En 2002, Paul McCartney retrouve la scène avec la tournée Driving USA, marquée par l’émotion du deuil et le contexte post-11 septembre. L’album live Back In The US, sorti en novembre, capture cette ferveur à travers un mélange de classiques des Beatles, de morceaux de Wings et de titres récents. Porté par une formation solide, cet enregistrement témoigne de la puissance scénique de McCartney et de sa capacité à fédérer plusieurs générations autour de son immense héritage musical.
Au printemps 2002, Paul McCartney entreprend ce qui allait devenir l’une des plus grandes tournées de sa carrière solo depuis près d’une décennie. Il revient alors sur scène pour défendre son nouvel album Driving Rain, paru en 2001, et dont les ventes s’avèrent moins bonnes que prévu au regard de la réputation et de l’héritage musical de l’ancien Beatle. Cette tournée ambitieuse, baptisée « Driving USA », débute le 1er avril 2002 à Oakland, en Californie, et se conclut le 18 novembre à Osaka, au Japon. Pour McCartney, qui traverse une période particulièrement sensible après la disparition de sa femme Linda et la mort de George Harrison, monter sur scène a également une valeur cathartique. De plus, l’impact des attentats du 11 septembre 2001 plane encore sur la conscience collective, et ce contexte confère au retour de l’artiste une dimension à la fois solennelle et profondément émouvante.
Sommaire
- Les prémices d’une aventure discographique : genèse de
- Back In The US
- Une équipe soudée autour de l’artiste
- La captation : un panorama de concerts américains
- Un répertoire éclectique : des Beatles à la carrière solo
- Le contexte politique et émotionnel de la tournée
- L’atmosphère sur scène : virtuosité et proximité
- Enregistrement, production et réception critique
- La controverse autour des crédits : “Paul McCartney and John Lennon”
- La version internationale :
- Back In The World
- Les temps forts du répertoire : de “Hello, Goodbye” à “The End”
- La portée émotionnelle des hommages à John et George
- Une tournée saluée par la critique et le public
- Le rôle de
- Back In The US
- dans la redécouverte de
- Driving Rain
- La sortie d’un DVD et l’attrait du contenu bonus
- Entre héritage Beatles et postérité solo
- Le poids du nom “Beatles” : un atout et une responsabilité
- Une controverse vite dépassée par la force de la musique
- La communion avec les spectateurs
- L’empreinte durable dans la carrière de McCartney
- La force du témoignage visuel et sonore
- Des chansons intemporelles et un artiste en constante évolution
- Un patrimoine toujours à l’honneur
- Le legs de
- Back In The US
- dans l’histoire du rock
- Une œuvre qui résonne toujours
Les prémices d’une aventure discographique : genèse de
Back In The US
De cette tournée américaine, Paul McCartney tire un double album live, Back In The US, paru aux états-Unis et au Japon le 11 novembre 2002. Comme l’a précisément résumé le texte de présentation officiel : « Back In The US was a souvenir of Paul McCartney’s Driving USA Tour in spring 2002, his first full tour in almost a decade. » En français, cette citation se traduit par : « Back In The US constituait un souvenir de la tournée Driving USA de Paul McCartney au printemps 2002, sa première tournée complète depuis près d’une décennie.»
Cet enregistrement live témoigne de la ferveur et de l’enthousiasme qui ont émané de cette série de concerts, laquelle attirera plus de 400 000 spectateurs à travers 27 concerts dans 25 villes américaines. L’album se concentre donc sur les performances captées au cours de la partie américaine de la tournée : à Detroit, Dallas, Cleveland, Denver, New York, Chicago, Sunrise (Floride), Boston, Tampa, Toronto, Washington DC, East Rutherford (New Jersey) et Atlanta. La seule date non-américaine de ce parcours, celle du 13 avril 2002 à Toronto, au Canada, figure également dans ce double album.
