Sorti en 1980 sur McCartney II, « Frozen Jap » est un morceau instrumental où Paul McCartney explore les sonorités électroniques et orientales à travers des synthétiseurs. Cependant, son titre a suscité la controverse, notamment après son arrestation au Japon, certains y voyant une allusion déplacée. Malgré un changement de titre pour l’édition japonaise, la polémique persista. Aujourd’hui, le morceau reste un témoin des expérimentations musicales de McCartney durant cette période.
Sorti en mai 1980,McCartney IIest l’un des albums les plus expérimentaux de Paul McCartney, un projet qui l’éloigne de ses influences rock traditionnelles pour s’aventurer dans les sonorités électroniques et les textures synthétiques. « Frozen Jap », un morceau instrumental tiré de cet album, incarne parfaitement cette phase de McCartney, où il explore de nouvelles possibilités sonores, tout en expérimentant avec les synthétiseurs et en s’inspirant des musiques du monde, notamment celles de l’Orient. Toutefois, derrière l’aspect sonore intrigant de « Frozen Jap » se cache une histoire marquée par la polémique, en raison de la connotation de son titre et de son lancement, qui fut teintée de circonstances inattendues.
Sommaire
- L’inspiration derrière « Frozen Jap » : Un voyage sonore vers l’Orient
- La polémique : Un titre mal perçu après l’incident au Japon
- Le morceau lui-même : Une composition purement expérimentale
- Une époque d’expérimentation : McCartney II et la transition vers l’électronique
- « Frozen Jap » et le temps qui passe
L’inspiration derrière « Frozen Jap » : Un voyage sonore vers l’Orient
La création de « Frozen Jap » commence durant l’été 1979, lorsque McCartney se lance dans des expérimentations avec des synthétiseurs. En travaillant sur ces instruments électroniques, il parvient à créer une mélodie qui évoque les sonorités orientales. Dans une interview, McCartney explique que, « I suddenly got something which sounded very Oriental. » Il décrit comment l’ambiance musicale, suggérée par les synthétiseurs, lui donne immédiatement une impression de musique provenant de l’Est, une inspiration qui semble provenir d’un paysage sonore bien lointain, mystérieux et presque exotique.
Le morceau prend rapidement forme, mais au moment où McCartney se penche sur la recherche d’un titre, il est confronté à un dilemme. Il veut quelque chose de plus poétique, mais se rend vite compte que ses idées — comme « Crystalline Icicles Overhang The Little Cabin By The Ice-Capped Mount Fuji » ou « Snow Scene In The Orient » — sont trop lourdes et maladroites. « When the track was finished, it seemed so Oriental to me and I thought, ‘I’d better get a really lyrical title.’ I tried to think of a suitable title and things came to mind, like ‘Crystalline Icicles Overhang The Little Cabin By The Ice-Capped Mount Fuji’ or ‘Snow Scene In The Orient’, but all the titles sounded clumsy. » Finalement, McCartney se décide pour un titre de travail plus simple et direct : « Frozen Jap ».
Le titre fait directement référence à la scène hivernale orientale qu’il imagina, « frozen » pour l’aspect glacé de la neige et « Jap » comme une abréviation de « Japanese », faisant allusion à l’Orient. C’est un titre qui semble à la fois décrire l’ambiance du morceau et, en même temps, faire référence à un certain exotisme associé à l’Est. Cependant, comme McCartney l’admet, il ne se doutait pas qu’un tel choix de titre provoquerait plus tard une telle controverse.
La polémique : Un titre mal perçu après l’incident au Japon
Le titre « Frozen Jap », pourtant choisi sans malice, est vite devenu problématique. En effet, quelques mois après la composition du morceau, McCartney est arrêté et emprisonné au Japon en janvier 1980 pour possession de cannabis. Bien que la chanson ait été enregistrée avant cet incident, elle a été publiée après son arrestation, et certains ont rapidement interprété le titre comme une référence indirecte à l’incident, ce qui a conduit à un malentendu.
