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Suite 3 chapitre 1 du roman à suivre 'Les pages déchirées' (partie 4)

Publié le 08 septembre 2008 par Ender31

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Pour (re)lire la troisième partie, cliquez ici Greendle se laisse aller un instant, derrière-lui une autre vague déferle, devant-lui la situation n'est guère plus... paisible.
A peine réalise-t-il la situation qu'il se retrouve dans les étoiles. Il a l'impression d'être devenu une constellation.
Non... Sa vue se fait plus claire. Il est sur un sol, une surface où une myriade de constellations de plusieurs galaxies sont accolées les unes aux autres. Est-il face aux pans de l'univers ou la robe de l'univers ? Les yeux un instant ébaubis se remplissent d'une légère frayeur lorsqu'il les lève.
Des pirates de l'espace sont en train de débarquer sur sa sorte de rive... sabres lasers à la main, derrière eux des arbalétriers fagotés un peu de la même manière. Des ombres dansent au bout de leurs carreaux, des éclairs fusent de leurs yeux et... leur chapeau lévite au dessus de leur tête ? Ou c'est leurs cheveux qui s'hérissent, chacun de leurs sauts d'animal assoiffé de sang qui fait tanguer ?
Le scribouillard se sent comme paralysé. Il donnerait cher pour troquer la plume qu'il... Il a une plume dorée à la main maintenant ? Il n'avait rien avant... Greendle ferme les yeux, il inspire, expire.
Lorsqu'il rouvre les yeux, notre rêveur constate la situation critique dans laquelle il se trouve : il a le pied droit et la main gauche enfoncés dans la terre, enchaînés pour l'un à un piquet au niveau du centre du mollet et pour l'une au niveau du poignet, le pied gauche et la main droite comme empêtrés dans une sorte de nuage de poussière qui gravite à 1 mètre. En face de lui, juste à l'orée du nuage, non loin de la grotte dont l'antre est devenue lumineuse, le diablotin du début de son rêve est entouré de toute la smala armée. Celle-ci semblerait presque sage comme une image à qui on aurait pas jeté de sort pour qu'elle vous dévore, et celui-ci semble... il est inquiétant avec sa brochette tendue vers le coeur de l'anglais qui commence à paniquer, sa tête levée dévoilant son air sarcastique et des dents jaunies dans lesquelles sont venus se ficher quelques bouts d'os de corps étrangers.
- No ! You can't, i'm in a dream... if i want, i can... amorce Greendle qui secoue tous ses membres.
- You can, but i will come back ! Réplique sur un ton menaçant le diablotin qui n'a pas changé de posture.
Greendle se sent submergé d'un mélange de terreur et de défiance. Il ouvre la bouche comme pour faire déferler un flot qui engloutira la menace, mais elle s'évanouit en un battement de cils...

La respiration haletante, un arrière goût trouble dans la bouche jusqu'aux tréfonds de l'esprit, le réveillé avant l'heure prévue secoua la tête pour tenter de chasser les bribes, les relents sensoriels du cauchemar. Il médita dans la foulée sur la signification de ce qu'il venait de vivre chez Morphée...
A la suite de son oraison, il se défit du mauvais rêve jusqu'à la pointe du stylo en se saisissant de son calepin de chevet et en y ancrant ce dont il se souvenait.
Le dernier point marqué, le jeune anglais retrouva son flegme. Nonchalamment, il entreprit le reste de sa routine d'après réveil...
« Dans le temps,
Ballant,
Quand le feu prend la nuit,
La pénombre le jour,
Les rêves s'enfuient
Et jouent des vilains tours...
»
Paré pour entamer sa matinée, sur l'écran de son umpc, assis bien au fond de son siège, la tête penchée légèrement en avant, il fit défiler la liste des messages qui l'attendaient. Il eut la surprise d'en avoir reçu un nouveau de Liloo. Elle s'inquiétait de ne pas avoir reçue de réponse de son ami, lui d'habitude si prompt à ce faire, et confiait son désarroi à ne pas avoir réussi à écrire un nouveau poème.
« Chère amie plume d'île, chère Liloo,
Je suis désolé. J'ai savouré ce que tu m'avais envoyé comme un doux nectar, mais mes pérégrinations sur le net avaient un instant engloutie ma bonne humeur. Rassure-toi, c'était une peccadille.
De même, je pense que le silence de ta muse n'est que l'oeil du cyclone. Un pas sur le côté et tu te retrouveras de nouveau submergée de ses envolées. Non que je minimise l'importance d'une journée sans écrire, c'est juste que... je pense que plus tu te braqueras sur ton blocage, plus il sera important.
Quoi que je dois avouer que j'écris ça alors que je ne sais pas trop comment te rassurer, que j'ai beau pouvoir théoriser des solutions, il n'en reste pas moins qu'au final c'est un cheminement personnel que tu dois suivre. Et de ce côté, je ne sais si j'ai bien fait, le fait est que je n'ai pas réussi à garder la verve poétique qui animait ma plume il y a quelques années.
Enfin, si j'avais un vrai conseil à te donner, c'est que si la flamme qui fait ta plume s'envoler pour des poèmes devait s'évaporer, s'assoupir plusieurs journées, tu devrais peut-être voir si avec des histoires ton encre ne coule pas plus facilement. Bon, j'imagine que tu y as déjà pensé, alors euh... En tout cas je suis prêt à t'aider d'une manière ou d'une autre.
Ah, en parlant de ça, tant que j'y pense, si tu veux on pourra essayer d'écrire en duo ? Parfois on se transcende, on écrit plus facilement lorsque des plumes peuvent jouer le rôle de guibre l'une pour l'autre.
J'espère que tu pourras passer une bonne journée, que le souffle des muses Érato et Calliope soit avec toi !
@micalement,
Greegree »
Après un premier claviardage, Greendle se relut et étoffa plusieurs passages. Lorsque assez satisfait, il envoya son message puis s'attaqua à des correspondances plus solennelles dans le cadre de son travail, écrivit un bout d'histoire et consulta son compte en banque.
Assuré de ce qu'il pouvait dépenser, ou plutôt ne pas dépenser pour chiner la plume vue la veille sur le marché aux puces, notre amateur de brocante fit le tri dans sa bibliothèque en bois d'ébène. Celle-ci s'allongeait sur tout le mur en face de la fenêtre de la pièce principale de son appartement et débordait sur celui de gauche, à côté de son petit bureau. Notre livrivore en sortit les livres de valeur qu'il avait déjà lus, en vue de les vendre ou troquer. Une fois le pour et le contre pesé sur le pincement de coeur à l'idée de s'en séparer, il n'y avait plus que trois livres qui avaient quitté le bois pour se retrouver dans sa besace.
Greendle eut un sourire amusé en imaginant la probable négociation qu'il devrait mener avec Shakire Jackson. Il regarda l'heure affichée sur son poignet. Il était 10 h bien entamées, il ne fallait pas qu'il traîne plus...
« Si, en s'efforçant de suivre le courant, la plume
devient le prolongement de la lumière d'âme,
Alors le passé et l'avenir se compriment et s'enflamment
dans une goutte d'encre qui ancre tout depuis le posthume...
»
à suivre / to be continued
© Pascal Lamachère - août-septembre 2008

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