageant une petite maison avec ses deux frères et trois sœurs. À l’école, Ozzy peine à s’intéresser aux cours et abandonne ses études vers l’âge de 15 ans. Pour aider ses parents financièrement, il enchaîne les petits boulots – apprenti plombier, ouvrier dans un abattoir, fabricant de klaxons – des emplois éprouvants pour un adolescent. Frustré par cette vie sans horizon, il glisse aussi dans de petits délits : cambriolages et larcins qui lui valent quelques séjours en prison. C’est d’ailleurs derrière les barreaux qu’il improvise ses premiers tatouages, gravant notamment OZZY sur ses phalanges dans un mélange de défi et d’autodérision. Il plaisantera plus tard en se qualifiant de « très mauvais voleur » au vu de ses arrestations répétées. Ces difficultés de jeunesse forgeront néanmoins son caractère résilient et rebelle.

Au milieu des années 1960, une lumière vient pourtant illuminer la vie terne du jeune Osbourne : la musique. Plus précisément, les Beatles. Ozzy est alors un adolescent esseulé et complexé, mais la découverte des « Fab Four » transforme son univers. Il racontera qu’entendre pour la première fois une de leurs chansons à la radio, à 14 ans, a été une révélation soudaine. Dès cet instant, Ozzy sait qu’il veut consacrer sa vie à la musique. Admirateur inconditionnel des Beatles, il décide de suivre la voie tracée par ses idoles venues comme lui d’un milieu modeste. Le rock devient son échappatoire, son espoir de « sortir des backstreets d’Aston », ces ruelles sans avenir de son enfance. Peu après, Ozzy croise un ancien camarade d’école, Terence “Geezer” Butler, qui cherche un chanteur pour son nouveau groupe. Bien qu’il n’ait encore aucune expérience musicale, Ozzy ose tenter sa chance. Armé d’un micro et d’un vieil amplificateur offerts par ses parents, il rejoint d’abord une formation éphémère nommée Rare Breed. L’essai tourne court à cause de brouilles entre musiciens, mais Ozzy ne renonce pas. Déterminé à réussir, il s’associe de nouveau avec Geezer Butler et deux autres jeunes de Birmingham – le guitariste Tony Iommi et le batteur Bill Ward – pour former un groupe appelé Earth en 1968. Ces quatre garçons aux origines modestes sont loin d’imaginer qu’ils s’apprêtent à écrire un chapitre majeur de l’histoire du rock.

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L’ère Black Sabbath

Earth est rapidement rebaptisé Black Sabbath, un nom sinistre inspiré par un film d’horreur et prémonitoire du son lourd et sombre qui deviendra leur signature. Dès 1970, avec la sortie de leur premier album Black Sabbath, Ozzy Osbourne et ses acolytes posent les fondations d’un tout nouveau genre musical : le heavy metal. La voix puissante et plaintive d’Ozzy, alliée aux riffs de guitare écrasants d’Iommi, donne naissance à une atmosphère inédite, à la fois menaçante et envoûtante. Le groupe enchaîne immédiatement avec un deuxième opus la même année, Paranoid, qui contient plusieurs morceaux appelés à devenir légendaires. La chanson « Paranoid », écrite à la va-vite en quelques minutes, devient un hymne planétaire du hard rock. D’autres titres emblématiques comme « Iron Man », « War Pigs » ou « Black Sabbath » elle-même assoient la réputation du groupe en tant que pionniers d’un son plus dur, plus sombre que tout ce qui avait été fait auparavant. Pour la jeunesse des années 70 en quête de rébellion, Black Sabbath représente une révolution musicale : Ozzy, avec son regard halluciné et sa croix pendue au cou, incarne le frisson de l’interdit. Très vite, la presse le surnomme The Prince of Darkness – le Prince des Ténèbres – en référence à son allure inquiétante sur scène et aux thèmes occultes explorés par le groupe.

