En sortie le 6 août 2025 sur les écrans français, un film belge sur l’immigration qui contourne habilement les clichés.
Alors que le repli généralisé rend toute immigration un parcours du combattant, réaliser ce que cela signifie humainement n’est pas de trop. Les deux adolescentes de L’été de Jahia sont comme leurs proches dans la longue et angoissante attente de la décision administrative de maintien ou d’expulsion. Jahia est ivoirienne, Mila est biélorusse. Bien que d’un tempérament opposé, elles deviennent amies dans leur foyer d’accueil isolé dans les bois en Belgique, peut-être parce que les contraires s’attirent.

C’est cet apprentissage de l’Autre que raconte ce doux film, que l’on souhaiterait voir s’appliquer à grande échelle. Rien n’est simple. Jahia est introvertie, coincée par les soins à apporter à sa mère qui vrille sous le poids du traumatisme vécu au pays. Mila, au contraire, croit en l’avenir et est gonflée d’énergie. La rencontre sera progressive et passe par le corps : se baigner, danser, se découvrir, voir des garçons. Mila tire Jahia de sa solitude, l’aide à dépasser ses peurs et lui insuffle la possibilité de rêver. Mais leur devenir comme celui de leur relation est suspendu à l’attribution des papiers.

L’amitié donne des ailes. Jahia apprend à agir sur sa vie, jusqu’aux actes désespérés face au destin. Nous suivons au plus près ses gestes et son regard, sans pathos mais dans le respect de son rythme, et donc dans une certaine durée des plans. Si le film réussit à nous rendre Jahia et Mila si présentes, c’est qu’Olivier Meys opte pour cette mise en scène épurée. C’est aussi qu’il s’est immergé dans le quotidien des demandeurs d’asile et a choisi avec Noura Bance et Sofiia Malovatska des jeunes femmes qui ont elles-mêmes connu des situations proches de ce que vivent les deux ados.
Elles s’éloignent du centre d’accueil impersonnel et s’immergent dans la nature environnante, sa beauté et ses sons, un refuge plus ouvert que le toit qu’affectionne Jahia. C’est là qu’elles se définissent une possible liberté, nécessaire à leur épanouissement. Et que nous adhérons à leur soif d’humanité.
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