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Mathieu Menegaux – Impardonnable

Par Yvantilleuil

Mathieu Menegaux ImpardonnableDans son sixième roman, Mathieu Menegaux (« Un fils parfait », « Femmes en colère ») expose les limites du système judiciaire en mettant en avant les conséquences dévastatrices d’accidents de la route avec délit de fuite sur les auteurs de ces crimes, ainsi que sur les proches de ces usagés faibles laissés pour mort sur le bord de la route.

Ce roman à deux voix alterne les récits d’Anna, mère endeuillée par la perte de sa fille Lucie, tuée par un chauffard en fuite, et de Paul, cadre supérieur, père de famille, qui a lui-même causé la mort d’un adolescent dans des circonstances similaires. Deux trajectoires parallèles, deux vies brisées, deux enfermements : celui d’Anna dans sa colère et son chagrin, celui de Paul dans sa culpabilité et sa solitude carcérale.

Deux drames qui se font intelligemment écho tout au long du récit, invitant à compatir avec Anna, mais également à comprendre Paul, tout en convergeant progressivement vers une même interrogation : peut-on pardonner l’impardonnable ? En invitant le lecteur à regarder des deux côtés de ce mur de haine et de culpabilité qui sépare ces deux drames humains, Mathieu Menegaux interroge finalement sur l’utilité d’une peine de prison qui ne permet ni réparation ni réinsertion.

Le roman prend d’ailleurs toute sa dimension dans son dernier tiers, lorsque les récits se rejoignent dans le cadre d’une justice restaurative. Ce dispositif, encore peu connu en France, permet aux victimes et aux auteurs de délits similaires de dialoguer, de s’écouter et de tenter une forme de réparation par la parole. Cette rencontre bouleversante permet finalement d’apporter un brin de lumière et d’espoir à un récit qui s’enlisait dans la noirceur, proposant ainsi une alternative intéressante à cette justice extrêmement froide et foncièrement inhumaine pour les deux partis.

Au final, ce récit qui démarrait avec des allures de faits divers, propose finalement une réflexion intelligente sur la pertinence de l’enfermement, la nécessité de reconstruire plutôt que de détruire, et la possibilité du pardon comme acte de résistance face à la haine. Le tout servi par une écriture sobre et précise, qui évite le pathos tout en capturant l’essence des émotions.

Un roman engagé et profondément humain qui bouscule nos certitudes et nous pousse à réfléchir sur la justice, la peine et la rédemption en ouvrant la voie du dialogue, de l’écoute… voire même du pardon.

Impardonnable, Mathieu Menegaux, Grasset, 234 p., 20€

Elles/ils en parlent également : Cannetille, Collectif polar, Laurence, Mes échappées livresques, Domi, Cindy, Anita, Karine, Catherine


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