Magazine Culture

« Mudwoman » et « La vie devant ses yeux »

Par Ellettres @Ellettres
Mudwoman devant yeux

Mon avis sur ces deux romans est un peu spécial, vu qu’il s’agit de mes « flops » de l’année. C’est-à-dire des romans qui me sont tombés des mains (ce ne sont pas les seuls…).

Mais après avoir publié mon avis sur Instagram, un commentaire m’a fait prendre conscience que j’avais mal compris « La vie devant ses yeux » de Laura Kasischke (forcément je n’avais pas lu la fin 🙃!)

Donc il faut garder en tête que j’ai in fine très mal lu ces deux bouquins !

Alors attention disclaimer : ceci n’est en rien un jugement négatif sur la qualité intrinsèque de ces œuvres mais mon avis bien subjectif de lectrice qui n’a pas pu les terminer, peut-être parce que c’était pas le bon moment, que j’étais fatiguée ou que j’ai papillonné et qu’à un moment j’ai été attirée par d’autres lectures, y a trop de choix, que voulez-vous ma brave dame, aujourd’hui on a la capacité de concentration d’un taon.

Et je ne dois pas être une bonne cliente de Joyce Carol Oates. À un moment donné, les flash-backs, le discours indirect libre en italique, les répétitions obsessionnelles en mode PTSD qui part en roue libre, ça me gonfle. En soi, l’histoire de « Mudwoman », cette petite fille qui a littéralement été extraite de la boue par un corbeau et un simple d’esprit, puis est devenue présidente d’université après être passée par la case de l’adoption est vraiment prenante. Cette femme qui vacille sous le poids des injonctions, des pressions de collègues jaloux et des remontées nauséabondes du passé, je peux m’y projeter. Mais trop de circonvolutions psychologiques me perdent. J’ai lâché au dernier tiers.

Le ravin débordait les jours de grosses pluies. Dans son eau frissonnante des nuages couraient comme des bribes de pensées.
Et de l’autre coté du ravin s’étendaient des terres marécageuses où se rassemblaient de nombreux oiseaux et les plus tapageurs de tous étaient les corbeaux.
De bon matin on était réveillé par des cris perçants et éraillés qui pénétraient votre sommeil comme des griffes déchirants du papier ou un tissu gaufré.

A priori je suis plus cliente de Laura Kasischke. Et sur le papier j’ai bien aimé cette histoire de femme, là encore rattrapée par un événement traumatique de son passé, livré par bribes de flash-back. Ça doit être un truc de romancière américaine ça, de disséquer une trajectoire de femme qui à un moment donné sort du cadre strictement normé de cette société puritaine, afin d’aller chercher bien profond dans les ressorts psychologiques d’une telle déviation. Kasischke excelle à restituer l’environnement sensoriel à partir duquel son personnage principal filtre toute expérience : un rayon de soleil, un banc de pâquerettes, la balancelle sous le porche, l’éclat de la piscine ou le moelleux d’une glace…

Diana, la quarantaine, à la vie si tranquille, ne semble être qu’une balle de squash qui rebondit sur les parois de ses sensations, alors qu’elle était autrefois cette adolescente belle et rebelle, vous savez, le genre de fille dont on dit qu’elle est « problématique » parce qu’elle couche trop, fume trop, boit trop. Mais un trauma l’a anesthésiée et elle s’est rangée, auprès d’un mari prof d’université bien plus âgé qu’elle et de leur petite fille. Or donc les remontées du passé, blablabla. Le problème avec ce genre d’écriture sensorielle, qui pousse très loin le moindre cheminement psychologique, c’est qu’elle peut vite devenir étouffante. Et puis à vrai dire, je ne me suis pas trop attachée au personnage de Diana. Contrairement à d’autres romans de l’autrice, j’y ai moins « cru ». Donc l’idée de départ est très bonne, le déploiement de l’univers mental et sensoriel du personnage est fait dans les règles de l’art, on sent qu’elle maîtrise à fond son style. Mais je n’ai pas été emballée et j’ai lâché 100 pages avant la fin…

D’une étape à une autre, jusqu’ à la quarantaine, on avait l’impression qu’une vie se terminait et qu’une autre prenait sa place. La puberté, la maturation, l’accouplement, le mariage, la grossesse, le bébé… et puis, après, toutes ses étapes se fondaient en un tout sans variété. La routine.La quarantaine. Comme un fleuve dans lequel on ne cessait de plonger le pied, pour découvrir qu’il ne changeait jamais.


Retour à La Une de Logo Paperblog