Lorsque l’on évoque les collaborations musicales de George Harrison dans les années 70, il n’est pas rare de parler de ses multiples explorations stylistiques, allant de l’Inde à la musique folk, en passant par le rock. Cependant, l’une de ses collaborations les plus intrigantes et moins souvent mentionnées est celle avec Ronnie Wood, guitariste des Faces, sur le morceau Far East Man. Ce titre, qui apparaît sur l’album Dark Horse de Harrison en 1974, raconte une histoire de rencontres fortuites, d’influences orientales et de musiques fusionnées. Ce morceau est bien plus qu’une simple chanson. C’est un témoignage de la façon dont Harrison pouvait s’entourer d’influences variées et d’amitiés musicales pour créer des œuvres aussi éclectiques qu’émouvantes.
Sommaire
- La Genèse d’un Morceau : Une Rencontre Créative
- La Collaboration entre Harrison et Wood : Une Fusion de Talents
- L’Approche de Harrison : Du Royaume-Uni aux États-Unis
- Le Premier Enregistrement de Ronnie Wood et l’Album de George Harrison
- Un Son Éclectique et Légèrement Excentrique
- Un Hommage à Frank Sinatra
- Conclusion : Une Fusion de Sonorités et d’Amitié
La Genèse d’un Morceau : Une Rencontre Créative
L’histoire de Far East Man commence avec une anecdote aussi décontractée que fascinante. En 1974, Ronnie Wood, alors membre des Faces, était en train de travailler sur son premier album solo, I’ve Got My Own Album To Do. Lors d’une session d’enregistrement, Wood arbore un t-shirt arborant l’inscription Far East Man—une phrase qui allait rapidement devenir le point de départ de la chanson. D’après Harrison, cette rencontre se fit presque par hasard : Wood portait ce t-shirt en référence à une tournée que les Faces venaient d’effectuer en Extrême-Orient, et le duo se lança dans une conversation musicale à partir de cette simple remarque.
George Harrison raconte que l’idée de la chanson germa sur le moment : il fallait trouver des paroles qui collent à ce titre évoquant des mystères lointains et une atmosphère presque spirituelle. Far East Man ne doit pas être pris simplement comme une chanson sur l’Asie, mais plutôt comme une exploration musicale des thèmes d’évasion et de quête spirituelle qui préoccupaient Harrison à cette époque. Le morceau reflète parfaitement son désir d’explorer la profondeur spirituelle, tout en capturant l’esprit d’aventure et de découverte.
La Collaboration entre Harrison et Wood : Une Fusion de Talents
Far East Man est le fruit d’une unique collaboration entre Harrison et Wood. Ce morceau est la seule chanson co-écrite par les deux musiciens, ce qui le rend encore plus précieux dans l’univers musical de chacun. Ronnie Wood, bien qu’il ait toujours été une figure centrale des Faces et plus tard des Rolling Stones, apporte dans cette chanson une sensibilité particulière à la guitare. Son jeu de guitare se marie subtilement avec celui de Harrison, leur partenariat aboutissant à une fusion d’idées musicales qui crée un titre à la fois énergique et mystérieux.
La structure du morceau est enrichie par la présence de Billy Preston à l’orgue électrique, qui, avec son jeu de claviers typique, donne à la chanson un côté très soul et funky. Mais c’est surtout la ligne de basse de Willie Weeks et les rythmes d’Andy Newmark qui injectent à Far East Man un groove irrésistible, bien loin des ballades introspectives qui caractérisaient certaines chansons de Dark Horse.
L’Approche de Harrison : Du Royaume-Uni aux États-Unis
En 1974, George Harrison traversait une période particulière de sa carrière. Après le succès de son album All Things Must Pass en 1970, il peinait à retrouver la même reconnaissance auprès du public. Dark Horse, son cinquième album solo, marque un tournant dans cette quête. L’album lui-même est le reflet de cette recherche : un mélange de rock, de spiritualité, de soul et de musique orientale. Far East Man incarne parfaitement cette hybridité musicale, avec son mélange de rock occidental et d’influences orientales, mais aussi par sa tonalité un peu plus légère et aventureuse que les autres titres de l’album.
