Quatrième de couverture :
Jane Austen jugeait désuet l’engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliffe et les abbayes en ruine du préromantisme anglais Parodie du roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austenien du mariage et très moderne du « double jeu ».
Il y a longtemps que ce roman de Jane Austen traînait dans ma PAL, après avoir apprécié Raison et sentiments et Orgueil et préjugés. Je crois que j’étais freinée par le bonheur de lecture lié à ces deux romans et à leurs adaptations télévisuelles ou cinématographiques toutes plus intéressantes et émouvantes les unes que les autres (aaaah Hugh Grant, Emma Thomson, Kate Winslet, Alan Rickman, Colin Firth and so on…) mais j’ai sorti Northanger Abbey à l’occasion des 250 ans de Miss Jane Austen le 16 décembre 2025. Et je ne l’ai pas regretté !
Jane Austen l’appelle « mon héroïne » mais elle ne coche pas toutes les cases : Catherine Morland est une jeune fille de la campagne, assez ordinaire, naïve, pas du tout éduquée aux subtilités du jeu social, notamment pour trouver un mari, ce qui doit être l’objectif de toute jeune fille qui se respecte (tout en respectant les conventions de son milieu, l’avis de papa maman, etc.) La monotonie de sa vie est rompue quand des amis de la famille l’emmènent avec eux pour la saison à Bath. Et enfin, Catherine plonge dans le bain (pardon, je n’ai pas pu m’en empêcher), dans le bain de foule qui prend les eaux et calcule à quelle heure il faut se montrer aux Pump Rooms ou aux Lower Rooms, quel tissu choisir pour sa robe de bal, et « vais-je enfin rencontrer quelqu’un que je connais et avec qui je pourrai tromper mon ennui ? » Mais oui, Catherine se fait une amie en la personne d’Isabelle Thorpe ! Comment la qualifier, cette meilleure copine ? De mielleuse, d’hypocrite, d’intrigante ? Pas mieux que son frère John, un fameux c…, lourdingue, vantard, bavard, égocentrique qui se met en tête de tomber amoureux de Catherine tandis qu’Isabelle va se fiancer avec le frère de l’héroïne. En voilà des aventures à vivre, à méditer, des pièges de langage à éviter, des manoeuvres à détourner ! D’autant qu’un deuxième candidat au mariage se profile, Henry Tilney, beaucoup plus au goût de Catherine. Le jeune homme a une situation stable, un père intéressé (dans tous les sens du terme) (oh punaise, j’ai longtemps cru que le général Tilney n’était si gentil avec Catherine que pour en faire sa seconde épouse à lui !), et la famille Tilney vit à Northanger Abbey, un lieu mystérieux bien fait pour attirer Catherine, elle qui adore les romans gothiques.
J’ai adoré cette lecture, tous les tourments et retournements de situations auxquels Jane Austen soumet son « héroïne », l’humour, l’ironie même avec lesquels elle mène son intrigue, la fluidité de lecture, la finesse de ses observations sur la société anglaise à la ville et à la campagne. Evidemment, on dirait bien que les jeunes filles sont mises sur le marché du mariage avec une valeur commerciale dont elles sont à peine conscientes et contre laquelle elles peuvent à peine lutter, mais cette comédie matrimoniale est tellement bien mise en scène par la malicieuse Jane Austen, bien au fait de la situation des femmes à son époque – et l’héroïne améliore tellement bien son statut de page en page – qu’on en redemande ! (Ouf, il me reste encore Emma et Persuasion, entre autres, à découvrir.)
« Lorsqu’on désire plaire à quelqu’un, il faudrait toujours être ignorant. Trop d’instruction équivaut à une incapacité totale à flatter la vanité des autres, ce qu’une personne intelligente souhaitera toujours éviter. Une femme surtout, si elle a le malheur de savoir quoi que ce soit, devra le dissimuler aussi bien que possible. »
« — Miss Morland, nul n’a de l’intelligence des femmes une plus haute opinion que moi… D’après moi, la nature leur en a tant prodigué qu’elles ne jugent jamais nécessaire d’en employer plus de la moitié. »
« D’ ailleurs, le goût des fleurs est précieux aux femmes : cela les incite à sortir et à prendre de l’exercice . Quoique l’ amour des jacinthes soit un amour casanier , qui peut dire, ce sentiment éveillé , si un jour vous n’ en arriverez pas à aimer une rose ? »
« »Et que lisez-vous, Miss X ?
– « Oh, ce n’est qu’un roman ! » répond la jeune fille tout en laissant tomber son livre avec une indifférence affectée et une honte passagère. Ce n’est que Cécilia, ou Camilla, ou Belinda. En un mot un ouvrage où se manifestent les plus grands talents de l’esprit, où la plus profonde connaissance de la nature humaine, la plus heureuse peinture de sa complexité, les plus vives effusions d’esprit et d’humour sont livrées au public dans un langage des plus choisis. »
Jane AUSTEN, Northanger Abbey, traduit de l’anglais par Josette Salesse-Lavergne, 10/18, 1996
L’avis tout récent de Kathel
Jane Austen est la Sorcière d’hiver chez Lili des Bellons sur Instagram. Et ce livre est mon classique du mois.