Pendant une décennie, Black Sabbath domine la scène heavy metal. Ozzy Osbourne en est le frontman charismatique, galvanisant les foules avec son énergie brute et son timbre de voix immédiatement reconnaissable. Le groupe publie huit albums entre 1970 et 1978, dont plusieurs sont aujourd’hui considérés comme des classiques absolus du genre (Master of Reality, Sabbath Bloody Sabbath, etc.). Cependant, derrière le succès, les excès s’accumulent. En tournée, Ozzy adopte un style de vie anarchique fait de fêtes incessantes, d’abus d’alcool et de drogues dures. Sa consommation incontrôlée commence à affecter ses performances et ses relations avec les autres membres. À la fin des années 1970, les tensions internes deviennent insurmontables : Ozzy, englué dans ses problèmes d’addiction et souvent peu fiable, est évincé du groupe en 1979. Cette séparation brutale marque la fin d’une ère. Pour Ozzy, c’est un effondrement personnel – il sombre dans la dépression, s’isolant dans une chambre d’hôtel pendant des semaines, convaincu que sa carrière est terminée. À 30 ans à peine, celui qui a contribué à inventer le heavy metal se retrouve sans groupe, fragilisé et en proie à ses démons.

Carrière solo triomphante

Contre toute attente, Ozzy Osbourne va renaître de ses cendres au tout début des années 1980, inaugurant une seconde carrière solo encore plus spectaculaire. Le salut vient d’une personne qui occupera une place centrale dans sa vie : Sharon Arden, la fille du producteur qui gérait Black Sabbath. Décelant le potentiel toujours intact d’Ozzy, Sharon décide de le prendre en main alors qu’il est au plus bas. Elle l’encourage à se lancer en solo, l’aide à se libérer de son brouillard autodestructeur et devient son manager dévoué (elle deviendra plus tard son épouse). Sous son impulsion, Ozzy recrute de nouveaux musiciens, dont un jeune guitariste prodige du nom de Randy Rhoads. Ensemble, ils entrent en studio et Ozzy enregistre son premier album solo, ironiquement intitulé Blizzard of Ozz (1980). C’est un triomphe immédiat. Le single « Crazy Train » avec son riff de guitare fulgurant et son refrain entraînant, redonne à Ozzy une place de choix sur les ondes rock du monde entier. L’album, qui contient aussi la ballade hantée « Mr. Crowley », révèle qu’Ozzy n’a rien perdu de sa créativité ni de sa capacité à séduire le public. Au contraire, libéré des contraintes de Black Sabbath, il explore de nouvelles sonorités et s’affirme comme une figure centrale du heavy metal des années 80.

Porté par ce succès inespéré, Ozzy enchaîne avec un deuxième album, Diary of a Madman (1981), confirmant son retour en grâce. Mais le destin lui inflige une tragédie en 1982 : Randy Rhoads, son jeune guitariste fétiche, meurt dans un accident d’avion lors d’une tournée. Ozzy est anéanti par la perte de ce partenaire musical qu’il considérait presque comme un fils. Malgré ce coup du sort, il trouve la force de continuer, galvanisé par le soutien indéfectible de Sharon. Durant les années 80, Ozzy Osbourne sort album sur album et solidifie sa réputation de star solo du metal. Des disques comme Bark at the Moon (1983) – sur lequel il s’essaie même au clavier – et No More Tears (1991) produisent de nouveaux classiques. La chanson « No More Tears » en 1991 montre une facette plus mélodique et introspective d’Ozzy, tandis que son duo « Close My Eyes Forever » avec Lita Ford en 1988 lui offre son seul vrai hit classé Top 10 aux États-Unis, prouvant qu’il sait aussi émouvoir en dehors du heavy metal pur.

La carrière solo d’Ozzy est émaillée d’anecdotes folles qui alimentent sa légende. L’une des plus célèbres survient en 1982 lors d’un concert à Des Moines : sous l’effet de l’alcool, Ozzy attrape une chauve-souris lancée sur scène par un fan et mord la tête de l’animal, pensant (à tort) qu’elle était en caoutchouc. Ce geste choquant – Ozzy recracha aussitôt la chauve-souris en réalisant son erreur – fera la une des journaux et scellera pour toujours sa réputation de rockeur imprévisible. Quelques mois plus tôt, il avait déjà défrayé la chronique en mordant la tête d’une colombe vivante lors d’une réunion chez sa maison de disques, un acte irrévérencieux (et malheureux) devenu instantanément mythique. Ces frasques scandaleuses, bien que vivement critiquées, participent à construire le mythe d’Ozzy : celui d’un artiste excessif, flirtant en permanence avec la folie, mais adoré de ses fans pour son authenticité et son énergie indomptable.

