Eric Clapton est le seul musicien à avoir collaboré sur des albums solos de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr. De « While My Guitar Gently Weeps » au Concert for George, son jeu de guitare tisse un lien unique entre les quatre ex-Beatles et confirme son rôle de trait d’union dans leur héritage musical.
Qui donc, après la dissolution du plus célèbre des quatuors, a réussi l’exploit d’apparaître sur des albums solo de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr ? La réponse tient en un nom : Eric Clapton. Loin du simple clin d’œil amical, cette présence récurrente dessine le portrait d’un musicien-pont, capable de s’adapter aux univers contrastés de chacun des ex-Beatles tout en conservant son identité blues-rock.
Sommaire
- L’amitié fondatrice avec George Harrison
- L’empreinte Clapton sur All Things Must Pass
- La parenthèse crue de John Lennon
- Un virage new-wave chez Paul McCartney
- Au service du « funky drummer » Ringo Starr
- Le rôle discret mais décisif du Concert for Bangladesh
- Le triangle sentimental avec Pattie Boyd
- La reconnaissance unanime des quatre Beatles
- Un style adaptable, toujours identifiable
- Des retrouvailles scéniques jusqu’au XXIᵉ siècle
- Clapton, témoin privilégié de la légende
- Un trait d’union en six cordes
L’amitié fondatrice avec George Harrison
Tout commence en 1964, lorsque Clapton, alors membre des Yardbirds, croise la route des Fab Four dans un club londonien. Son véritable rapprochement avec Harrison survient en 1966, tandis que les deux guitaristes, férus de bottleneck et de ragas, partagent des vinyles de B.B. King ou de Ravi Shankar. Cette complicité atteint son sommet le 5 septembre 1968 : invité à Abbey Road, Clapton grave le solo incandescent de « While My Guitar Gently Weeps » sur le White Album, devenant le premier musicien extérieur à être crédité (même anonymement) sur un titre officiel des Beatles. Dès lors, il restera le confident artistique de Harrison jusqu’à la mort de ce dernier en 2001. (Wikipédia)
L’empreinte Clapton sur All Things Must Pass
Fin 1969, Harrison décide de transformer des années de compositions inexploitées en un triple-album monumental : All Things Must Pass. Clapton recrute alors les musiciens de Delaney & Bonnie pour former l’ossature rythmique des séances. Sa guitare slide colore « Isn’t It a Pity », ses interventions bluesy dynamisent « Art of Dying », et il cosigne même « Badge » (rebaptisé « It’s Johnny’s Birthday ») en clin d’œil à Lennon. Le disque, couronné numéro 1 des charts britanniques en janvier 1971, prouve qu’un ex-Beatle peut briller sans la marque collective : Clapton y joue à la fois catalyseur et garde-fou, encourageant son ami à oser des orchestrations massives tout en veillant à conserver un cœur rock organique.
La parenthèse crue de John Lennon
En septembre 1969, Lennon révèle au monde la Plastic Ono Band lors du Toronto Rock & Roll Revival : devant une foule de 20 000 personnes, Clapton maltraite sa Gibson à coups de feedback sur « Cold Turkey » puis enfile un costume de sideman pour « Yer Blues ». Cette collaboration se prolonge en studio : il grave la version single de « Cold Turkey » et figure sur l’album live Live Peace in Toronto 1969. Plus tard, il rejoint Lennon pour quelques sessions new-yorkaises, dont la plus notoire est « Yer Blues » revisitée sous le nom de Dirty Mac dans le film Rock and Roll Circus. Lennon apprécie sa virtuosité mais confiera aussi, non sans ironie, que le guitar-hero « s’est un peu crispé » en studio, preuve que la quête de spontanéité lennonienne n’épargnait personne.
Un virage new-wave chez Paul McCartney
Qu’on se détrompe : Clapton n’est pas seulement l’ange gardien des ex-Beatles psychédéliques. Le 11 avril 1980, McCartney publie « Coming Up », single électro-pop qui déclenche l’admiration de Lennon et annonce la mue synthétique des années 80. Deux décennies plus tard, McCartney convie Clapton sur l’album Driving Rain : le guitariste signe un solo délicat sur « Freedom » puis double la rythmique de « Heather ». Cette participation confirme le respect mutuel qui unit les deux icônes, autrefois rivales : dans un entretien, McCartney admet que l’élégance blues de Clapton « apporte la patine idéale » à ses nouvelles ballades acoustiques.
