Dans « Taxi de nuit », Jack Clark nous embarque dans le taxi d’Eddie Miles, un chauffeur désabusé qui arpentes les rues sombres de Chicago, une ville où le malheur et la misère ne dorment malheureusement jamais. Une virée nocturne qui plonge le lecteur dans l’intimité d’un homme blasé par la vie, tout en offrant une immersion saisissante dans les bas-fonds d’une métropole où la violence, la pauvreté et le racisme brillent de mille feux sous la lumière des réverbères…
Jack Clark invite à suivre les errances de ce chauffeur de taxi de nuit qui connaît les quartiers de Chicago comme sa poche et qui sait parfaitement où rôde le danger. Alors qu’il fait tout pour éviter ce tueur qui s’en prend aux chauffeurs de taxi et celui qui s’attaque aux jeunes prostituées, Eddie devient malgré lui témoin de cette violence urbaine. Entre les courses qui l’amènent à croiser des clients particulièrement imprévisibles et les quelques pauses qu’il s’octroie malgré tout avec ses collègues éreintés, il garde donc l’œil ouvert, enquête discrètement et tente non seulement de survivre, mais également de comprendre.
Au fil des pages, la ville de Chicago devient vite un personnage à part entière, insufflant une ambiance crépusculaire et oppressante tout au long du récit. Chaque chapitre débute par un extrait du règlement des taxis publics, ancrant le récit dans une réalité administrative qui contraste brillamment avec le chaos ambiant de cette ville gangrenée par la violence, la pauvreté, le racisme et la gentrification… un endroit où il vaut mieux ne pas trop respecter ledit règlement afin de s’en sortir vivant.
C’est au milieu de cette atmosphère lourde et presque suffocante que le lecteur finit par s’attacher au personnage d’Eddie Miles malgré ses nombreux défauts. Cet antihéros solitaire, marqué par un passé douloureux s’avère finalement foncièrement humain, offrant un brin d’espoir et de lumière au milieu de toutes ces ruelles bien trop sombres. Les personnages secondaires, tels que Lenny le collègue, Betty la voisine ou Clair la barmaid ne sont d’ailleurs pas en reste et contribuent à offrir ce portrait totalement désabusé et grisâtre de Chicago.
Si les deux enquêtes (taximen assassinés et prostituées mutilées) servent bien entendu de fil rouge à ce polar noir, il devient vite clair que cette intrigue policière s’avère finalement secondaire, l’intérêt principal du roman étant de dresser le portrait sombre de la ville de Chicago tout en suivant le quotidien morose d’un personnage principal finalement très lucide.
Ouvrir « Taxi de nuit » revient à prendre place sur le siège passager de ce chauffeur de taxi de nuit, tout en regardant défiler la misère de Chicago dans son rétroviseur. Le résultat est un roman noir particulièrement immersif au cœur d’une métropole qui baigne dans le désespoir et dont j’ai particulièrement apprécié l’authenticité, la profondeur humaine et la peinture sociale.
Taxi de nuit, Jack Clark, Sonatine, 240 p. 21€
Elles/ils en parlent également : Kitty, Stelphique, Frédéric, Hedwige, Gaby, Sharon, Julie, Pierre, Thomas, Christophe, Marion, Dealer de lignes, Ma voix au chapitre
