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Philip Gray – La maison aux neuf serrures

Par Yvantilleuil

Philip Gray maison neuf serruresComment résister à un polar qui débute à Bruxelles, la ville de mes origines, pour ensuite s’installer à Gand, la ville de mon cœur ?

« La maison aux neuf serrures » débute en effet en 1952 par la découverte d’un cadavre suite à l’incendie d’un entrepôt à Bruxelles. Chargé de l’enquête, le commandant De Smet a immédiatement la forte intuition que quelque chose ne colle pas…

Quelques années plus tard, à Gand, l’adolescente Adélaïs, marquée par la polio mais armée d’une volonté farouche, hérite d’une étrange demeure, bardée de neuf serrures. Ce legs va non seulement bousculer sa destinée, mais surtout l’entraîner au cœur d’une intrigue riche en secrets et en révélations.

Ah, quelle excellente idée de situer son récit au cœur de la plus belle ville de Belgique, celle dont j’ai arpenté toutes les rues lors de mes études. Surtout que Philip Gray parvient à restituer un portrait particulièrement sensoriel de Gand en nous invitant à parcourir ses rues pavées et ses plus petites ruelles, dont le célèbre quartier « Patershol » qui a d’ailleurs conservé un peu l’atmosphère d’antan. C’est là, au milieu de cette ville d’après‑guerre, dont l’économie se relève péniblement, que la maison héritée va progressivement livrer tous ses secrets.

En alternant deux temporalités (1952 et 1957), dont les révélations se superposent en se renforcent, Philip Gray livre non seulement une enquête prenante sur les traces du commandant De Smet, mais il propose surtout la quête personnelle et l’apprentissage moral d’une adolescente dont on ne peut qu’admirer la ténacité. Au-delà de cette magnifique héroïne, qui passe outre son handicap pour devenir une femme forte et indépendante, j’ai également beaucoup apprécié le commandant De Smet, un enquêteur à l’ancienne, entêté et méticuleux au possible, qui suit son flair jusqu’au bout de chaque piste. Les personnages secondaires, de l’amie loyale Saskia à l’énigmatique oncle Cornelis, en passant par l’attachant Sebastian, ne sont pas non plus en reste et viennent compléter une bien belle palette de personnages.

Avec La maison aux neuf serrures, Philip Gray signe un polar d’ambiance, à la fois prenant et intimiste, où le lecteur traverse la Belgique de l’après‑guerre en épousant le regard d’Adélaïs de Wolf, héroïne d’une ténacité lumineuse. Le roman, superbement traduit par Élodie Leplat, épouse les pavés, les quais et les ombres de Gand, jusqu’à faire de cette merveilleuse ville un personnage à part entière.

Et que ceux qui ne liront pas ce roman n’hésitent surtout pas à visiter la ville de Gand !

La maison aux neuf serrures, Philip Gray, Sonatine, 624 p., 23,90 €

Elles/ils en parlent également : Aude, Kitty, Lydia, Nadia, Cindy, Evadez-moi


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