Une équipe soudée autour de l’artiste
Pour cette tournée et l’enregistrement de Back In The US, McCartney s’entoure d’une formation particulièrement solide, soudée par le plaisir de rejouer un répertoire devenu mythique, mais aussi par l’excitation de défendre ses nouvelles compositions. Le claviériste Paul « Wix » Wickens, fidèle collaborateur de McCartney depuis de nombreuses années, officie comme directeur musical. à ses côtés, on retrouve les musiciens Rusty Anderson (guitare, chant) et Abe Laboriel Jr (batterie, chant, percussions). Ces deux instrumentistes ont déjà participé à l’album Driving Rain, apportant leur expertise et leur enthousiasme. Vient ensuite Brian Ray, guitariste et bassiste, qui complète l’équipe sur scène et sur le disque. à eux quatre, ils forment le noyau dur de l’orchestre accompagnant Paul McCartney, et demeureront ses partenaires musicaux pour de futurs enregistrements et tournées.
La captation : un panorama de concerts américains
La force de Back In The US réside dans la variété des performances qui le constituent. L’album n’est pas tiré d’un seul concert, mais de plusieurs prestations réparties sur le printemps 2002. Les morceaux ont été enregistrés dans différentes salles emblématiques :
– Le 1er mai 2002, au Palace, à Auburn Hills, on entend « Hello, Goodbye » qui ouvre idéalement la captation avec une vitalité communicative.
– à la Reunion Arena de Dallas, le 9 mai, McCartney livre notamment « Jet », « Every Night » et « Live And Let Die ».
– Le 26 avril, au Madison Square Garden de New York, il présente « Coming Up », « Your Loving Flame », « Hey Jude » et « Lady Madonna ».
– D’autres dates, telles que Chicago (United Center, 11 avril), Denver (Pepsi Arena, 7 mai), Boston (FleetCenter, 19 avril) ou encore Tampa (Ice Palace, 15 mai), s’ajoutent à la longue liste de lieux où McCartney a puisé la matière pour concevoir ce double album.
Ces enregistrements, éparpillés dans le temps et l’espace, donnent à Back In The US un caractère presque kaleïdoscopique. L’auditeur se retrouve embarqué dans un voyage à travers les états-Unis et le Canada, découvrant à chaque titre les ambiances spécifiques de chaque salle, l’énergie du public et les arrangements subtils d’un groupe parfaitement rodé.
Un répertoire éclectique : des Beatles à la carrière solo
Si l’album se concentre sur la tournée Driving USA, il propose aussi une plongée dans le riche héritage de Paul McCartney :
– Les morceaux des Beatles sont à l’honneur : « All My Loving », « We Can Work It Out », « The Fool On The Hill », « Here, There And Everywhere » ou encore « Eleanor Rigby » résonnent comme des trésors intarissables.
– Les fans de l’époque Wings ne sont pas oubliés : McCartney exhume avec entrain « Jet », « Let Me Roll It », « Band On The Run » ou encore « My Love », rappelant l’importance de ce chapitre de sa carrière.
– Ses travaux plus récents s’invitent aussi : « Lonely Road », « Driving Rain », « Your Loving Flame » et « Vanilla Sky » témoignent de sa volonté de mettre en avant son actualité artistique du moment.
Dans Back In The US, Paul McCartney rend en outre hommage à ses anciens compagnons Beatles. Il reprend ainsi « Something » de George Harrison au ukulélé, une interprétation particulièrement émouvante, qui est depuis restée dans bon nombre de ses setlists de concerts ultérieurs. Il glisse également « Here Today », une pièce dédiée à John Lennon, dans laquelle transparaît toute la tendresse que l’artiste continue de nourrir pour son ami disparu.
Le contexte politique et émotionnel de la tournée
Les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué l’Amérique et le monde entier. Paul McCartney, profondément touché par l’événement, compose la chanson « Freedom », qu’il inclut à la fois dans le répertoire de la tournée et sur la version live de Back In The US. Ce titre, s’il peut paraître simple, revêt une symbolique forte dans le contexte de l’époque. Chanté devant un public américain encore sous le choc, « Freedom » prend la forme d’un hymne solidaire où se mêlent la tristesse et la volonté de se relever.
