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« Chant d’automne » de Baudelaire

Par Etcetera
Chant d’automne BaudelaireForêt de novembre – Tous droits réservés

En ce mois d’octobre, je vous propose la lecture de ce poème de saison, l’un de mes préférés des « Fleurs du mal » de Baudelaire (1821-1867).
Ce n’est sans doute pas un des textes les plus célèbres de son auteur mais il illustre très bien le fameux spleen baudelairien et une certaine vision de l’amour, de la femme aimée, en tant que figure douce et indulgente, consolatrice et protectrice, comme une mère ou une sœur.
La vision de l’automne que nous propose Baudelaire est surtout un avant-goût de l’hiver, quelque chose de lugubre, de sombre et de froid, qui a des répercussions immédiates, négatives, sur son état moral.
Dans la première partie du poème, beaucoup de mots évoquent l’idée d’une chute, accompagnant le bruit répétitif du bois qu’on coupe dans une cour. Un certain nombre d’autres mots font référence à la mort, présente à chaque strophe (« funèbres », « enfer », « échafaud », « succombe », « cercueil »)
A la fin de la quatrième strophe, le poète rêve d’un possible départ, sans doute vers des climats plus chauds qui lui feraient échapper à l’automne, et, de nouveau, dans la cinquième strophe, l’idée d’un « soleil rayonnant sur la mer », évocateur de l’été, est la seule chose qu’il désire. Mais dans la toute dernière strophe, on voit qu’il s’est résigné, « la tête sur les genoux » de la femme aimée, c’est-à-dire à ses pieds. Cette femme est à l’image de l’automne : elle a la même douceur.

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Chant d’automne

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vives clartés de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; Voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

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