Portrait de Marianne von Werefkin. 1909. Affiche de l’exposition.
En mai dernier, j’ai eu le grand plaisir de visiter cette rétrospective de l’artiste expressionniste allemande Gabriele Münter, membre du groupe pictural Le Cavalier bleu (Blaue Reiter), fondé à Munich en 1909 par Kandinsky, qui fut son compagnon, avec, comme autres membres : Alexej von Jawlensky, Franz Marc, August Macke, Marianne von Werefkin, Paul Klee, etc.
Je connaissais déjà un peu Gabriele Münter, par certains paysages aperçus en cartes postales, et cette exposition m’a permis d’élargir ces aperçus trop réducteurs, bien que très beaux, et de me rendre compte de la richesse et de la diversité de son œuvre, rassemblant des portraits, des natures mortes, des scènes d’intérieurs, des paysages urbains ou plus campagnards, etc.
Je propose cette chronique pour le défi des Feuilles Allemandes organisées par Patrice et Eva du blog « Et si on bouquinait un peu« . Bien que ce défi soit plutôt littéraire en général, il m’a semblé que cette grande artiste peintre était une figure importante de la culture allemande au 20e siècle.
Présentation de l’expo par le musée
Le Musée d’Art Moderne de Paris présente la première rétrospective en France consacrée à l’artiste allemande Gabriele Münter (1877-1962). Co-fondatrice du cercle munichois du Cavalier Bleu (Blaue Reiter), Gabriele Münter compte parmi les femmes artistes les plus éminentes de l’expressionnisme allemand. Dans un monde artistique dominé par les hommes, elle a su créer une œuvre extrêmement personnelle et diverse qui s’étend sur six décennies.
Si son nom reste souvent associé à celui de Kandinsky qui fut son compagnon durant ses années munichoises (1903-1914), Gabriele Münter n’a jamais cessé de se renouveler, avec une étonnante modernité, maitrisant un grand nombre de techniques et laissant une œuvre foisonnante.
Le musée invite à découvrir cette pionnière de l’Art moderne, qui débuta sa carrière à Paris, où elle exposa pour la première fois en 1907 au Salon des Indépendants.
À travers une sélection d’environ 170 œuvres de différentes techniques (peinture, gravure, photographie, broderie, etc), cette exposition inédite en France a pour ambition de proposer un parcours chronologique détaillé de l’œuvre de Gabriele Münter, représentant plus de 60 années de son œuvre et de son importance pour l’histoire de l’Art du XXème siècle.
(Source : site internet du musée)
Mon Avis
Comme on peut s’y attendre, sur soixante années de carrière artistique, le style de Gabriele Münter a évolué de façon sensible, mais j’ai trouvé cependant qu’il y avait dans son œuvre une belle unité et qu’elle restait assez fidèle à elle-même, tout au long de sa vie. Ainsi, entre la période du Blaue Reiter des années 1909-1912 et son « Lac bleu » de 1954, on reconnait bien la simplification des formes et l’emploi de couleurs franches, pures.
Bien que Gabriele Münter ait été la compagne de Kandinsky et qu’ils aient tous les deux fondé le groupe du Cavalier bleu, je n’ai pas trouvé que leurs œuvres se ressemblent. Ne serait-ce que parce que Gabriele Münter est restée presque toujours figurative, tandis que Kandinsky explorait l’abstraction.
Il m’a semblé que Gabriele Münter, dans un grand nombre de tableaux, rejetait la perspective et cherchait à placer tous les objets sur le même plan, sans profondeur, ce qui est une manière de renouer avec un art plus primitif et plus instinctif que celui de beaucoup de ses contemporains.
Elle a peint l’un de ses tableaux d’après un dessin d’enfant (« Paysage avec maison« , 1914, ci-dessous) et, là encore, on peut y déceler son désir de gagner en spontanéité et en authenticité, de rompre avec toutes les conventions et académismes.
Pas mal d’influences diverses sont visibles dans ses œuvres, ici et là, par exemple : Van Gogh, Gauguin, les Nabis, Matisse, les Fauves, voire, plus anciennement, les Impressionnistes, mais elle a une manière très singulière de se les approprier, toujours dans une recherche de simplicité, d’épure, et d’harmonie.
Une très belle exposition !
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Choix de tableaux


Cartel de l' »Intérieur à Murnau » ci-dessus :
La vie privée de Münter est le sujet de cette peinture qui n’est pas sans rappeler la célèbre chambre de Van Gogh. Comme si elle prenait une photographie, l’artiste montre une pièce décorée de meubles peints par elle et Kandinsky. Parmi les nombreux objets que l’on peut distinguer, on remarque particulièrement des sandales et des chaussures à talon posées sur le sol. Le tapis au centre de la composition guide le regard du spectateur vers une autre pièce située à gauche, où l’on peut voir Kandinsky en train de lire, allongé sur un lit.
(Source : Musée, exposition)

Cartel du « Combat du dragon » :
Cette peinture s’inspire d’une sculpture populaire russe dont la reproduction figurait dans l’Almanach du Cavalier Bleu et représentant le combat de saint Georges à cheval contre le dragon, sous la forme d’une hydre (monstre à plusieurs têtes). Münter transpose cette lutte légendaire du Bien contre le Mal en la vision d’une scène sanglante, ancrée dans un arrière-plan paysager. Elle l’anime au moyen d’une touche mouvementée, très expressive, et de coloris contrastés. Peut-être illustre-t-elle ainsi symboliquement la lutte des artistes du Cavalier Bleu pour la défense de leur art novateur dans l’environnement hostile et incompréhensif de l’époque, ou bien la philosophie qui les anime dans la défense du spirituel contre le matériel.
(Source : Musée, exposition)


Cartel de la « Penseuse » ci-dessus :
Münter a réalisé plusieurs portraits de cette femme, nommée Gertrud Holz à Stockholm. Son style a évolué, il est plus graphique, avec des couleurs adoucies. Les objets (fleurs dont on ne voit pas le vase, assiette de fruits, lampe) disposés sur la table à l’arrière-plan semblent se mouvoir en écho à la divagation des pensées du modèle. Certaines zones encore traitées de manière indéfinie et les tons sourds baignent la peinture dans une atmosphère empreinte de nostalgie. Chef d’œuvre de la période scandinave de Münter, cette œuvre sera exposée en 1918 à Copenhague, lors de la plus grande exposition personnelle organisée de son vivant.
(Source : Musée, exposition)


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