En 1964, au sommet de leur ascension fulgurante, les Beatles dévoilent une perle de leur répertoire : And I Love Her. Cette ballade douce et mélancolique, qui se distingue par sa simplicité et son raffinement, marque une étape importante dans l’évolution musicale du groupe. Elle est l’un des premiers chefs-d’œuvre de Paul McCartney dans le registre des chansons d’amour, et son empreinte demeure indélébile dans l’histoire de la musique populaire. Retour sur la genèse, l’enregistrement et l’impact de ce titre inoubliable.
Sommaire
- Une déclaration d’amour sous influence
- Enregistrement et ajustements en studio
- Une rareté dans le répertoire live des Beatles
- Un héritage durable
Une déclaration d’amour sous influence
Lorsqu’il compose And I Love Her, Paul McCartney est en couple avec Jane Asher, jeune actrice britannique et muse inspiratrice de plusieurs de ses chansons. C’est dans la maison familiale des Asher, au 57 Wimpole Street à Londres, que la chanson voit le jour. Le sous-sol de cette demeure bourgeoise, où McCartney vit temporairement, devient un laboratoire créatif où il façonne nombre de ses futures compositions.
Paul évoque avec fierté cette chanson qui, selon lui, marque une avancée significative dans son écriture :
« C’était la première ballade dont j’étais vraiment fier. Elle avait de jolis accords, et j’aimais l’imagerie des étoiles et du ciel. C’était une véritable chanson d’amour. »
De son côté, John Lennon reconnaît le talent de son partenaire, qualifiant la chanson de « premier Yesterday » de McCartney, une façon de souligner son potentiel intemporel. Il revendique toutefois une participation à l’élaboration du pont mélodique, cette courte section qui vient rompre la douceur répétitive du morceau.
La structure de la chanson est remarquable par son dépouillement. Le titre même est surprenant : plutôt que d’affirmer directement I Love Her, McCartney ajoute un And, comme une confession spontanée. Une approche subtile qui renforce l’émotion du texte et donne à la chanson une sincérité touchante.
Enregistrement et ajustements en studio
L’enregistrement de And I Love Her s’étale sur trois jours, du 25 au 27 février 1964, aux studios Abbey Road. Initialement, le groupe tente une version plus électrique, avec une instrumentation classique pour leur époque. Mais cette approche ne convainc pas. La chanson trouve finalement son équilibre grâce à un arrangement acoustique épuré, où la chaleur des guitares se mêle aux percussions latines.
Le producteur George Martin joue un rôle crucial dans la finalisation du morceau. Il suggère un changement de tonalité durant le solo de guitare, passant de F# mineur à G mineur, une modulation subtile qui enrichit l’harmonie et confère à la chanson une élégance supplémentaire.
Mais c’est George Harrison qui apporte la touche magique avec un motif de guitare désormais légendaire. Paul McCartney se souvient de la spontanéité du moment :
« Nous étions sur le point d’enregistrer quand George Harrison a dit : “Et si on faisait ça ?” Et il a joué cette intro, qui est devenue une accroche inoubliable. »
Cette ligne mélodique cristalline donne immédiatement une identité au morceau et devient indissociable de son succès.
Une rareté dans le répertoire live des Beatles
Malgré sa popularité, And I Love Her ne fait pas partie des chansons les plus jouées en concert par les Beatles. Elle est interprétée une seule fois en dehors des studios d’enregistrement, lors d’une session pour la BBC le 14 juillet 1964. Pourtant, elle bénéficie d’une exposition massive grâce au film A Hard Day’s Night, où elle est jouée dans une scène emblématique, mettant en avant la sensibilité du groupe et la diversité de son répertoire.
Ce choix de ne pas l’inclure dans leurs concerts peut s’expliquer par plusieurs raisons. Tout d’abord, la délicatesse de l’arrangement acoustique rend son exécution plus complexe sur scène, où les Beatles privilégient souvent un son plus énergique. De plus, le format de leurs concerts, caractérisé par des hurlements constants du public, ne se prêtait pas forcément à l’intimité d’une ballade comme And I Love Her.
Un héritage durable
Depuis sa sortie, And I Love Her n’a cessé de séduire les amateurs de musique et d’influencer de nombreux artistes. Des musiciens de tous horizons, de Bob Marley à Kurt Cobain, ont repris cette chanson, soulignant ainsi son universalité. Sa mélodie simple mais raffinée, ses paroles sincères et son atmosphère délicatement mélancolique en font un joyau du répertoire des Beatles.
Au fil des décennies, la chanson a été utilisée dans des films, des publicités et des émissions de télévision, confirmant son statut de classique indémodable. Paul McCartney lui-même continue de la jouer en concert, preuve de l’attachement profond qu’il lui porte.
Avec And I Love Her, McCartney prouve, dès 1964, qu’il est capable d’écrire des ballades intemporelles, une aptitude qu’il affinera encore avec Yesterday, Here, There and Everywhere ou encore Maybe I’m Amazed. Mais il est indéniable que cette déclaration d’amour simple et sincère conserve une place à part dans le cœur des fans des Beatles et de la musique en général.
Une chose est sûre : plus de soixante ans après sa sortie, on l’aime toujours.