Par ailleurs, la tournée Driving World Tour (dont le volet américain s’intitule Driving USA) est la première que McCartney effectue depuis la mort de Linda, son épouse et partenaire de longue date, ainsi que depuis la disparition de George Harrison. à ce double deuil personnel s’ajoute la tragédie du 11 septembre, créant une atmosphère singulière autour des concerts. Pourtant, loin d’être un spectacle morose, chaque date du parcours se transforme en célébration de la vie et de la musique, permettant à McCartney et à son public d’avancer dans la résilience.
L’atmosphère sur scène : virtuosité et proximité
On pourrait craindre qu’un concert de Paul McCartney donné dans de vastes salles, devant des foules considérables, se transforme en simple grand-messe un peu lointaine. Or, l’une des forces de ce live, telle qu’elle transparaît dans Back In The US, est la proximité que l’artiste parvient à instaurer. Quand on écoute l’enregistrement, on ressent la chaleur du public, certes, mais aussi les apartés de McCartney qui dialogue, fait des blagues, introduit ses chansons avec anecdotes et émotions.
S’y dégage également une virtuosité technique jamais ostentatoire, car la simplicité mélodique reste le cœur de ces performances. Sur « Blackbird », par exemple, la guitare acoustique de Paul tisse un moment de grâce, rappelant la manière épurée dont la chanson a été enregistrée à l’origine. Sur « Maybe I’m Amazed », on est frappé par la puissance vocale de McCartney, qui, malgré les années, livre une interprétation bouleversante. De même, Abe Laboriel Jr apporte une énergie rythmique considérable, transformant des titres déjà connus en feux d’artifice sonores.
Enregistrement, production et réception critique
Produire un album live de qualité implique à la fois un travail de sélection méticuleux et un traitement sonore précis. Sur le plan de la production, on retrouve David Kahne, déjà présent pour l’enregistrement de Driving Rain. Kahne connaît bien le répertoire de McCartney ; il est donc à même de capturer l’esprit scénique du groupe sans trahir l’authenticité de la performance. à la sortie de Back In The US, la critique salue majoritairement la vitalité du disque et la façon dont McCartney navigue sans forcer entre classiques intemporels des Beatles, morceaux de Wings et titres plus récents.
Sur le plan commercial, l’album fait une entrée remarquée dans les classements. Aux états-Unis, il se hisse à la huitième place du Billboard 200 lors de sa première semaine, avec 224 000 exemplaires vendus. Au Japon, Back In The US atteint la quatrième position au sein du Oricon Albums Chart, démontrant le rayonnement toujours vivace de McCartney à travers le monde.
La controverse autour des crédits : “Paul McCartney and John Lennon”
L’une des singularités de Back In The US est d’avoir réveillé une polémique ancienne autour de la répartition des crédits d’écriture sur les chansons des Beatles. Depuis les débuts du groupe, la formule consacrée « Lennon-McCartney » a servi d’unique référence pour la paternité des morceaux composés par John et Paul. Toutefois, sur Back In The US, McCartney fait le choix de modifier l’ordre, indiquant désormais « Paul McCartney and John Lennon ». Dans le communiqué d’origine, on peut lire : « Back In The US generated some controversy upon its release due to Paul McCartney’s decision to amend the songwriting credits of his Beatles compositions to say “Paul McCartney and John Lennon” rather than the traditional “Lennon-McCartney.” » En français : « La parution de Back In The US a suscité une controverse en raison de la décision de Paul McCartney de modifier les crédits d’écriture de ses chansons des Beatles pour indiquer “Paul McCartney and John Lennon” plutôt que le traditionnel “Lennon-McCartney.”»