Derrière les outrances se jouent aussi des combats plus intimes. La fin des années 1980 est une période difficile : Ozzy lutte contre ses dépendances qui menacent de détruire sa famille et sa santé. Avec l’aide de Sharon, qu’il épouse en juillet 1982, il entame plusieurs cures de désintoxication pour tenter de vaincre ses vieux démons. En 1992, après l’album No More Tears, il annonce même sa retraite lors d’une tournée humoristiquement baptisée “No More Tours”, aspirant à une vie plus paisible. Mais le rock coule trop fort dans ses veines : Ozzy ne peut se résoudre à quitter la scène. Quelques années plus tard, requinqué et sobre, il revient en force avec la tournée “Retirement Sucks” en 1995, assumant avec autodérision son incapacité à prendre sa retraite. Les années 90 et 2000 voient Ozzy continuellement sur le devant de la scène, entre ses projets solos et des retrouvailles ponctuelles avec Black Sabbath. En 1996, avec Sharon, il lance le festival itinérant Ozzfest, qui devient un rendez-vous annuel incontournable pour la communauté metal et contribue à lancer la carrière de nombreux jeunes groupes. Parallèlement, Ozzy s’aventure dans des collaborations variées, et continue de sortir des albums à succès comme Ozzmosis (1995) et Down to Earth (2001). En 2013, la reformation tant attendue de Black Sabbath aboutit à l’album 13, acclamé par les fans et la critique, offrant à Ozzy le plaisir de renouer avec le son de ses débuts une dernière fois avec ses vieux complices.

Incarnation vivante de l’histoire du rock, Ozzy Osbourne ne cesse de surprendre par sa longévité. Alors qu’il approche de la soixantaine, il reste incroyablement créatif. Il entre au Rock and Roll Hall of Fame deux fois – d’abord avec Black Sabbath, puis en solo – consacrant son statut de légende vivante. En 2019, la Recording Academy lui décerne même un Lifetime Achievement Award (prix pour l’ensemble de sa carrière) aux Grammy Awards, reconnaissant son immense contribution à la musique. Les années 2020 le voient pourtant affronter des défis de santé majeurs : Ozzy révèle publiquement être atteint de la maladie de Parkinson, une nouvelle qui émeut le monde entier mais qu’il accueille avec courage et philosophie. Malgré la douleur et la fatigue, il enregistre encore de nouveaux albums (Ordinary Man en 2020, Patient Number 9 en 2022) et rêve de remonter sur scène une ultime fois. En juillet 2025, affaibli mais déterminé, Ozzy réalise cet exploit : il chante de nouveau avec Black Sabbath lors d’un concert d’adieu dans sa ville natale de Birmingham, assis sur un trône sur scène, acclamé par des dizaines de milliers de fans en larmes. Quelques semaines plus tard, le 22 juillet 2025, Ozzy Osbourne s’éteint à l’âge de 76 ans, entouré de sa famille. La nouvelle de sa disparition provoque une onde de choc et une immense tristesse à travers le monde du rock. Des hommages affluent des quatre coins du globe pour saluer l’homme derrière la légende, ce survivant qui aura marqué plusieurs générations par sa voix, son excentricité et sa force d’âme.