Au service du « funky drummer » Ringo Starr
L’impact de Clapton sur les disques de Ringo se manifeste dès 1976 : à Los Angeles, il enregistre la chanson « This Be Called a Song » pour l’album Ringo’s Rotogravure. L’ambiance y est bon enfant : Clapton, Harrison, Nilsson et Frampton se relaient pour offrir au batteur un écrin d’amitié sonore. Cette collaboration se prolonge sur Time Takes Time (1992), puis lors de concerts caritatifs où la guitare de Slowhand soutient la voix légèrement voilée de Starr. Ringo avouera que Clapton représente « l’équilibre parfait entre technique et feeling », un trait qu’il recherchait pour dynamiser ses grooves mid-tempo.
Le rôle discret mais décisif du Concert for Bangladesh
En août 1971, Harrison organise au Madison Square Garden le premier grand concert humanitaire de l’histoire du rock. Clapton, rongé par des problèmes d’addiction, accepte pourtant de monter sur scène : malgré la fièvre et des tremblements, il assure les solos sur « While My Guitar Gently Weeps » et « Something ». Sa prestation héroïque confère un supplément d’émotion à l’événement et contribue au succès financier de l’initiative au profit des réfugiés bengalis.
Le triangle sentimental avec Pattie Boyd
Au-delà de la musique, la relation Clapton-Harrison se double d’un drame amoureux : tombé éperdument pour Pattie Boyd, épouse de Harrison, Clapton lui dédie « Layla » en 1970. Après une période tourmentée, Boyd quitte George pour Eric en 1974 et l’épouse finalement en 1979. Malgré cette tension, Harrison et Clapton demeurent suffisamment liés pour effectuer une tournée commune au Japon en 1991 : symbole d’une amitié qui transcende le tumulte privé, et d’une admiration mutuelle pour leurs talents respectifs.
La reconnaissance unanime des quatre Beatles
Chacun des ex-Beatles a exprimé publiquement son estime pour Clapton : Lennon l’appelait « le guitariste préféré de mon guitariste préféré » ; McCartney le décrivait comme « un gentleman du blues » capable de « faire pleurer les notes » ; Ringo saluait son humilité ; quant à Harrison, il voyait en lui « un frère d’âme ». Ces témoignages confirment la place unique du musicien dans la galaxie Beatles : non pas simple invité, mais partenaire inspirant qui suscite l’émulation créatrice.
Un style adaptable, toujours identifiable
Pourquoi Clapton a-t-il pu s’intégrer chez chacun ? La réponse tient à trois atouts : une technique irréprochable, une culture du riff mémorable et un sens inné de l’accompagnement. Qu’il s’agisse de colorer la spiritualité de Harrison, de dynamiter la hargne de Lennon, d’épauler le sens mélodique de McCartney ou de rehausser la décontraction de Ringo, Clapton sait se mettre au service de la chanson sans gommer son vibrato mordant et ses bends lancinants.
Des retrouvailles scéniques jusqu’au XXIᵉ siècle
Clapton apparaît au Concert for George (2002), dirigeant une formation où McCartney et Starr partagent la scène. Plus tard, il invite McCartney lors du Crossroads Festival ; Ringo le rejoint sur « Sunshine of Your Love » au Royal Albert Hall ; enfin, les deux survivants des Beatles rendent hommage à Clapton lors d’un Grammy Salute en 2023, prouvant que le lien demeure.
Clapton, témoin privilégié de la légende
Être le seul musicien présent sur les disques solos de tous les ex-Beatles confère à Eric Clapton une place d’observateur et d’acteur à la fois. Il a vu la fraternité se fissurer puis renaître sous d’autres formes, il a prêté sa guitare à des hymnes pacifistes, des confessions intimistes, des jams festifs. Son parcours illustre la perméabilité des sphères créatives : chez les Beatles comme ailleurs, la collaboration est souvent le moteur secret de l’innovation.
Un trait d’union en six cordes
Les carrières de Lennon, McCartney, Harrison et Starr ont pris des directions singulières après 1970, mais toutes conservent, en filigrane, la même signature : celle d’un guitariste qui a su dompter sa virtuosité pour servir la vision de chacun. Au-delà des anecdotes, la présence d’Eric Clapton rappelle que la musique populaire se nourrit d’échanges permanents ; et si la magie Beatles continue de rayonner, c’est aussi parce que des artistes comme Clapton l’ont entretenue, corde après corde, solo après solo, album après album.
