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In Spite Of All The Danger : Aux Origines du Mythe Beatles

Publié le 04 août 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 12 juillet 1958, dans une petite maison victorienne du quartier de Kensington à Liverpool, un moment historique se joue sans que personne n’en prenne conscience. Cinq jeunes musiciens amateurs enregistrent une chanson qui, bien des années plus tard, prendra une dimension quasi mythique : In Spite Of All The Danger. Ce morceau, signé par Paul McCartney et George Harrison, est l’un des tout premiers enregistrements du groupe qui deviendra les Beatles. Revenons sur l’histoire fascinante de cette chanson, de sa genèse à sa redécouverte.

Sommaire

Une ambition naissante

En 1958, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison sont encore loin d’être les icônes de la musique qu’ils deviendront. Leur groupe, les Quarrymen, est une formation de skiffle, ce genre musical très populaire en Grande-Bretagne à l’époque. Pourtant, à travers ce qu’ils écoutent et jouent, les influences du rock ‘n’ roll commencent à s’imposer, notamment celles d’Elvis Presley, Buddy Holly ou encore Chuck Berry.

L’idée d’enregistrer un disque émerge alors parmi eux. Il ne s’agit pas d’un projet commercial, mais plutôt d’un moyen de marquer une étape, de capturer leur son et de posséder une preuve tangible de leur existence musicale. Les jeunes musiciens dénichent une petite annonce publicitaire pour un studio local : le Phillips Sound Recording Service, tenu par Percy F. Phillips. Le tarif ? Cinq livres sterling pour un enregistrement gravé sur un disque en shellac.

Une session d’enregistrement improvisée

Le jour dit, John Lennon (chant, guitare), Paul McCartney (guitare, chœurs), George Harrison (guitare, chœurs), John “Duff” Lowe (piano) et Colin Hanton (batterie) se rendent chez Percy Phillips avec leurs instruments. L’enregistrement se fait dans une petite pièce équipée d’un unique microphone. Le processus est rudimentaire : le groupe joue en direct et la performance est directement gravée sur disque. En plus de In Spite Of All The Danger, ils enregistrent une reprise de That’ll Be The Day de Buddy Holly.

Une composition originale inspirée d’Elvis

Si la face A du disque est une reprise, la face B, In Spite Of All The Danger, est une composition originale. C’est le seul morceau jamais crédité au duo McCartney-Harrison. Pourtant, McCartney expliquera plus tard que la chanson lui revient presque entièrement et que George a été ajouté comme coauteur en raison de son solo de guitare.

L’inspiration dérive directement du style d’Elvis Presley, un hommage involontaire à l’idole du jeune McCartney. Dans une interview, il confiera qu’il s’est basé sur une mélodie qu’il avait entendue dans un camp scout lorsqu’il était enfant.

Une relique oubliée pendant 23 ans

Une fois le disque pressé, un accord est conclu entre les membres du groupe : chacun le conservera une semaine avant de le passer au suivant. Lennon, McCartney, Harrison et Hanton respectent cet engagement, mais lorsqu’arrive le tour de John “Duff” Lowe, celui-ci garde le disque… pendant 23 ans. Pendant tout ce temps, la galette repose dans ses affaires personnelles, oubliée de tous, jusqu’au jour où il la fait expertiser chez Sotheby’s en 1981.

La nouvelle ne tarde pas à parvenir aux oreilles de Paul McCartney, qui entreprend aussitôt des négociations pour récupérer ce trésor. Si le prix exact du rachat reste inconnu, on sait que l’offre initiale de 5 000 livres a été refusée par Lowe, ce qui laisse entendre que la somme finale fut bien plus élevée.

Une seconde vie : l’Anthology 1

Désormais en possession du disque, McCartney prend soin de le restaurer et de le dupliquer. Une cinquantaine de copies sont pressées et distribuées à des proches et amis. Mais ce n’est qu’en 1995 que le grand public découvre enfin cette perle, lorsque In Spite Of All The Danger est incluse dans la compilation Anthology 1, aux côtés de That’ll Be The Day.

Dans cette version remasterisée, un couplet et un refrain répétés ont été supprimés pour dynamiser l’écoute. Mais l’essence de la chanson, son ambiance brute et son énergie juvénile, reste intacte.

Un retour sur scène avec McCartney

Depuis cette redécouverte, In Spite Of All The Danger a fait quelques apparitions dans les concerts de Paul McCartney. Lors de sa tournée mondiale en 2005, il la joue régulièrement, offrant aux fans un voyage dans le temps, aux racines des Beatles. Accompagné d’anecdotes, il présente la chanson avec humour, rappelant l’innocence de leurs débuts et leur vision alors naïve de l’industrie musicale.

L’héritage d’un moment unique

Si In Spite Of All The Danger reste un titre mineur dans la discographie officielle des Beatles, son importance historique est immense. Il s’agit de la première chanson originale enregistrée par le noyau dur du groupe, un instantané précieux de leur apprentissage. Ce morceau témoigne d’une époque où la musique était encore un rêve à concrétiser, bien avant que la Beatlemania ne secoue la planète.

Aujourd’hui, ce disque reste l’une des reliques les plus précieuses de l’histoire du rock, un écho du jour où quelques adolescents de Liverpool ont gravé, sans le savoir, les premières notes d’une légende.


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