Cette décision, selon l’entourage de McCartney, viendrait en partie d’une frustration latente. Dans les années précédentes, au moment de la sortie de la compilation Anthology, McCartney avait déjà souhaité utiliser l’ordre « McCartney-Lennon », mais George Harrison et Ringo Starr s’y étaient opposés. En outre, Yoko Ono, veuve de John Lennon, avait retiré le crédit « Lennon-McCartney » pour la chanson « Give Peace A Chance » (ce que l’on traduit en français par « Donnez une chance à la paix »), alors même que McCartney avait participé à la genèse du titre. En représailles, McCartney aurait donc révisé les crédits de Back In The US.
Yoko Ono, ulcérée par cet écart, menace d’intenter des poursuites pour rétablir la mention « Lennon-McCartney ». On trouve d’ailleurs dans le texte original : « The changed credits on Back In The US nonetheless angered Ono, who threatened to take legal action to have the Lennon-McCartney credit restored. » Ce qui se traduit par : « Les crédits modifiés sur Back In The US ont néanmoins mis Ono en colère, au point qu’elle a menacé d’engager des poursuites pour rétablir la mention Lennon-McCartney.» Finalement, sur la version internationale suivante, Back In The World, la mention « Paul McCartney and John Lennon » reste, mais l’affaire s’éteint peu à peu.
La version internationale :
Back In The World
En mars 2003 paraît la version internationale de cet enregistrement, intitulée Back In The World. Si son contenu est assez similaire à Back In The US, elle se destine principalement à l’Europe et au reste du globe, hormis les états-Unis et le Japon. Pour beaucoup de fans, il ne s’agit que d’une variante géographique, mais certains préfèrent la dénomination d’origine Back In The US comme un clin d’œil à la chanson des Beatles « Back In The USSR », elle-même présente dans la setlist.
Sur le plan discographique, cette période témoigne de la stratégie de McCartney pour reconquérir son public. Après une décennie 90 assez discrète sur le plan des tournées (bien que ponctuée de projets comme Off the Ground, la tournée New World Tour et d’autres initiatives ponctuelles), l’ex-Beatle revient sur le devant de la scène live et propose à un public international un double album qui résume l’énergie de sa performance et la richesse de son héritage.
Les temps forts du répertoire : de “Hello, Goodbye” à “The End”
Dans l’album, on retrouve un ensemble impressionnant de titres couvrant plusieurs décennies. Pour ne pas user de listes à puces, évoquons plutôt un parcours chronologique et thématique. L’écoute débute ainsi avec « Hello, Goodbye », titre festif des Beatles qui place d’emblée l’auditeur dans une ambiance d’allégresse. On plonge ensuite dans le rock mordant de « Jet », morceau phare de la période Wings, où la guitare de Rusty Anderson se marie habilement avec la basse de McCartney. Puis, une plongée dans l’ère Beatles s’opère avec « All My Loving », un morceau qui, bien qu’originellement sorti au début de la Beatlemania, n’a rien perdu de sa fraîcheur.
On retrouve un subtil équilibre entre la nostalgie et la continuité : « Getting Better » rappelle l’optimisme coloré de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, alors que « Coming Up » prolonge la veine pop-rock enjouée de McCartney dans sa carrière solo des années 80. Les titres issus de Driving Rain, comme « Lonely Road » ou « Your Loving Flame », s’intercalent naturellement, soulignant la vitalité créatrice du musicien.
Vers la moitié de l’écoute, surviennent des moments de grâce tels que « Blackbird », joué dans l’intimité, ou « Mother Nature’s Son », où la fibre acoustique des Beatles résonne de manière intemporelle. S’ajoutent des clins d’œil aux années 70 : « Let Me Roll It », extrait de l’album Band on the Run, conserve cette aura bluesy-rock irrésistible. Puis, le segment final reprend l’élan avec des hymnes comme « Can’t Buy Me Love », « Live And Let Die » (accompagné de feux d’artifice sur scène) ou « Hey Jude ».
Pour conclure la captation, rien de moins que « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise) », suivie de « The End » (tous deux issus de Abbey Road), qui parachèvent un panorama complet de la vaste œuvre de McCartney.