Vie personnelle et héritage médiatique

Si Ozzy Osbourne a pu traverser un demi-siècle de chaos rock’n’roll, c’est en grande partie grâce à Sharon Osbourne, son épouse et pilier. Leur mariage, célébré en 1982, donnera naissance à trois enfants – Aimee (qui restera discrète), Kelly et Jack – et durera plus de quarante ans malgré les orages. Sharon n’est pas seulement la femme qui l’aime : elle est aussi son manager acharné, son infirmière en temps de crise, la bouée qui l’a maintenu à flot quand il touchait le fond. Dans les moments les plus sombres, y compris lorsque les addictions d’Ozzy menaçaient de briser leur couple, Sharon a tenu bon. Elle l’a forcé à se soigner, lui a pardonné ses faux pas et lui a sauvé la vie plus d’une fois. Ozzy, qui se décrit volontiers comme un mari et père imparfait mais aimant, dira d’elle : « C’est un voyage, un mariage. Il y a des hauts et des bas, on fait des erreurs… J’ai appris énormément, et Sharon m’a aidé à devenir une meilleure personne. » Leur relation tumultueuse mais indéfectible a humanisé l’image d’Ozzy aux yeux du public, montrant qu’au-delà du Prince des Ténèbres se cache un homme capable d’introspection et de tendresse.

Le grand public découvre justement cette facette plus intime d’Ozzy Osbourne au début des années 2000, grâce à une émission de télévision révolutionnaire : The Osbournes. Diffusée sur MTV à partir de 2002, cette téléréalité suit le quotidien rocambolesque d’Ozzy, Sharon et deux de leurs enfants adolescents (Kelly et Jack) dans leur manoir de Los Angeles. Le succès est immédiat et phénoménal. Des millions de téléspectateurs, bien au-delà du cercle des fans de rock, tombent sous le charme de cette famille attachante, drôle et chaotique. Ozzy y apparaît en père déboussolé mais attendrissant, loin de l’image effrayante qu’il pouvait avoir sur scène. On le voit marmonner en pyjama, se chamailler gentiment avec Sharon ou gronder ses chiens turbulents – des scènes du quotidien qui le rendent incroyablement humain et proche du public. Ses jurons inlassables ponctués d’un accent de Birmingham, son désormais célèbre cri « Shaaaron ! » retentissant dans la maison, tout cela fait rire et émeut les téléspectateurs. The Osbournes devient l’une des premières « reality shows » familiales cultes, ouvrant la voie à un nouveau genre de divertissement. Grâce à cette émission, Ozzy gagne le cœur d’une nouvelle génération qui ne connaissait pas forcément sa musique mais qui adopte le personnage attendrissant du papa farfelu. Ironiquement, le prince du heavy metal était devenu une icône de la pop culture, aimée tant pour ses frasques passées que pour sa personnalité présente, exubérante et vulnérable à la fois.

Au-delà de la télévision, Ozzy Osbourne laisse un héritage considérable dans la culture populaire. D’innombrables artistes citent son influence, du heavy metal à la musique alternative. Son nom est associé à l’esprit de rébellion du rock, mais aussi à une incroyable capacité de survie. Il a défié toutes les probabilités en surmontant overdoses, accidents (dont un grave accident de quad en 2003 qui a failli lui coûter la vie), maladies et même des rumeurs de mort prématurée qui circulaient régulièrement. À chaque fois, Ozzy revenait, cabossé mais bien vivant, avec un humour intact. Interrogé sur son endurance, il a un jour répondu avec un sourire malicieux : « Si je suis encore là, c’est bien la preuve que Dieu existe et qu’Il a le sens de l’humour. » Cette autodérision, combinée à son parcours chaotique, a fait d’Ozzy une figure quasi légendaire de son vivant. En 2023, affaibli par la maladie et contraint d’annuler une tournée d’adieu, il confiait : « Je ne peux plus marcher, mais vous savez quoi ? Je suis toujours en vie. Je me plains, mais quand je vois tout ce que j’ai fait et que d’autres n’ont pas survécu à la moitié de ce que j’ai vécu, je me considère comme chanceux. Je me sens jeune de cœur. » Ces mots illustrent la philosophie de résilience d’Ozzy Osbourne : une capacité à encaisser les coups durs en gardant foi en la vie et en la musique.