Dans une interview, McCartney révèle qu’il se doute que le titre « Frozen Jap » pourrait être mal perçu, étant donné les événements qui ont suivi l’incident de sa détention au Japon : « Now, I’m sure people will think it was recorded after that incident in Japan. » Ce qui était censé être un titre artistique et sans intention malveillante devient alors une source de controverse. Afin d’éviter d’offenser le public japonais, McCartney et son équipe décident de changer le titre de la chanson pour la sortie de l’album au Japon, l’intitulant « Frozen Japanese » pour atténuer les connotations potentiellement négatives.
Pourtant, ce changement de titre n’a pas apaisé les tensions. Lorsqu’on annonça cette modification du tracklisting aux Japonais, la réaction fut virulente : « But when the Japanese were told of the album’s track listing, they went spare. They thought it was connected with the fact that I had been busted there. They regard it as an incredible slur. » Ce fut un malentendu malheureux qui fit de « Frozen Jap » un titre chargé de connotations culturelles délicates, dont McCartney n’avait pas mesuré l’impact au moment de sa création.
Le morceau lui-même : Une composition purement expérimentale
Musicalement, « Frozen Jap » est un pur produit des expérimentations de McCartney avec les synthétiseurs et autres instruments électroniques. Ce morceau instrumental se distingue par son ambiance intrigante et mystique, avec des sonorités exotiques qui s’éloignent des traditionnelles lignes de basse et des rythmes rock auxquels McCartney nous avait habitués. En utilisant des synthétiseurs, McCartney parvient à créer une atmosphère qui semble presque méditative, tout en capturant l’essence d’un paysage sonore imaginaire, inspiré de l’Orient.
Le morceau est, comme souvent avec McCartney, une forme d’expérimentation pure. En l’absence de paroles, la musique elle-même raconte une histoire, une sorte de voyage sonore où les textures créées par les claviers et les rythmes hypnotiques appellent à une immersion totale. Le fait que McCartney ait choisi de jouer de nombreux instruments lui-même — des claviers aux percussions en passant par les claps de mains — donne à la chanson une dimension très personnelle et organique, malgré l’utilisation de machines et de technologies avancées pour l’époque.
Une époque d’expérimentation : McCartney II et la transition vers l’électronique
« Frozen Jap » s’inscrit dans un album marqué par une forte expérimentation,McCartney II, qui marque un moment de transition dans la carrière de McCartney. Après la fin de Wings et la fin des années 70, McCartney se lance dans des explorations musicales solo, où l’électronique et les synthétiseurs prennent une place prépondérante. L’album est souvent vu comme une rupture avec les formats traditionnels de la musique populaire, McCartney utilisant les outils électroniques non seulement pour jouer avec les sons mais aussi pour repousser les limites de la création musicale.
McCartney IIet son atmosphère résolument électronique sont une réponse à une époque où McCartney, comme beaucoup d’autres artistes, expérimentait la musique dans un environnement post-Beatles. Il n’y a pas de pression commerciale directe et McCartney s’autorise à être créatif, sans se soucier des conventions de l’industrie musicale.
« Frozen Jap » et le temps qui passe
Bien que « Frozen Jap » soit une chanson peu connue et peut-être souvent éclipsée par d’autres titres deMcCartney II, elle reste un exemple intéressant de l’évolution de McCartney en tant qu’artiste en solo. Le morceau est le fruit de son désir d’explorer de nouvelles sonorités et d’expérimenter avec des textures électroniques, tout en portant un titre qui, malgré sa simplicité apparente, a généré une polémique inattendue. Le changement de titre pour le marché japonais montre comment l’art et la culture peuvent parfois se heurter à des perceptions différentes, mais il n’enlève rien à la pureté de la création musicale. « Frozen Jap » est un témoin d’une époque de transition dans la carrière de McCartney, une époque où il redécouvrait les plaisirs de l’expérimentation sonore et où chaque nouvelle chanson, même dans ses moments de malaise, était un pas vers l’évolution de son œuvre.