La portée émotionnelle des hommages à John et George
Deux chansons retiennent plus particulièrement l’attention en raison de leur dimension commémorative. D’abord, « Here Today », la lettre ouverte que Paul adresse à John Lennon. écrite peu de temps après la disparition de ce dernier, elle cristallise la peine mêlée à l’affection profonde, ainsi qu’un sentiment de regret, comme si McCartney avait encore tant de choses à confier à son ami d’enfance. En concert, ce moment devient souvent celui du recueillement : un seul projecteur éclaire McCartney, seul à la guitare acoustique ou au piano, tandis que les paroles résonnent avec une sincérité désarmante.
Ensuite, « Something », que McCartney reprend au ukulélé, est l’occasion de rendre hommage à George Harrison, disparu le 29 novembre 2001. Le choix de cet instrument n’a rien d’anodin : Harrison adorait le ukulélé, et l’utiliser pour interpréter « Something », qu’il composa originellement pour l’album Abbey Road, révèle à la fois un profond respect et une certaine légèreté. L’enregistrement de Back In The US préserve cette émotion, y ajoutant même des applaudissements nourris du public, visiblement ému de partager ce moment avec l’artiste.
Une tournée saluée par la critique et le public
La Driving USA Tour rencontre un succès fulgurant. Nombre de concerts affichent complet en quelques minutes, témoignant de l’attente suscitée par un retour en grande pompe de McCartney. Sur le plan scénique, la présence de visuels spectaculaires (écrans géants, jeux de lumière), associée à l’enthousiasme du groupe, confère à chaque soir une atmosphère de fête. Les journaux américains saluent la performance vocale de McCartney, louant sa capacité à passer de la ballade douce à la fougue rock tout en préservant son timbre caractéristique. Les critiques soulignent également la cohésion du groupe : Rusty Anderson et Brian Ray assurent des parties de guitare dynamiques et précises, tandis qu’Abe Laboriel Jr insuffle un groove puissant qui fait vibrer l’ensemble. Paul « Wix » Wickens, quant à lui, jongle entre claviers, accordéon et chœurs pour donner la palette sonore la plus complète aux chansons.
Avec ce groupe, McCartney retrouve l’esprit de camaraderie qui a souvent caractérisé ses projets passés. Il n’est pas question de musicien mandaté pour simplement reproduire les parties, mais bien d’une collaboration organique, où chacun semble trouver sa place pour servir l’œuvre commune.
Le rôle de
Back In The US
dans la redécouverte de
Driving Rain
Paru en 2001, l’album Driving Rain n’avait pas rencontré le succès attendu, du moins en comparaison des standards habituels de Paul McCartney. Il s’agissait pour lui d’un projet personnel, marqué par l’après-Linda, son désir de renouer avec le studio de manière plus spontanée. Lorsque sort Back In The US, on remarque une légère remontée de l’intérêt pour Driving Rain. En effet, plusieurs chansons de l’album y sont jouées en live (« Lonely Road », « Driving Rain », « Your Loving Flame », etc.), permettant au public de redécouvrir ces titres dans un contexte scénique plus engageant.
Au fil des concerts, la foule se familiarise avec ces morceaux qui, parfois, prennent plus d’ampleur sur scène que dans leurs versions studio. De ce fait, les ventes de Driving Rain finissent par atteindre le statut de disque d’or aux états-Unis, six mois après sa sortie initiale. Certes, la popularité de McCartney et l’effet d’entraînement des médias y jouent un rôle important, mais l’album live Back In The US sert de tremplin à cette revalorisation tardive.
La sortie d’un DVD et l’attrait du contenu bonus
En parallèle du double CD, McCartney propose un DVD intitulé lui aussi Back In The US. Le contenu vidéo reprend l’essentiel des chansons captées sur la tournée, agrémenté de séquences de coulisses et de commentaires de l’artiste. Parmi les particularités de ce DVD, on note la possibilité, lorsqu’il est lu sur ordinateur, d’accéder à une section cachée du site officiel de McCartney : « The Secret Website Show ». Il s’agit de prises de sons enregistrées durant la balance (soundcheck) du 16 décembre 2002, des moments plus informels où l’on voit le groupe répéter, s’ajuster et parfois improviser.
