Magazine Culture

George Harrison : « Who Can See It » – Un Voyage Musical et Spirituel au Cœur de Living in the Material World

Publié le 05 août 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lors de la sortie de son quatrième album solo, Living in the Material World, le 30 mai 1973, George Harrison offrait au monde une œuvre d’une profondeur inattendue. Parmi les titres qui se démarquent, « Who Can See It » se distingue non seulement par sa musicalité complexe mais aussi par les thèmes personnels et spirituels qu’il aborde. Ce morceau représente un tournant dans la carrière de Harrison, un moment où il s’affranchit des contraintes des Beatles pour dévoiler sa vision intime de la vie, de l’âme, et du monde. À travers cette chanson, l’artiste anglais invite l’auditeur à une réflexion profonde, tout en mettant en lumière son talent de compositeur et de musicien accompli.

Sommaire

Le Contexte : L’Album Living in the Material World

Living in the Material World est un album profondément personnel qui s’inscrit dans la continuité de l’exploration spirituelle de George Harrison après la dissolution des Beatles. Cet opus est marqué par un mélange d’influences indiennes et occidentales, une fusion entre les traditions musicales et une quête spirituelle sincère, éléments qui sont devenus caractéristiques du travail de Harrison après l’époque des Beatles. Dans cet album, le musicien se confronte à la réalité de l’existence matérielle, tout en s’efforçant de transcender ses aspects à travers sa foi et ses réflexions personnelles.

La chanson « Who Can See It » fait partie de cette quête. Elle se trouve dans la partie centrale de l’album et est un parfait exemple de l’évolution de l’artiste après sa sortie du groupe légendaire. Ce morceau, comme d’autres sur l’album, dévoile une facette plus introspective et expérimentale de Harrison, loin des contraintes commerciales et des attentes qui pesaient sur les Beatles.

« Who Can See It » : Une Composition à la Croisée des Chemins

Musicalement, « Who Can See It » est une œuvre complexe et fascinante, tant par sa structure que par ses harmonies. Harrison, fidèle à son approche unique de la musique, opte ici pour un usage audacieux des accords suspendus, une technique qui permet de jouer avec les tensions et les résolutions harmoniques. Le morceau est en « open tuning », une forme d’accordage de guitare qui offre une palette sonore plus riche et plus variée, idéale pour exprimer les nuances émotionnelles et spirituelles que Harrison souhaite transmettre. C’est un son qui s’éloigne des conventions de l’époque, un son qui semble se libérer des structures classiques du rock pour s’aventurer vers un terrain plus expérimental.

La chanson se distingue également par son changement de signatures rythmiques, alternant entre le 4/4, le 6/4, le 5/8, et le 5/4. Ce jeu avec le temps est une autre caractéristique marquante de l’œuvre de Harrison, qui montre ici son désir d’expérimenter et de repousser les limites des structures musicales traditionnelles. Ce mélange de signatures rythmiques, bien que complexe, est parfaitement intégré à la chanson, rendant son écoute captivante et fluide malgré les changements.

Un Paroles Qui Résonnent avec l’Introspection

Les paroles de « Who Can See It » sont une réflexion sur la clarté et la liberté. Harrison y chante : « that what I feel/Should not be denied me now », un vers qui exprime son désir de reconnaissance et de liberté d’expression après avoir passé des années à jouer un rôle secondaire au sein des Beatles. Bien que ses contributions au sein du groupe soient devenues de plus en plus importantes au fil des années, Harrison a souvent été vu comme l’élément secondaire par rapport à Lennon et McCartney. « Who Can See It » semble être une réponse à cette frustration créative, une déclaration de son désir d’être reconnu pour sa propre individualité artistique.

Le thème de la clarté de la vision est central dans cette chanson. Harrison chante de sa capacité à enfin « voir » clairement, une métaphore de sa prise de conscience spirituelle et artistique. Les années passées en marge des Beatles l’ont amené à une compréhension plus profonde de lui-même, mais aussi de son rôle dans le monde et dans la musique. Il semble se libérer de tout ce qui pourrait l’entraver, affirmant sa vérité personnelle sans réserve.

L’Influence de Roy Orbison et l’Héritage Musical

Harrison lui-même a mentionné que « Who Can See It » lui rappelait le style de Roy Orbison, un artiste qu’il admirait profondément. La comparaison avec Orbison n’est pas anodine. Orbison, avec sa voix unique et ses ballades émouvantes, a été une grande influence pour Harrison. Cette référence est d’autant plus significative que Harrison, tout en étant un compositeur de premier plan, a toujours eu un respect immense pour les voix et les mélodies qui touchaient l’âme de l’auditeur. Dans « Who Can See It », on retrouve donc une émotion brute et sincère, une mélancolie qui évoque le même type de profondeur que celle que Roy Orbison apportait à ses chansons.

L’orchestre de la chanson, bien que composé principalement de guitare, piano, basse et batterie, se distingue par une utilisation subtile des cordes et des cuivres, qui viennent enrichir l’atmosphère générale du morceau sans jamais la surcharger. Les arrangements sont délicats, mais apportent une richesse sonore qui participe pleinement à l’intensité émotionnelle de la chanson.

L’Impact et l’Évolution de « Who Can See It » sur la Carrière de Harrison

Lors de sa tournée en 1974 en Amérique du Nord, Harrison a interprété « Who Can See It » sur scène, marquant un moment clé dans sa carrière solo. Bien que cette chanson ait été jouée lors de la première date de la tournée, elle a rapidement été abandonnée lors des concerts suivants, ce qui soulève des questions sur la manière dont Harrison percevait lui-même ce morceau dans le contexte de ses performances en direct. Peut-être que la complexité de la chanson, à la fois au niveau musical et émotionnel, la rendait difficile à interpréter sur scène. Cependant, sa présence dans l’album et dans les premières performances live témoigne de son importance pour l’artiste à ce moment de sa carrière.

« Who Can See It » fait partie de ces chansons qui marquent un tournant dans la trajectoire musicale de George Harrison. C’est un moment où il affirme son indépendance artistique, se libère des contraintes créatives imposées par les Beatles, et commence à tracer son propre chemin. Ce morceau, avec sa musicalité unique et son message de liberté et de clarté, reste un témoignage de l’évolution de Harrison en tant qu’artiste à part entière.

L’Héritage de « Who Can See It » : Une Œuvre de Liberté et de Vision

Aujourd’hui, « Who Can See It » continue d’être un exemple éclatant du génie créatif de George Harrison. Sa complexité musicale et son message introspectif résonnent toujours auprès des auditeurs qui cherchent à comprendre l’homme derrière la légende des Beatles. À travers ce morceau, Harrison nous invite à un voyage personnel, à la recherche de la vérité, de la clarté, et de la liberté, tant sur le plan artistique que spirituel.

Dans l’ensemble, Living in the Material World est un album qui illustre les aspirations profondes de Harrison. « Who Can See It » est un morceau qui témoigne de son besoin de s’affirmer en tant qu’individu, un appel à la reconnaissance après des années passées à l’ombre des géants Lennon et McCartney. Ce n’est pas seulement une chanson sur la musique, mais une déclaration de principes, un hymne à la liberté d’expression et à la recherche de soi. Et en cela, elle reste une pierre angulaire de l’œuvre de George Harrison, marquant à la fois un point de rupture et un nouveau départ pour l’artiste.


Retour à La Une de Logo Paperblog