Il a changé ma vie.J'avais 15 ans. J'était à l'école secondaire et comme bien souvent sur l'heure du midi, je trainais à la bibliothèque. C'était en partie pour filtrer les filles de mon âge qui essayaient de flirter avec moi. Celle qui, naturellement, se trouvait à la bibliothèque de plein gré étaient celles qui allaient m'intéresser. J'y avais lu le journal. C'était notre chance de lire le journal de la "grande ville" de Montréal, La Presse. J'habitais Sillery, à Québec. J'y avais lu une rencontre entre un journaliste et le joueur de hockey Guy Lafleur. Qui n'était plus membre des Canadiens de Montréal. Il était dans ses 3 années où il ne jouait plus. On avait alors resorti un vieil article de Fogo qui l'avait rencontré dans le vestiaire, seul à seul.
La première chose qui étonnait était que Pierre m'apprenait que Guy fumait. Même joueur, il fumait. Seconde surprise, j'avais lu un article entier sur un des meilleurs joueurs de hockey de la LNH, et on y avait pas parlé de ce sport du tout. Et on le remarquait à peine. Parce qu'on venait de lire un véritable auteur.
Pierre Foglia n'était pas journaliste, il était auteur. Tout de suite, je l'ai aimé. Il écrivait avec un angle différent. Et à la fois si humain. Aussi bougon que juste et précis, comme moi, dans le futur, le réalisant à l'instant, il multiplierait les métiers qui disparaissent. Typographe il était aussi projectionniste de nos âmes. J'emprunte l'expression à son ami et collègue André Duchesne. Chaque fin de ses textes, je me sentais grandi.

Ou encore il me faisait grandement rire. En une ligne ou deux on comprenait qu'il avait untel ou un unetelle pas complètement dans ses bonnes grâces. Et il avait toujours une manière WoodyAllenesque de ridiculiser les infamies. Et de les rendre presque drôles.

Il est parti l'ami Fogo.
Sa voix n'était plus tellement publique depuis longtemps. Mais son talent restait mémorable. Reste encore formidable. Manuel et Aube le nom de ses 2 enfants. C'est-y pas habile de sa part. Deux images extraordinaires. Manuel comme un livre de connaissances qu'on ferait découvrir à quelqu'un et de son propre aveu, Pierre avait été un piètre père. Le manuel lui a un peu échappé des mains. Et Aube, comme une promesse de quelque chose. Sa fiancée, autre promesse de quelque chose.

Je lui ai piqué surement une ligne ou deux. Encore de nos jours, quand l'amoureuse semble atterrir de Mars, j'emprunte une de ses lignes " Bonjour mademoiselle...on se connait ?".
Je n'aurai jamais la prétention de dire que je te comprenais, Pierre. Mais toi, tu nous connaissais mieux qui quiconque. Il y avait ceux qui regardaient mais toi, tu voyais.Tu nous voyais. Et souvent tes indignations étaient aussi les miennes.
Il sera toujours anti religion. C'est peut-être lui qui m'a ouvert les yeux sur cette fraudes spirituelle.


Et maintenant le prince de la plume de Saint-Armand. Notre veilleur de conscience.

Pour se rappeler que chaque mot qu'il lançait dans le vent, était bien souvent, zest d'intelligence.
Merci d'avoir existé, mon vieux.
T'étais poème là où on était vulgaire.
