Quatrième de couverture :
A quarante-sept ans, Eudoxie épouse Armand, sexagénaire et veuf, père de Lucien – trente ans passés, taciturne, sauvage, peut-être même à moitié fou. Elle s’installe donc dans le modeste pavillon de Meudon Val-Fleury où habitent les deux hommes… pour se retrouver peu de temps après – la guerre qui survient est fatale à Armand – seule en compagnie de ce nouveau beau-fils avec lequel il faut bien tenter de vivre. Roman d’un « arrangement » insolite entre deux individus qui ne se sont pas choisis, variation douce-amère sur l’âge mûr, ce roman a reçu, lors de sa sortie chez Actes Sud en 1994, le prix Goncourt des lycéens.
Encore une sortie de PAL historique (je ne sais plus où ni quand j’ai acheté ce livre) et surtout la découverte de l’autrice Claude Pujade-Renaud. Elle nous trace la vie d’Eudoxie, veuve de quarante-sept ans, qui épouse Armand, veuf de l’acariâtre Blaisine, et passe de Levallois à Meudon Val-Fleury, où elle va vivre dans un pavillon de banlieue, avec son jardin, les locataires de la maison, et aussi l’étrange fils d’Armand, Lucien, qui semble vouloir entretenir à tout prix la mémoire de sa mère et des autres femmes de sa famille maternelle, en ignorant Eudoxie (ah le choix des prénoms féminins du roman, tout un poème). La guerre jette le couple sur les routes de l’exil et Armand n’y survit pas. Au retour, Eudoxie retrouve Lucien interné de force par les voisins. Elle va le sortir de l’hôpital et réussir à s’accommoder de vivre avec lui dans le pavillon, dont Armand lui a assuré de pouvoir y rester, en reprenant son ancien travail de couturière. Ces deux-là, qui ne se sont pas vraiment choisis, vont rester ensemble jusqu’à la vieillesse et même le grand âge pour Eudoxie, en traversant les changements de la société et de l’histoire françaises mais en gardant malgré tout une simplicité de vie, un bon sens liés sans doute à la banlieue, éloignés du tourbillon de la vie « moderne ». J’ai apprécié le portrait de ces deux personnages principaux, Eudoxie et Lucien, le lien qui les unit, teinté de respect et d’un brin de folie, la galerie de personnages secondaires qui les entourent et le thème du vieillissement.
« Lucien passe par le carrefour des Fonds-de-Bel-Ebat, à chaque fois cette dénomination les fait jubiler.
-D’autant, remarque-t-il en rigolant, qu’il est juste à côté du carrefour de la Justice ! Et proche de celui du Carré-aux-Pièges, ajoute-t-elle.
-C’est quoi le piège, demande-t-il, les ébats ou la Justice ? »
« Elle hausse les épaules et parvient mal à masquer une vague rougeur derrière le grand bol de café qu’elle soulève avec une lenteur précautionneuse.
Ridicule d’être ainsi troublée, telle une jeune mariée au premier matin de son voyage de noces.
Elle n’en a jamais eu, de voyage de noces, Gilbert et elle étaient trop fauchés et avec Armand ils étaient trop vieux.
Elle repose son bol, sourit en dedans, elle allait oublier qu’elle commence à être très vieille. »
Claude PUJADE-RENAUD, Belle-mère, Babel, 1997 (Actes Sud, 1994)
#12pour2025