Un amour profond pour les Beatles

Parmi toutes les influences et passions qui ont jalonné la vie d’Ozzy Osbourne, les Beatles occupaient une place unique et sacrée dans son cœur. Le frontman de Black Sabbath, connu pour son univers sombre, s’illuminait dès qu’il s’agissait du quatuor de Liverpool. Son amour pour les Beatles était immense, absolu, presque enfantin, et a joué un rôle fondateur dans son existence et sa carrière. Pour bien comprendre Ozzy, il faut imaginer le jeune John Osbourne dans les années 60 : un garçon de 15 ans errant dans les rues grises d’Aston, la tête pleine de doutes, jusqu’à ce qu’une mélodie surgisse d’un petit poste de radio et change sa vie à jamais. Cette mélodie, c’était « She Loves You » des Beatles. Ozzy racontait qu’il se souviendrait toujours de ce moment précis : « Je marchais dans la rue avec mon transistor bleu, et là ‘She Loves You’ est passée à la radio. Ça m’a complètement retourné. À partir de cet instant, j’ai su ce que je voulais faire de ma vie. » Ce fut pour lui comme un passage du noir et blanc à la couleur : le monde auparavant terne prenait soudain des teintes éclatantes grâce à la musique des Beatles. « C’était comme si je m’étais couché dans un monde en noir et blanc et réveillé le lendemain en Technicolor », confiera-t-il un jour pour décrire cette révélation. Les Beatles ont insufflé à l’adolescent désœuvré une joie, une énergie et un sens des possibles qu’il n’avait jamais ressentis. « Ils ont transformé la vie quotidienne, qui était assez morne, en quelque chose de fun et d’excitant », disait-il en évoquant l’arrivée des Fab Four dans sa génération d’après-guerre. Ozzy aimait rappeler qu’en grandissant juste après la Seconde Guerre mondiale, son monde était austère et réglementé, et que « les Beatles ont fait sauter les barrières et donné une nouvelle liberté à toute une génération ».

Dès lors, Ozzy Osbourne s’est identifié passionnément aux Beatles. « S’il n’y avait pas eu les Beatles, il n’y aurait pas eu d’Ozzy Osbourne », affirmait-il volontiers, conscient de tout ce qu’il leur devait. Il voyait en eux un modèle et une inspiration permanente. À ses yeux, les Beatles étaient “le plus grand groupe de tous les temps”, une sorte de trésor universel. Il allait même plus loin en déclarant qu’« ne pas aimer les Beatles, c’est comme ne pas aimer l’oxygène », tant leur musique lui semblait essentielle et vitale. Toute sa vie, Ozzy est resté un fan inconditionnel, presque un pèlerin de la Beatlemania. Dans sa chambre d’adolescent, il avait recouvert les murs, le plafond et la porte de posters des Beatles – pas un centimètre carré n’était épargné. Il se plongeait dans leurs disques, apprenant par cœur les paroles, les mélodies, les moindres détails. Il adorait l’alchimie unique du duo Lennon/McCartney, ces « sucré et salé » complémentaires : « Paul chantait “It’s getting better all the time” et John répliquait “It couldn’t get much worse” – j’adorais ce jeu de contraste, leur façon de voir le monde différemment et pourtant d’être si géniaux ensemble. » Jeune homme, Ozzy poussait l’adulation jusqu’à élaborer de tendres fantasmes : il imaginait que Paul McCartney épouse l’une de ses sœurs, pour qu’il puisse avoir un lien familial, même lointain, avec son idole ! Cette candeur révèle à quel point les Beatles étaient une obsession heureuse pour lui. « J’étais Beatles à fond, à 100% mate », disait-il en souriant, lui le futur chanteur de metal qui se voyait alors en cinquième Beatle de Birmingham.

Au fil des années, Ozzy Osbourne n’a jamais renié cette dévotion, bien au contraire. Au sommet de la gloire avec Black Sabbath ou en solo, il ne manquait jamais une occasion de proclamer son admiration. Lorsqu’on lui demandait ses artistes préférés, il citait immanquablement John, Paul, George et Ringo tout en haut de la liste. Il se sentait privilégié d’avoir grandi à l’époque où les Beatles étaient actifs, estimant que leur musique avait apporté du bonheur et du sens non seulement à lui, mais au monde entier. Il aimait à dire : « Je me sens tellement chanceux d’avoir été sur cette planète quand les Beatles ont existé. Ils resteront à jamais inégalés. » Cette fidélité lui a aussi valu des complicités inattendues : Ozzy racontait ainsi avoir un jour discuté avec Steve Jones des Sex Pistols, qui lui confiait ne pas aimer les Beatles – ce à quoi Ozzy répliqua du tac au tac : « Il y a quelque chose qui cloche chez toi, mon vieux ! » (rappelant par là que même les punks devaient, selon lui, respecter leurs aînés de Liverpool).

