Il m’est arrivé récemment, une « drôle d’histoire », que je tiens à vous conter aujourd’hui.
J’ai rencontré le professeur Jonathan Harcourt pour la première fois lors d’un symposium interconfessionnel à Oxford. C’était une figure emblématique de la théologie, auteur de plus d’une douzaine d’ouvrages sur la philosophie morale et les Saintes Écritures, connu pour son intelligence vive et son ton mesuré.
Lorsque je lui ai serré la main ce jour-là, il m’a souri chaleureusement et m’a dit : « Vous savez, j’ai essayé d’écrire un livre sur l’infini une fois… mais ça n’en finissait plus. » Quelques personnes ont ri poliment, mais avant que quiconque puisse changer de sujet, il avait déjà lancé : « Savez-vous pourquoi Moïse utilisait toujours une canne ? … Parce que c’était sa baguette magique. »
Chaque membre du public s’est agité sur son siège ; le modérateur a jeté un coup d’œil à sa montre. Quant à moi, bouche bée, je restais comme deux ronds de flan, complètement surprise par les jeux de mots douteux de Mister Harcourt !
Le symposium reprenait sa folle course et j’oubliai presque aussitôt ce moment surréaliste.
Plus tard dans la journée, autour d’un café, j’ai appris la triste vérité. Quelques mois auparavant, Harcourt avait été victime d’un accident vasculaire cérébral qui avait affecté son lobe frontal droit. Depuis, il souffrait du syndrome de Witzelsucht (rien à voir avec Le syndrome de la Schtroumpfette), un trouble neurologique qui le poussait à faire constamment des blagues souvent déplacées. C’était un spectacle étrange : l’un des esprits les plus respectés au monde en matière de vérité divine, désormais incapable de résister à l’envie de transformer chaque moment solennel en sketch comique improvisé. Ses conférences, autrefois prononcées avec le sérieux des Écritures, oscillaient désormais de manière imprévisible entre des réflexions théologiques profondes et des jeux de mots incessants sur les plans architecturaux de l’arche de Noé.
Le syndrome de Witzelsucht est un ensemble de symptômes neurologiques rares caractérisés par une tendance à faire des jeux de mots, à raconter des blagues inappropriées ou des histoires sans intérêt dans des situations socialement inappropriées. S’ajoute parfois à cette addiction aux blagues, une tendance à faire des commentaires à caractère sexuel à des moments ou dans des situations inappropriées.
Le comble, c’est que les patients atteints de Witzelsucht sont essentiellement insensibles à l’humour ! alors qu’ils sont capables d’en produire.
Une lésion cérébrale ou une atteinte du lobe frontal droit (en particulier du cortex préfrontal droit) en est la cause la plus fréquente. Cette partie du cerveau joue un rôle essentiel dans l’inhibition des impulsions, le contrôle du comportement social et l’appréciation de l’humour subtil.
Une telle atteinte peut résulter de :
- Un accident vasculaire cérébral (AVC)
- Un traumatisme crânien (TCC)
- Tumeurs affectant le lobe frontal
- Maladies neurodégénératives, comme la démence fronto-temporale
Lorsque cette zone est endommagée, les personnes perdent les filtres sociaux habituels et le contrôle des impulsions qui permettent de garder l’humour approprié et dans son contexte. Elles commencent alors à produire des blagues et des jeux de mots excessifs, souvent inappropriés, d’où le comportement compulsif de plaisanterie caractéristique de la Witzelsucht.
Ce trouble étant très rare, peu de recherches ont été menées sur les traitements potentiels. Une expérience, sur une personne atteinte s’est révélée assez fructueuse. Un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, la venlafaxine, a été administré au patient quatre mois après le premier accident vasculaire cérébral qui a déclenché les symptômes de la Witzelsucht. Un retour à son comportement initial a été observé après deux semaines de traitement quotidien à raison de 37,5 mg de venlafaxine. Au cours des deux mois suivants, les blagues inappropriées et le comportement hypersexuel ont été rarement observés.
L’article Witzelsucht, le syndrome des jeux de mots pourris. est apparu en premier sur Culture générale.
