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Romain Gary – La vie devant soi

Par Yvantilleuil

Romain Gary devantRomain Gary est le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt… bien que le règlement n’autorise personne à recevoir le prestigieux prix plus d’une fois. Alors qu’il avait déjà été couronné en 1956 pour « Les racines du ciel », Romain Gary publie « La vie devant soi » sous le pseudonyme d’Émile Ajar… subterfuge qui ne sera révélé qu’après sa mort en 1980 et qui lui a donc permis de remporter deux fois le Goncourt… méritoirement !

Cette petite pépite se déroule dans le quartier populaire de Belleville, où Momo, un jeune garçon arabe, vit chez Madame Rosa, une ancienne prostituée juive rescapée d’Auschwitz. Elle accueille dans sa pension clandestine les enfants de prostituées, leur évitant ainsi l’assistance publique. Momo, livré à lui-même, grandit dans un monde de misère, de tendresse et de solidarité. À travers ses yeux d’enfant, il nous raconte son quotidien, ses réflexions naïves mais profondes, et surtout son amour inconditionnel pour Madame Rosa, qu’il accompagnera jusqu’à la fin dans une lutte poignante pour mourir dignement.

Ce roman qui invite à suivre les pas d’un gamin qui se construit dans la pauvreté s’avère cependant d’une richesse inouïe. Ce chef-d’œuvre aborde en effet avec une justesse rare une multitude de thèmes sensibles, allant du racisme au droit à l’euthanasie, en passant par la prostitution, l’antisémitisme, la vieillesse, l’immigration, la pauvreté et l’identité… Et pourtant, jamais le récit ne tombe dans le pathos. C’est à travers le regard candide et désarmant de Momo que Romain Gary parvient à transcender la douleur et à sublimer la misère, proposant une ode à l’amour filial, à la tolérance et à la résilience, écrit dans une langue inventive et bouleversante, alliant simplicité, puissance et justesse. Le résultat est une histoire qui serre le cœur et qui s’avère être l’un des plus puissants témoignages littéraires sur l’amour, la dignité et la condition humaine.

Le génie de Gary réside dans sa capacité à faire parler un enfant avec des mots simples, parfois maladroits, mais toujours justes. Momo ne comprend pas tout, mais il ressent tout. Et c’est cette innocence lucide qui donne au roman sa force émotionnelle. Le style est un bijou de créativité : les phrases sont tordues, les expressions détournées, mais elles révèlent une vérité brute et bouleversante. On rit, on pleure, on s’émerveille devant tant de tendresse et d’humanité.

Et pour couronner le tout, les personnages secondaires, hauts en couleur, ne sont pas en reste et viennent enrichir ce tableau déjà rendu inoubliable grâce à Madame Rosa et Momo. Madame Lola, travesti sénégalais au grand cœur, Monsieur Hamil, philosophe de trottoir, et tous les habitants de Belleville forment une chorale de marginaux qui chantent la vie malgré tout. Le roman devient alors une fresque sociale, une leçon de fraternité, un cri d’amour pour ceux que la société oublie.

« La vie devant soi » est bien plus qu’un roman : c’est une expérience humaine, une caresse littéraire, un poème de tendresse et de révolte. Romain Gary, derrière le masque d’Émile Ajar, nous offre une œuvre flamboyante, drôle, tragique et profondément émouvante. Ce livre nous apprend que l’amour peut naître dans les endroits les plus sombres, que la dignité est un droit universel et que la vie, même devant soi, peut faire peur mais mérite assurément d’être vécue.

À tous ceux qui cherchent un roman qui fait battre le cœur, qui réveille la conscience et qui laisse une empreinte indélébile, lisez « La vie devant soi ». Vous en ressortirez transformé, ému et reconnaissant d’avoir croisé le chemin de Momo et Madame Rosa.

Un chef-d’œuvre à lire absolument… et accessible à tous !

La vie devant soi, Romain Gary, Folio, 273 p., 9€


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