Cette approche interactive, pour l’époque, offre un aperçu assez inédit de la vie en tournée. Les fans découvrent McCartney en pleine discussion technique avec ses musiciens, ou s’amusant à réviser certains anciens titres avant le concert. Même si ce contenu bonus n’est désormais plus accessible sur le site officiel, il circule sous forme de bootlegs intitulés The Secret Website Show, devenus des pièces de collection pour les amateurs.
Par ailleurs, dans certaines enseignes comme Best Buy, Back In The US est accompagné d’un DVD bonus supplémentaire comprenant la chanson « Matchbox » en live. Ce procédé marketing, courant dans le monde anglo-saxon, vise à fidéliser la clientèle et à proposer un collector rare aux fans inconditionnels.
Entre héritage Beatles et postérité solo
écouter Back In The US revient à se plonger non seulement dans le parcours d’un Paul McCartney sexagénaire toujours en pleine possession de ses moyens scéniques, mais aussi dans la légende qu’il représente. La setlist, abondante, rappelle que McCartney est l’auteur ou le co-auteur de morceaux qui ont bouleversé l’histoire de la pop et du rock. Du point de vue journalistique, l’album revêt un intérêt notable : il permet de mesurer l’impact d’un patrimoine musical sur plusieurs générations.
Des parents qui ont connu les Beatles à leur apogée amènent leurs enfants, voire petits-enfants, assister au spectacle. Sur scène, l’icône se mue en passeur d’émotions, revisitant sans relâche des morceaux qui continuent de faire chanter les foules. Le public vit ces instants comme la promesse qu’un pont demeure toujours tendu entre les sixties révolutionnaires et le XXIe siècle numérique.
Le poids du nom “Beatles” : un atout et une responsabilité
Toute la question, pour Paul McCartney, réside dans la gestion de cet héritage. Comment continuer d’avancer artistiquement tout en honorant l’histoire colossale des Beatles ? Back In The US apporte une partie de la réponse. En réintroduisant abondamment des titres emblématiques du groupe, McCartney sait répondre à l’attente des spectateurs ; il s’agit d’ailleurs d’une attente parfaitement légitime. Il n’esquive pas les références à ses anciens compagnons, qu’il s’agisse de rappeler le génie mélodique de Lennon ou le sens harmonique de Harrison.
Dans le même temps, la présence de compositions plus récentes, bien qu’elles n’aient pas la même aura que les classiques intemporels, démontre l’envie de McCartney de ne pas se cantonner à un rôle de « musée vivant ». Ce double mouvement – entre la nostalgie assumée et la création renouvelée – fait la force et la singularité de l’artiste.
Une controverse vite dépassée par la force de la musique
Malgré le tollé provoqué par la modification des crédits d’écriture, la qualité de l’album live dépasse largement les polémiques. En un sens, cette controverse, relayée par la presse, a davantage alimenté des discussions sur la pertinence d’une telle démarche que réellement terni l’image de McCartney. Les fans de longue date, conscients des luttes d’ego et de patrimoine moral qui entourent l’histoire des Beatles, savent que les rapports entre Yoko Ono et Paul McCartney ont toujours été délicats.
Pour le public non spécialisé, l’essentiel demeure l’enthousiasme palpable qui s’échappe de l’enregistrement. Dans ce monde post-attentats, Paul McCartney réussit, le temps d’une tournée, à rallier plusieurs générations autour du message éternel de l’amour, de la paix et de la liberté. L’incursion de « Freedom » dans le répertoire, si elle semble aujourd’hui moins connue que les grands classiques, reste emblématique de l’état d’esprit général.
La communion avec les spectateurs
Au fil de l’écoute, on remarque plusieurs interludes où la réaction du public occupe une place prépondérante. Les applaudissements, les cris de joie et parfois le recueillement (notamment lorsque McCartney entame « Here Today ») participent à ce sentiment de communion. Le disque live, par définition, capture une alchimie éphémère : celle d’un moment partagé entre la star et ses admirateurs.
