Le 27 novembre 1964, alors que la Beatlemania atteint son paroxysme, le public britannique découvre en face B du single « I Feel Fine » un titre à l’énergie brute et au groove imparable : « She’s A Woman ». Principalement composée par Paul McCartney, cette chanson traduit l’envie du bassiste d’explorer de nouvelles sonorités, tout en restant fidèle à l’identité musicale des Fab Four.
Sommaire
- Une composition spontanée et un enregistrement express
- Une architecture musicale audacieuse
- Une allusion discrète aux drogues ?
- Un succès sur scène et dans les médias
- L’héritage de « She’s A Woman »
Une composition spontanée et un enregistrement express
Selon McCartney, l’idée de « She’s A Woman » lui serait venue alors qu’il marchait dans St John’s Wood, quartier résidentiel de Londres. Il l’aurait ensuite peaufinée en studio, avec l’aval rapide de John Lennon. Cette approche spontanée est typique de la dynamique créative des Beatles en 1964, une année où le groupe enchaîne tournées, enregistrements et apparitions médiatiques à un rythme effréné.
L’enregistrement de la chanson a lieu le 8 octobre 1964 aux studios EMI d’Abbey Road, sous la houlette de George Martin et de l’ingénieur du son Norman Smith. Sept prises sont nécessaires, la sixième servant de base aux overdubs ajoutés le soir même. McCartney enregistre une ligne de piano martelée, tandis que George Harrison superpose sa partie de guitare solo et que Ringo Starr ajoute le son exotique du chocalho, un shaker métallique d’origine brésilienne.
Une architecture musicale audacieuse
Musicalement, « She’s A Woman » tranche avec les compositions précédentes des Beatles par son rythme insistant et sa texture sonore minimaliste. John Lennon adopte un jeu de guitare rythmique saccadé, marquant les contretemps d’une manière innovante. McCartney, quant à lui, s’illustre par une ligne de basse mouvante et un chant puissant, presque crié, qui préfigure ses futures performances plus agressives, notamment sur « I’m Down » ou « Helter Skelter ».
Le blues est une influence claire sur cette chanson. McCartney pousse sa voix dans des registres rugueux, réminiscences des chanteurs afro-américains qu’il admire, tandis que la structure harmonique repose sur des accords simples et efficaces, typiques du rythm and blues.
Une allusion discrète aux drogues ?
Un détail marquant de « She’s A Woman » réside dans l’une de ses lignes les plus célèbres : « Turn me on when I get lonely ». Dans un contexte où la censure veille au grain, cette phrase aurait pu être perçue comme une allusion voilée à la consommation de cannabis. Introduits à la marijuana par Bob Dylan en août 1964, les Beatles commencent à glisser des références subtiles à leur nouvelle découverte dans leurs textes. John Lennon confirmera en 1980 que cette ligne, bien qu’innocente en apparence, était effectivement un clin d’œil à cette influence naissante.
Un succès sur scène et dans les médias
Dès sa sortie, « She’s A Woman » est intégrée au répertoire scénique du groupe. Elle est notamment interprétée lors des concerts donnés au Japon, au Nippon Budokan Hall de Tokyo en juin 1966, une prestation immortalisée sur « Anthology 2 ».
La chanson fait également l’objet de plusieurs enregistrements pour la BBC, preuve de son importance dans la production de l’époque. Une version captée le 17 novembre 1964 pour l’émission « Top Gear » montre un groupe en pleine maîtrise de son art, capable de restituer sur les ondes l’énergie brute de ses sessions studio.
L’héritage de « She’s A Woman »
Bien que souvent éclipsée par les titres plus emblématiques du groupe, « She’s A Woman » incarne une période charnière dans l’évolution musicale des Beatles. Son audace rythmique et son approche vocale annoncent les innovations qui marqueront leurs albums ultérieurs.
Réhabilitée par les compilations « Past Masters » et « Live At The BBC », la chanson témoigne de la fougue et de la spontanité d’un groupe en perpétuelle quête de renouvellement. Un morceau qui, à l’instar de bien d’autres perles du répertoire Beatles, n’a rien perdu de sa fraîcheur ni de sa puissance.
