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« Tandis que j’agonise » dans le vieux sud de William Faulkner

Par Ellettres @Ellettres

Il y a des livres qu’on choisit parce qu’ils collent au thème de nos vacances. Parce que l’auteur est un classique qu’il « faut » avoir lu. Parce que l’été semble la bonne période pour se farcir les oubliés de notre pile à lire.

Tandis j’agonise dans vieux William Faulkner

« Je me rappelais que mon père avait coutume de dire que le but de la vie c’est de se préparer à rester mort très longtemps. »

Bref j’ai abordé « Tandis que j’agonise » de William Faulkner comme un devoir de vacances et il m’a ensorcelée : par son rythme lancinant et incantatoire, par son tempo circulaire où se succèdent des personnages mystiques et terre-à-terre, tenaces et divaguant, dans un carrousel fou dont la musique fait parfois penser à du Baudelaire ou du Desnos. J’ai recopié tellement de phrases qui pourraient servir d’exergue à des livres existentiels que je n’ai jamais écrits…

« Comme nos vies se défont dans le vide et le silence ! Gestes las qu’avec lassitude on répète : échos d’appels séculaires tirés par des bras sans mains d’instruments sans cordes : au coucher du soleil, nous prenons des attitudes furieuses, avec des gestes morts de poupées. »

Au fin fond du Mississipi, dans un lieu où les routes existent à peine, la famille Bundren assiste aux derniers instants d’Addie, la mère. Comme elle a « mis dans son idée » d’être enterrée dans la ville la plus proche, sitôt décédée on l’embarque dans son cercueil sur un chariot, toute la famille avec, et en avant ! Le voyage dure plus longtemps que prévu à cause de la crue de la rivière qui a emporté tous les ponts. Or un cadavre qui marine une semaine dans un cercueil artisanalement fabriqué et réchappe de peu à un naufrage ne sent plus très bon à l’arrivée…

« Il y avait huit jours que c’était mort, m’a dit Albert. Ils arrivaient d’un endroit là-bas, dans le comté de Yoknapatawpha, et ils essayaient d’arriver avec ça jusqu’à Jefferson. Ça devait être comme un morceau de fromage pourri tombé dans une fourmilière… »

Lire Faulkner m’a créé plein de résonances intertextuelles. Avec Flannery O’Connor, Michael McDowell et Tiffany McDaniel pour le côté gothique américain, les sentiments parfois rustres et violents des personnages. Avec La petite maison dans la prairie pour le côté « let’s do it » : allez hop, construisons une maison ou trimballons un cadavre contre vents et marées, et si possible « sans rien devoir à personne ». Enfin, plus étonnant peut-être, j’ai fait un parallèle avec… les Simpson, vu que papa Bundren ressemble furieusement à Homer pour le côté loser pathétique que tout le monde a quand même envie d’aider et qui finit toujours par arriver à ses fins.

Ohé l’Amérique, on réclame plus de losers magnifiques comme ça et moins de MAGA, please!

« Tandis que j’agonise » de William Faulkner, traduit de l’anglais par Maurice Edgar Coindreau, Folio, 2002 (1e éd. 1930), 254 pages


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