Au-delà des mots, Ozzy a rendu hommage concrètement aux Beatles à plusieurs moments de sa carrière. En 2005, il enregistre un album de reprises intitulé Under Cover où figurent deux titres chers à son cœur : « In My Life » des Beatles et « Woman » de John Lennon. Sa version de « In My Life » est empreinte d’une émotion sincère, comme un fils adoptif qui rendrait hommage à sa famille musicale. En 2010, pour ce qui aurait été le 70ᵉ anniversaire de John Lennon, Ozzy participe à un projet caritatif d’Amnesty International et enregistre une reprise poignante de « How? », une chanson solo de Lennon. Dans le clip tourné à New York, on le voit marcher silencieusement jusqu’au mémorial Strawberry Fields, déposer un bouquet de fleurs violettes devant le mot Imagine gravé dans la pierre, et s’incliner en larmes. Ce geste symbolique illustre la profonde gratitude qu’il ressent envers John Lennon. Pour lui, Lennon n’était pas qu’un musicien : « c’était une force motrice pour l’humanité », dira Ozzy. L’assassinat de Lennon en 1980 fut d’ailleurs un choc immense pour Osbourne. « Le monde s’est arrêté pour moi quand j’ai appris la mort de John », se souviendra-t-il, la voix tremblante. « Je ne peux même pas décrire ce que j’ai ressenti… John Lennon avait apporté tant de joie et d’espoir aux gens, c’était remarquable. » Ces mots révèlent combien Ozzy, derrière son apparente noirceur, était capable d’une sensibilité profonde pour la perte d’un homme qu’il considérait comme un héros et un guide spirituel.

Le rêve d’Ozzy Osbourne a toujours été de rencontrer ses idoles, et en particulier Paul McCartney et John Lennon. S’il n’a jamais pu croiser Lennon de son vivant, Ozzy a eu la chance de réaliser une de ses plus grandes aspirations en rencontrant Paul. Ce face-à-face tant espéré a lieu vers le début des années 2000. Ozzy, pourtant lui-même une superstar, avoue qu’il en avait les jambes coupées : « Quand j’ai rencontré Paul McCartney pour la première fois, c’était comme rencontrer Jésus-Christ. » Pour le gamin de Birmingham devenu rockeur mondial, se retrouver devant l’un des Beatles équivalait à toucher le divin. La rencontre fut brève mais marquante : « Il (Paul) a été d’une gentillesse incroyable avec moi, très chaleureux », racontait Ozzy avec des étoiles dans les yeux. Quelques années plus tard, lorsque Ozzy remporta un Grammy Award, Paul McCartney prit même la peine de faire parvenir un message de félicitations via le producteur d’Ozzy – une attention qui bouleversa ce dernier. Ozzy chérissait ce souvenir, émerveillé qu’un Beatle ait pris le temps de lui adresser des compliments. Il tenta un jour de convaincre Sir Paul de jouer de la basse sur l’une de ses chansons en studio, tant il rêvait d’une collaboration, mais le légendaire bassiste déclina humblement, prétextant qu’il ne pourrait améliorer la ligne de basse existante. Qu’importe, pour Ozzy, rien que d’échanger avec Paul dans un studio valait tous les trésors. Il confiera à moitié sérieux que McCartney aurait pu enregistrer n’importe quoi sur son morceau – « même s’il avait juste soufflé dedans » – et Ozzy l’aurait considéré comme un cadeau inestimable. Cette admiration sans bornes montre à quel point les Beatles étaient les héros intouchables aux yeux d’Ozzy, malgré sa propre célébrité.