L’énergie de la foule se ressent surtout pendant les grands tubes des Beatles. Quand retentit « Hey Jude », repris en chœur, on assiste à une véritable messe pop, un sing-along qui transcende les barrières culturelles. Pour beaucoup, c’est le moment le plus fort de chaque concert de McCartney. Sur Back In The US, cette ferveur se déploie en quelques minutes de pure euphorie, de la première note de piano jusqu’au long final aux « Na-na-na na » repris par des milliers de voix.
L’empreinte durable dans la carrière de McCartney
Au-delà de l’objet discographique, Back In The US ouvre une nouvelle ère pour Paul McCartney. Après s’être relativement fait discret sur scène dans les années 90, il réalise que son public est toujours aussi vaste et qu’il attend avec impatience chaque concert. Fort de ce constat, McCartney enchaînera, à partir des années 2000, d’autres tournées mondiales monumentales : ‘04 Summer Tour, The ‘US’ Tour en 2005, puis le Up and Coming Tour en 2010, sans oublier ses apparitions remarquées dans des événements mondiaux.
Le succès de Back In The US prouve aussi que la formule du live, lorsqu’elle est bien produite et portée par une setlist équilibrée, est un véritable vecteur de transmission pour de nouveaux fans qui n’étaient pas encore nés à l’époque des Beatles ou même à l’époque de Wings. C’est ainsi que les plus jeunes découvrent le génie mélodique de Paul, tandis que leurs aînés replongent dans la nostalgie d’une époque bénie pour la musique populaire.
La force du témoignage visuel et sonore
Grâce à la sortie conjointe du DVD et du double CD, Back In The US s’impose comme un témoignage majeur de la prestation scénique de McCartney dans les années 2000. La complémentarité audio-visuelle donne un aperçu d’une tournée pensée comme un grand spectacle : on y voit des effets pyrotechniques sur « Live And Let Die », des jeux de lumière sublimes sur « Band On The Run », ou la fraternité palpable lors des remerciements d’usage en fin de concert.
Pour un public francophone, le charme réside aussi dans l’effort de McCartney à glisser quelques mots de français lorsqu’il se produit devant des spectateurs canadiens ou européens (même si dans Back In The US, qui compile majoritairement des concerts américains, on retrouve surtout ses interventions en anglais). Néanmoins, McCartney ne manque jamais de s’adresser à chaque public dans sa propre langue quand l’occasion s’y prête, signe de son respect envers les fans du monde entier.
Des chansons intemporelles et un artiste en constante évolution
« Back In The US was a souvenir of Paul McCartney’s Driving USA Tour in spring 2002, his first full tour in almost a decade. » — cette phrase, déjà citée précédemment, illustre l’idée centrale : cet album se veut la mémoire d’un moment clé, celui du retour triomphal d’un artiste qui n’a plus rien à prouver, mais qui ne cesse pourtant de vouloir aller de l’avant. Les classiques des Beatles y côtoient les pépites de la carrière solo de McCartney, formant une sorte de pont entre la grande histoire du rock et le présent.
Pour les amateurs de la musique des Beatles, Back In The US est un objet précieux, car il offre une lecture moderne de chansons légendaires. Entendre « Can’t Buy Me Love » ou « I Saw Her Standing There » dans un arrangement actuel, avec une énergie revitalisée, permet de ressentir à quel point ces titres demeurent universels. Ils n’ont pas pris une ride. Au contraire, ils s’insèrent naturellement dans la culture pop contemporaine.
Un patrimoine toujours à l’honneur
Enfin, si Back In The US a pu être temporairement éclipsé en Europe par la sortie ultérieure de Back In The World, il n’en reste pas moins un jalon essentiel. Il documente un chapitre passionnant de la carrière de McCartney, celui où il reprend la route avec un nouveau groupe, porté par l’enthousiasme de la création et la soif de partager, sans s’interdire de réactiver ses plus grands succès. Cette dichotomie entre passé glorieux et présent vivace est peut-être ce qui définit le mieux la démarche de l’ancien Beatle.