Harrison choisit d’enregistrer Far East Man à Los Angeles, un choix significatif pour un artiste qui, tout au long de sa carrière, a toujours navigué entre différentes influences et genres musicaux. C’est dans ce cadre que les musiciens se retrouvent dans un studio, avec des ambiances détendues et une volonté de créer ensemble une musique authentique. Harrison, tout en étant le leader du projet, laisse une grande place à l’interprétation des autres membres du groupe, notamment au niveau des rythmes et des textures sonores. Les sessions enregistrées en octobre 1974, notamment les parties de guitare et d’orgue, témoignent de l’approche détendue et collaborative qui animait Harrison à cette époque.
Le Premier Enregistrement de Ronnie Wood et l’Album de George Harrison
Avant la sortie de l’album Dark Horse, Ronnie Wood avait déjà enregistré une version de Far East Man pour son propre album I’ve Got My Own Album To Do. Cette version est sortie en septembre 1974 et, bien que différente, elle permet de mieux comprendre l’esprit de collaboration qui animait Harrison et Wood. Dans la version de Wood, Harrison intervient en tant que choriste, ajoutant sa voix douce en arrière-plan pour renforcer l’atmosphère d’ensemble. Le fait que Harrison ait choisi de réenregistrer cette chanson pour Dark Horse en dit long sur l’attachement qu’il portait à cette création musicale.
Pour l’album Dark Horse, Harrison modifie quelque peu la version originale, notamment en réajustant les paroles et en affinant certains arrangements. Ce processus de révision reflète sa volonté de perfectionner son art tout en conservant l’esprit décontracté de la première version. Si la chanson sur le disque de Wood est un peu plus simple, plus brute, la version de Harrison apporte une touche plus sophistiquée et polie, sans pour autant en sacrifier l’énergie brute et authentique.
Un Son Éclectique et Légèrement Excentrique
L’une des caractéristiques marquantes de Far East Man est son atmosphère sonore unique, une véritable mise en valeur de la polyvalence musicale d’Harrison. Le morceau commence sur un rythme tranquille, avant que la guitare électrique ne prenne progressivement le dessus, ajoutant une dimension plus électrique et dynamique à la chanson. Les sonorités de la guitare se mélangent harmonieusement avec l’orgue de Billy Preston et le saxophone de Tom Scott, créant un son dense et riche qui porte la chanson tout au long de son déroulé.
Le groove de la chanson se nourrit des influences soul et funk, ce qui contraste avec les ballades introspectives qu’Harrison a souvent composées au fil des années. Far East Man est une chanson qui respire l’ouverture et la recherche de nouvelles sonorités, tout en restant fidèle à l’essence même de la musique de Harrison : une quête de vérité et de beauté, dans un monde où l’harmonie et la créativité peuvent toujours surgir, même des endroits les plus inattendus.
Un Hommage à Frank Sinatra
Avant que le morceau ne débute, George Harrison fait une dédicace particulière à Frank Sinatra. C’est d’ailleurs l’une des premières choses que l’on entend dans l’enregistrement de Far East Man. Harrison, avec son humour et sa sincérité habituels, déclare : « We love you, Frank, and we hope you include this one at Caesars Palace on your next live album. » Il s’agit probablement d’une référence à l’admiration que Sinatra avait pour Something des Beatles, qu’il avait qualifié de « plus grande chanson d’amour des cinquante dernières années ». Ce clin d’œil à Sinatra souligne le respect qu’Harrison avait pour les artistes classiques de son époque, tout en gardant une certaine légèreté et une décontraction évidente.
Conclusion : Une Fusion de Sonorités et d’Amitié
Far East Man représente une rencontre musicale inédite entre deux grands artistes, George Harrison et Ronnie Wood. À travers cette chanson, Harrison capture l’esprit d’une époque de transition, d’expérimentation et de recherche personnelle. Ce morceau, à la fois éclectique et mystérieux, incarne la quête de Harrison pour une musique sans frontières, tout en laissant une place importante à l’authenticité et à l’amitié musicale. C’est un peu de cette même générosité qui anime l’ensemble de l’album Dark Horse, un album qui, bien que souvent perçu comme un tournant dans la carrière de Harrison, demeure un témoignage précieux de son esprit de collaboration et de sa capacité à aller au-delà des conventions du rock classique.