Jusqu’au bout, Ozzy Osbourne est resté ce fan émerveillé des Beatles. Un détail en dit long : en 2016, il déclara lors d’une interview qu’il aimerait que la chanson « A Day In The Life » des Beatles soit jouée à ses funérailles, le jour où il partirait. Choisir un morceau des Fab Four pour l’accompagner dans son dernier voyage était sa façon de montrer que les Beatles l’auraient accompagné de la vie… à la mort. Cette anecdote, touchante avec le recul, prouve combien le lien était viscéral et éternel. Ozzy racontait aussi comment chaque chanson des Beatles avait le pouvoir d’égayer sa journée, peu importe son humeur : « À chaque fois que j’entendais quelque chose des Beatles, ça me faisait me sentir mieux. » Leur musique était son remède, son refuge. En studio, il aimait jouer quelques notes de « Help! » ou « Hey Jude » pour se donner du baume au cœur. Et malgré les riffs assourdissants et l’image sombre qu’il projetait sur scène, Ozzy n’a jamais hésité à clamer son amour pour la pop ensoleillée des Beatles, rappelant que la musique transcende les genres. Cette passion sincère pour les Beatles révèle une facette tendre et émotive d’Ozzy Osbourne : derrière le Prince des Ténèbres se cachait un homme au cœur d’enfant, bercé par « Yesterday » et « Let It Be », qui trouvait dans ces mélodies une paix et une joie profondes.

Héritage d’une icône du rock

Ozzy Osbourne nous a quittés, mais son héritage est impérissable. Il restera dans les annales comme l’un des plus grands showmen et chanteurs de l’histoire du rock, un pionnier du heavy metal dont l’influence se fait encore sentir dans chaque riff de guitare saturée. Sa voix, ses excès, ses frasques drôles ou terribles – tout cela fait partie de la légende d’Ozzy, une légende qui continuera à fasciner bien au-delà de sa disparition. Mais au-delà de l’icône sulfureuse, nous nous souvenons aujourd’hui de l’homme. Un homme qui a connu les sommets de la gloire et les abîmes du désespoir, qui a commis des erreurs et su demander pardon, qui a chuté cent fois et s’est relevé cent fois, toujours avec le sourire aux lèvres et une étincelle d’espoir dans le regard. Un mari aimant, un père fier de ses enfants, un ami généreux, et surtout un artiste passionné jusqu’au bout des ongles.

Sur un site dédié aux Beatles comme le nôtre, l’hommage à Ozzy Osbourne prend une résonance particulière. Car qui aurait cru que ce Prince des Ténèbres au cœur tendre puiserait sa lumière chez les garçons dans le vent de Liverpool ? Ozzy nous aura montré qu’en musique, il n’y a pas de frontières – le metal le plus dur peut cohabiter avec la pop la plus mélodique dans le cœur d’un même homme. Son histoire d’amour avec les Beatles nous rappelle que la musique est universelle et intemporelle, qu’elle peut inspirer un gamin perdu à devenir une superstar et lui donner la force de traverser toutes les épreuves. Aujourd’hui, alors que la voix d’Ozzy s’est tue, on imagine quelque part, dans un coin du ciel, une jam session céleste où un certain John Lennon et un certain Ozzy Osbourne échangent des sourires complices en jouant quelques accords de « Across the Universe ». L’esprit d’Ozzy Osbourne continue de vibrer à travers ses chansons, tout comme vibrent en lui l’influence et l’amour des Beatles qui l’ont accompagné toute sa vie.

Au revoir, Ozzy. Merci pour la musique, pour les folies et pour l’émotion. Ton « long and winding road » s’achève, mais ton âme rock’n’roll et ton cœur de Beatlemaniac resteront à jamais dans nos mémoires. Que ton voyage soit illuminé par les couleurs et les mélodies que tu aimais tant. Et que jamais ne s’éteigne l’écho de ton rire et de ta voix, quelque part entre un puissant riff de guitare et une douce balade des Beatles. Farewell to the Prince of Darkness – et que la lumière des Beatles guide ton chemin vers les étoiles.


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