Encore aujourd’hui, de nombreux fans continuent de plébisciter l’écoute de Back In The US, appréciant la spontanéité de l’interprétation et la manière dont McCartney interagit avec la foule. Les titres, captés dans diverses villes, créent une mosaïque sonore qui donne à entendre la réception enthousiaste du public américain, transcendant les épreuves traversées au début des années 2000.
Le legs de
Back In The US
dans l’histoire du rock
En tant qu’objet discographique, Back In The US s’inscrit dans la lignée des grands albums live de l’histoire du rock. On pense par exemple à Wings Over America (1976), dont les crédits de composition avaient déjà été modifiés en « McCartney-Lennon ». Cette pratique n’avait pas suscité d’indignation à l’époque, ce qui démontre que le contexte historique, les relations entre les protagonistes et l’écho médiatique évoluent au fil du temps.
à l’aune de la discographie solo de McCartney, Back In The US se révèle tout aussi important que Tripping the Live Fantastic (1990) ou Paul Is Live (1993). Il s’agit d’un document capturant le virage des années 2000, avec une scénographie modernisée, une maturité vocale certes différente de celle des années 70, mais toujours puissante, et un lineup de musiciens exemplaires qui ont su se fondre dans la vision artistique de Paul.
à la fois témoignage d’une époque bouleversée par les récents événements mondiaux et célébration d’un répertoire légendaire, Back In The US demeure une pierre angulaire pour comprendre la façon dont McCartney, figure emblématique des Beatles, a repris le flambeau de la musique live et s’est inscrit dans la durée, sans jamais cesser de créer, d’innover et d’émouvoir.
Une œuvre qui résonne toujours
Plus de vingt ans après, on mesure l’importance que revêt Back In The US dans la trajectoire globale de Paul McCartney. La tournée Driving USA a annoncé la couleur d’une fin de carrière particulièrement active, jalonnée de concerts marquants (dont une participation au spectacle du Super Bowl en 2005, des passages à Glastonbury, et bien d’autres festivals). Et toujours, dans la setlist de McCartney, on retrouve de nombreuses références à ce qui fut joué et cristallisé sur Back In The US.
Les hommages à George et John se perpétuent de tournée en tournée. Here Today demeure l’un des moments les plus intenses, tandis que la reprise de « Something » au ukulélé continue de faire chavirer le public. Les fans y voient la preuve que, loin de vouloir se détacher de l’héritage des Beatles, Paul McCartney le porte haut, avec gratitude et émotion.
En fin de compte, l’album Back In The US n’est pas qu’un simple alignement de titres enregistrés pendant une tournée : c’est un manifeste qui témoigne de la vitalité, de la résilience et de la passion qui animent Paul McCartney. Ré-écouter cet album, aujourd’hui, c’est replonger dans l’élan fédérateur d’un artiste qui, depuis soixante ans, ne cesse d’écrire et de réécrire l’histoire du rock. Il suffit de quelques mesures de « Hey Jude » ou de l’intro acoustique de « Blackbird » pour comprendre que, sous le vernis de la légende, se cache toujours la sincérité d’un musicien habité par son art. Dans un monde où les courants musicaux se succèdent à toute vitesse, la démarche de McCartney apparaît telle une constante : celle de l’amour de la scène, de la rencontre humaine et du partage d’une musique universelle.
Ainsi, Back In The US mérite amplement d’être considéré comme l’un des albums live phares de Paul McCartney. Pour les puristes des Beatles, il offre un véritable florilège de trésors revisités. Pour les curieux désireux de découvrir l’artiste, il constitue une porte d’entrée idéale pour apprécier la manière dont McCartney s’approprie son héritage et le retranspose dans le contexte d’un nouveau millénaire, avec en toile de fond le souvenir de Linda, de George, de John et la promesse perpétuelle d’une renaissance par la musique.
