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Quand Ray Davies des Kinks clashait les Beatles et Revolver !

Publié le 21 juillet 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1966, Ray Davies des Kinks commente l’album Revolver des Beatles avec ironie, comparant Taxman à un croisement entre The Who et Batman. Ce titre, écrit par George Harrison, exprime sa colère face aux taxes excessives imposées aux artistes britanniques. Bien que critique, Davies reconnaît le talent du groupe, notamment leur maîtrise du doublement de voix. Cette rivalité amicale entre Beatles et Kinks illustre l’effervescence musicale des années 1960 et l’émulation qui a façonné l’histoire du rock britannique.


Londres, années 1960. La capitale britannique est souvent perçue comme une effervescence de créativité et d’audace musicale, un Âge d’or où la jeunesse révoltée aurait pris d’assaut l’industrie musicale pour redéfinir les contours du rock. Si cette vision est en partie embellie par la nostalgie, elle n’est pas dénuée de vérité. Car, dans ce contexte, certains des plus grands songwriters de Grande-Bretagne ont émergé. Parmi eux, Ray Davies, figure emblématique des Kinks, s’est illustré par son talent unique à dépeindre la réalité sociale de son époque.

Mais si Davies s’est imposé comme un chroniqueur acerbe du quotidien britannique, il ne s’est pas privé non plus d’émettre des avis tranchés sur ses contemporains. Et les Beatles n’échappent pas à son regard critique. Lorsqu’il fut appelé à donner son opinion sur Revolver en 1966, son commentaire sur Taxman, morceau d’ouverture composé par George Harrison, fit mouche : « Ça sonne comme un croisement entre The Who et Batman. » Une réflexion cinglante, qui résume tout le scepticisme initial du leader des Kinks face à l’évolution sonore des Fab Four.

Taxman, un pamphlet enragé

Lorsque George Harrison écrit Taxman, il est en colère. Le gouvernement britannique, dirigé par Harold Wilson, applique une politique fiscale agressive qui taxe jusqu’à 95% des revenus des plus hauts contribuables. Ce système, baptisé « supertax », ne fait pas que ponctionner les finances des artistes prospères : il symbolise aussi l’injustice perçue par une jeunesse qui, après avoir propulsé le pays sur la scène culturelle mondiale, voit ses gains s’évaporer au profit de l’État.

Musicalement, Taxman marque un tournant. Il s’agit d’un titre incisif, porté par une ligne de basse vibrante signée Paul McCartney et un riff tranchant. L’attitude frondeuse du morceau, couplée à son dynamisme, explique aisément la comparaison de Ray Davies avec The Who.

Le rapprochement avec Batman, quant à lui, est plus inattendu mais trouve une justification : en 1966, la série télévisée Batman cartonne sur les ondes américaines. Son thème musical, composé par Neal Hefti, repose sur une rythmique nerveuse, des guitares saturées et un chant en chœur simple et percutant (Na-na-na-na Batman!). De là à entendre dans Taxman une même urgence sonore, il n’y a qu’un pas.

Ray Davies, critique et admirateur

Bien que la comparaison puisse sembler réductrice, Davies ne s’arrête pas là dans son analyse. Il salue, sans en avoir l’air, les prouesses techniques du groupe, notamment le doublement des voix qui confère à l’ensemble une profondeur inédite : « C’est surprenant à quel point le doublement de voix rend un chant sexy. » Un compliment détouré, mais un compliment tout de même.

S’il semble d’abord sceptique face à l’approche plus audacieuse des Beatles sur Revolver, Davies finira lui aussi par se laisser porter par une certaine ambition conceptuelle. Quelques années plus tard, The Kinks Are the Village Green Preservation Society (1968) présentera une narration et une esthétique particulièrement ciselées, préfigurant, à sa manière, les grands albums à thème.

Un dialogue à distance entre deux géants

L’échange indirect entre les Beatles et Ray Davies traduit bien la dynamique de la scène rock britannique des sixties. Si les Fab Four étaient en première ligne de l’évolution musicale mondiale, les Kinks, bien que moins flamboyants, incarnaient une réponse critique et ironique à cette course à la modernité. Loin d’être une simple opposition, ce jeu d’émulation mutuelle a nourri une décennie qui, aujourd’hui encore, demeure l’une des plus riches et passionnantes de l’histoire du rock.

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